04/01/2026
En 1971, lors de sa création, le système de santé québécois gratuit fait l’envie du monde entier. Aujourd’hui, le constat est bien différent. Délais d’attente, urgences débordées, pénurie de personnel : les signes d’essoufflement se multiplient. Entre réformes et compressions budgétaires, plusieurs se demandent comment un modèle autrefois rempli de promesses en est arrivé là. Et surtout, comment le remettre sur pied.
À mon chevet : autopsie du système de santé se penche sur les enjeux de notre réseau médical. Et des problèmes, il y en a ! L’analyste de politiques publiques, Patrick Déry, ouvre l’émission avec une phrase-choc : « On n’a pas idée à quel point le système de santé ne va pas bien. C’est un malade chronique éternel, qui dépérit tranquillement. » D’ailleurs, tout au long du documentaire, le comédien Jean-Moïse Martin personnifie ce système mal en point dans des mises en scène éloquentes, entremêlées d’entrevues réalisées avec des médecins, des infirmières et d’anciens administrateurs.
Un système qui étouffe
On apprend qu’environ 85 % de tous les soins pourraient être donnés en première ligne. Or, notre système est hospitalo-centré : une grande partie de l’argent disponible est investie dans les hôpitaux. Le résultat, selon David Levine, ancien administrateur du réseau de la santé, est qu’on retrouve à l’hôpital des patients plus malades qu’ils ne devraient l’être, car ils n’ont pas été pris en charge rapidement. De son côté, Nathalie Stake-Doucet, infirmière, chercheuse et professeure à l’UQAM, se désole de voir que certains d’entre eux en ressortent parfois encore plus affaiblis qu’à leur arrivée. Aucun signe ne laisse présager un allègement de la pression exercée sur le système. Au contraire : d’ici les 15 prochaines années, le nombre de personnes âgées de 75 ans et plus devrait augmenter de 40 %. La médecin spécialisée en soins palliatifs, Geneviève Deschênes, est catégorique : « On dit souvent qu’un mur s’en vient. Mais je vous corrige : il est déjà là, et on l’a frappé de plein fouet. »
CLSC : retour sur un échec
Pourtant, certains estiment que l’histoire aurait pu prendre une autre direction. Le documentaire nous rappelle que l’arrivée des centres locaux de services communautaires (CLSC), dans les années 1970, représentait une occasion de bâtir un réseau davantage axé sur la première ligne et la prévention. L’ancienne première ministre du Québec, Pauline Marois, qui a dirigé le tout premier établissement, en est persuadée. « L’un des écueils rencontrés est que la plupart des médecins n’ont pas voulu participer à cette expérience », se désole-t-elle. Plusieurs ont plutôt choisi de boycotter les CLSC pour privilégier la pratique en cliniques privées. Selon certains experts, le Québec n’est ainsi jamais allé au bout du potentiel de ce modèle. Si les CLSC avaient été pleinement développés, aurait-on aujourd’hui l’un des meilleurs systèmes de santé au monde ?
Un problème de rémunération ?
Le documentaire aborde aussi un sujet chaud : la rémunération des professionnels de la santé. Ici, les médecins de famille sont payés selon un mode mixte. Une petite portion provient de chaque patient inscrit. Mais la plus grande partie de leur revenu repose sur la rémunération à l’acte : chaque consultation, chaque procédure possède un code et une valeur précise. Certains experts estiment que ce modèle, en plus d’être lourd sur le plan bureaucratique, ne sert ni les médecins ni le gouvernement du Québec.
Malgré les insatisfactions et la colère décriées dans À mon chevet : autopsie du système de santé, le documentaire est tout de même porteur d’espoir alors que les différents experts interrogés proposent des solutions concrètes. Par ailleurs, l’émission se termine sur une note touchante : d’anciens patients viennent témoigner de leur expérience positive. Force est de constater que chaque jour, des milliers de personnes sont soignées gratuitement grâce à des professionnels de la santé qui tiennent le réseau à bout de bras.