04/24/2026
Quand la “défense” devient une démonstration de force
Il paraît qu’au XXIe siècle, les mots ont perdu leur sens. On appelle “opération défensive” ce qui ressemble furieusement à une démonstration de puissance écrasante. Selon certaines estimations largement relayées, des centaines de milliers de tonnes d’explosifs auraient été déversées sur Gaza un territoire déjà exigu, déjà assiégé, déjà épuisé. Mais rassurez-vous, tout cela entrerait dans une logique de sécurité. Une sécurité si vaste qu’elle semble nécessiter la disparition méthodique de tout ce qui bouge, respire ou espère encore.
Dans ce théâtre tragique, la sémantique joue un rôle clé. On ne parle pas de destruction massive, mais “d’opérations ciblées”. Les ruines ne sont pas des ruines : ce sont des “dommages collatéraux”. Les civils, eux, deviennent des statistiques flottantes, parfois évoquées, souvent relativisées. Et pendant ce temps, le monde observe, commente, condamne mollement ou applaudit discrètement, selon les intérêts du moment. Car dans ce grand cirque géopolitique, la morale semble être une variable d’ajustement.
L’ironie atteint son sommet lorsque l’on invoque le droit international. Ce même droit que l’on brandit comme un bouclier quand cela arrange, et que l’on oublie opportunément lorsqu’il devient contraignant. Les appels à la retenue pleuvent, mais les bombes tombent plus vite que les résolutions. On exige des enquêtes, mais sans jamais vraiment en attendre les conclusions. Après tout, pourquoi se presser quand l’histoire montre que l’impunité a souvent une mémoire longue… et sélective ?
Et que dire du blocus, cette toile invisible mais étouffante qui transforme Gaza en prison à ciel ouvert ? Là encore, tout est question de perspective. Pour certains, il s’agit d’une mesure de sécurité. Pour d’autres, d’un étranglement systématique d’une population entière. Mais dans le langage diplomatique, on préfère éviter les mots qui dérangent. Ils sont trop bruts, trop humains, trop difficiles à justifier lors des conférences bien climatisées.
Au final, ce drame contemporain révèle moins une surprise qu’une continuité : celle d’un monde où la puissance dicte souvent le récit, et où la justice arrive toujours après les décombres quand elle arrive. La question n’est plus seulement de savoir qui a raison ou tort, mais combien de temps encore cette mécanique pourra tourner sans se fissurer. Car même les narratifs les mieux construits finissent par céder sous le poids des réalités.
Nerestant Gutteau F.
Journaliste d’investigation spécialisé en enquête et renseignement pour RTVi