02/02/2022
« Pour une meilleure entente entre l’avant et l’arrière de votre corps
Notre corps a une histoire, une histoire de la nuit des temps. Comme toutes les histoires, elle commence par : il était une fois… un chat et un serpent.
Voici le chat, c’est un chat comme les autres. Côté dos, du bout du museau à la queue, vous voyez des dessins symétriques de chaque côté de sa colonne vertébrale. Ils sont faits de poils drus et serrés qui vont tous dans le même sens. Côté ventre, ce poil est plus clairsemé, il est implanté un peu dans tous les sens. La couleur de la fourrure est souvent plus claire. On dirait que la nature, économe de ses moyens, n’a pas pris pas la peine de fignoler ce qui est protégé, entre les quatre pattes. Les muscles sont la réplique de la fourrure qui est dessus. Ce qui est sous la peau correspond à ce qui est sur la peau. Toute la force musculaire du chat est rassemblée à l’arrière, côté dos.
Maintenant, le serpent. Lui aussi a un côté dos et un côté ventre, très différents. Côté dos, le dessin sophistiqué de ses écailles capte le regard. Côté ventre les écailles sont pâlichonnes et il n’a pas de muscles. Les serpents n’ont tout simplement pas de muscles sur leur face ventrale. Ils n’en ont pas besoin puisque toute leur force est ramassée sur leur face dorsale. Ils se déplacent sans pieds, ni pattes, ni bras, ni mains, uniquement grâce aux muscles de leur dos.
Le chat et le serpent de cette histoire nous ressemblent. Nous sommes comme la foule des vertébrés qui marchent ou rampent sur la planète : nous avons deux faces, aussi différente que le jour et la nuit.
Sur le dos, du crâne aux talons, nous avons des muscles solides, surpuissants, tous imbriqués les uns dans les autres comme des écailles. Ils forment une chaîne de muscles (…) Cette chaîne musculaire occupe tout le côté dorsal de notre corps et suit un parcours sans faille, sans aucune faiblesse et d’un seul tenant. Elle commence à l’arrière de notre crâne et descend jusqu’aux doigts de pieds en passant par la nuque, les épaules, le haut du dos, le milieu du dos, la taille, les fesses, l’arrière des cuisses, les mollets, la plante de pieds (…)
Et devant ? Devant, rien. Ou pas grand chose. Les muscles sont en ordre dispersé, ils ne sont pas organisés pour une action commune et cohérente. Les abdominaux par exemple ne sont pas rattachés aux muscles du devant des cuisses. Les muscles du devant du cou n’ont aucun lien avec ceux de la poitrine. Isolés, les muscles de l’avant ne se contractent pas ensemble. La poitrine ignore les cuisses. Ils sont aussi beaucoup moins nombreux qu’à l’arrière. Moins fort aussi, c’est-à-dire moins épais, moins résistants. On dirait que la nature a voulu faire l’avant de notre corps à l’économie.
Notre statut de bipède n’a rien changé à cette répartition des forces. Le modèle primitif n’a pas évolué, il existe et reste inchangé depuis la nuit des temps. À une écrasante majorité, ce sont les muscles de l’arrière qui détiennent le secret de la force des corps, animaux ou humains, sans pattes, sur quatre pattes ou sur deux jambes.
Si le comportement de notre chaîne musculaire postérieure est parfaitement adapté à l’animal que nous étions, les choses deviennent plus compliquées depuis que nous nous sommes dressés sur nos deux jambes. Pendant des millénaires, notre face ventrale fut notre face cachée, protégée entre quatre pattes, face vers le sol. Les muscles de l’avant ne servaient qu’à soutenir nos viscères. Dressé sur nos deux pieds, le dessous se retrouve devant. Ce qui change beaucoup de choses.
En tant que bipède, nous avons besoin de nos muscles antérieurs pour tenir debout sans effort, nous asseoir et nous relever lorsque nous sommes assis, marcher, courir… Nous en avons besoin pour nous protéger puisque notre face avant est celle qui se trouve exposée face au monde, en première ligne. Or, il se trouve que les muscles de la chaîne postérieure sont ainsi fait que s’ils ne donnent pas l’autorisation aux muscles de l’avant de travailler, on aura beau s’acharner, notre cou, notre poitrine, notre ventre et nos cuisses ne pourront jamais se contracter efficacement. Les muscles de l’arrière prendront toujours le dessus et ne laisseront à ceux de l’avant que les seconds rôles. C’est ainsi, c’est la loi de notre corps.
Si l’on veut se muscler les cuisses ou les abdominaux, il est indispensable de tenir compte du comportement de la chaîne musculaire, c’est-à-dire de ce qui se passe à l’arrière. Sinon on ne fera qu’aggraver le déséquilibre, les muscles de l’arrière se contracteront encore plus et les muscles de l’avant encore moins. L’excès de pouvoir de l’arrière risquant de se transformer en rigidité et donc en faiblesse.
Les mouvements que nous vous proposons dans notre travail d’Antigymnastique® tiennent compte de cette loi du corps. Ils vous aident à comprendre et ressentir très concrètement comment ce couple arrière/avant qui semble mal assorti, l’un dominant l’autre, peut cependant s’accorder. Ils vous mènent vers une nouvelle et meilleure entente entre l’arrière et l’avant du corps.
Vous avez à y gagner plus de mobilité mais aussi plus de force dans tout votre corps.
Extrait du mot de Marie, Courrier du Corps, la lettre de l’Antigymnastique – juin 2018
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