02/09/2026
Se choisir, c’est le travail d’une vie
Se choisir.
On en parle comme si c’était simple.
Comme si c’était un bouton à peser.
Comme si, un matin, on se levait en disant : « C’est bon, aujourd’hui, je me choisis. »
Mais se choisir, en vrai, c’est le travail d’une vie.
Pendant longtemps, je me choisissais…
mais de façon à ne déranger personne.
À ne pas impacter.
À ne pas influencer.
Ni au travail, ni ailleurs.
Je me moulai.
Je m’adaptais.
Je faisais attention.
Beaucoup trop attention.
Dans ma vie personnelle, avec les années, j’ai réussi à me remettre au centre.
Mes limites.
Mes besoins.
Mes choix.
Ça, c’était acquis.
Mais professionnellement, c’était une autre histoire.
Puis il y a eu un point de bascule.
Il y a deux ans.
Quand j’ai appris que j’avais un problème cardiaque et que je devais subir une intervention, tout s’est enchaîné très vite.
Entre le diagnostic et l’opération, il s’est écoulé environ deux mois et demi.
J’ai repris le travail après.
Fonctionnelle.
Présente.
Mais encore profondément sous le choc.
Physiquement, ça allait correct.
Mentalement… j’étais ailleurs.
C’est dans ce contexte-là que j’ai été confrontée à une dynamique toxique au travail.
De la manipulation.
De l’intimidation psychologique.
De l’isolement.
Un climat où on rabaisse, où on démolit, où on efface tranquillement l’autre.
Et quand on est vulnérable, même sans s’en rendre compte,
on devient une cible facile.
J’ai encaissé.
J’ai tenu.
J’ai été écrasée.
Cet été-là, j’ai arrêté.
J’ai pris le temps de me remettre.
De me ramener à moi.
Pas juste physiquement.
La vitalité ne revient pas d’un coup après une intervention cardiaque.
Mon corps a eu besoin d’environ un an et demi pour retrouver son énergie,
et mon mental, près d’une année, pour se stabiliser vraiment.
Le contexte de travail de l’époque n’a pas facilité les choses,
mais cette reconstruction-là était d’abord physique et neurologique.
La “nouvelle énergie”, je la ressens depuis six, sept mois à peine.
Et c’est à partir de là que quelque chose a changé.
Aujourd’hui, je me défends.
Et ce n’est pas toujours gracieux.
Quand on n’a pas appris à nommer les choses, ça sort parfois tout croche.
Quand on est frontale de nature, ça peut déranger.
Oui, ça m’a nui à certains endroits.
Mais mon authenticité,
le respect que j’ai aujourd’hui pour moi-même,
j’en suis profondément fière.
Et si certaines personnes ne sont pas capables de comprendre le chemin parcouru en deux ans,
en sortant d’une intimidation psychologique au travail,
en reconstruisant mon corps, mon mental et ma capacité à nommer mes besoins…
alors j’assume aussi les pertes.
Parce que le gros bon sens m’amène maintenant à me mettre en priorité.
Et non, je n’ai pas fini d’apprendre.
Dans ma vie personnelle, ça fait longtemps que je sais dire oui quand c’est oui,
et non quand c’est non.
Mais au travail, cet apprentissage est encore récent.
Même quand j’avais mon studio de yoga, j’ai accepté des choses que je n’aurais jamais dû accepter.
Résultat : six ans plus t**d, je termine encore de payer des dettes,
parce que j’ai trop souvent dit oui par peur, par loyauté, par évitement.
Aujourd’hui, c’est terminé.
La nouvelle Isabelle n’accepte plus de se mettre dans des situations financières précaires pour ne pas déranger.
Elle ne se tait plus pour préserver une paix qui lui coûte trop cher.
Elle ne se moule plus pour survivre.
Aujourd’hui, si je dis oui au travail,
c’est parce que, dans mon fort intérieur, j’en ai vraiment envie.
Et si je dis non,
c’est non.
Et je me donne aussi le droit de changer d’avis.
Je sais que je ne suis pas seule.
Je sais que beaucoup de gens ravaleront encore des choses
par peur de perdre, par peur de l’insécurité financière, par peur de déranger.
Mais se choisir, même t**d, même imparfaitement,
c’est une victoire immense.
Et quand je regarde le chemin parcouru,
je peux enfin le dire, sans détour :
Je suis fière de moi.
Isabelle Tousignant
Semeuse de bienveillance et de bonheur poilu