01/10/2026
Le goût du vrai
On confond souvent la profondeur avec la rigidité.
Comme si aimer le vrai était une forme d’intolérance.
Comme si refuser la dilution était un manque d’ouverture.
Pourtant, aimer le vrai, c’est d’abord refuser de trahir.
Je n’ajoute pas de sucre dans mon café. Non pas par purisme, mais parce que le sucre efface. Il arrondit, il masque, il rassure. Il enlève l’amertume, le corsé, la complexité. Le café devient autre chose. Plus facile à boire, peut-être. Mais moins vrai.
Nous faisons exactement la même chose avec certaines pratiques profondément exigeantes.
La zoothérapie, le yoga, la relation d’aide.
On les sucre.
On les rend attrayantes, accessibles, spectaculaires.
On enlève ce qui dérange, ce qui demande de la présence, de la formation, de la responsabilité.
Et surtout, on enlève l’intention.
La zoothérapie n’est pas un chien dans une pièce.
Ce n’est pas une présence sympathique.
Ce n’est pas un divertissement, aussi apaisant soit-il.
La zoothérapie est un accompagnement.
Un processus réfléchi.
Un travail qui demande de comprendre l’humain, le vivant, les dynamiques relationnelles, les limites, les objectifs.
Accompagner une personne du point A au point B n’est pas anodin.
Cela demande une posture, une éthique, une capacité à penser l’intervention, à créer des outils, à ajuster une approche.
La zooanimation a toute sa valeur. Elle apporte du bien-être, du lien, de la joie.
Mais elle ne vise pas un cheminement accompagné.
Elle vise le maintien, la stimulation, le moment présent.
Et c’est correct.
Ce qui ne l’est pas, c’est de faire croire que tout est équivalent.
Que tout se vaut.
Que tout peut porter le même nom.
Cette confusion fragilise la crédibilité de celles et ceux qui travaillent dans la profondeur. Elle favorise le spectaculaire au détriment du sens. Elle récompense la facilité plutôt que l’engagement.
Le yoga a subi le même sort.
Le yoga n’est pas une activité de divertissement déguisée en spiritualité.
Ce n’est pas une succession de postures agrémentées de stimuli extérieurs pour éviter d’être seul avec soi.
Le yoga est une pratique d’introspection.
Le corps est un outil, pas une finalité.
C’est par le mouvement que l’on observe le mental, les résistances, les réactions, l’évitement.
Quand on ajoute trop, on enlève l’essentiel.
J’ai connu un yoga silencieux, incarné, presque brut.
À une époque où ce genre de pratiques ne portait pas encore de nom, bien avant que ce soit perçu comme une idée nouvelle.
Dans une écurie.
Avec des chevaux qui observaient, présents, calmes, majestueux.
Ils n’étaient pas un concept.
Ils n’étaient pas un argument.
Ils n’étaient pas là pour divertir.
Ils étaient là.
Et leur simple présence obligeait à la vérité.
Il n’y avait rien à consommer.
Rien à performer.
Seulement à être.
Aujourd’hui, on vend l’expérience.
On vend le concept.
On vend l’image.
Et ceux qui refusent de se vendre ainsi sont perçus comme rigides, dépassés, difficiles.
Mais depuis quand la fidélité à l’essence est-elle devenue un défaut ?
Je perds des contrats parce que je ne sucre pas mon café.
Parce que je refuse de diluer ce que je fais pour plaire.
Parce que je crois que certaines pratiques demandent du respect, de la lenteur, de la profondeur.
Je ne me dénaturerai pas.
Ni pour être plus visible.
Ni pour être plus rentable.
Ni pour être plus populaire.
Car se trahir pour réussir n’est pas une victoire.
C’est une abdication.
Aimer le vrai, ce n’est pas être rigide.
C’est choisir la cohérence plutôt que la facilité.
La profondeur plutôt que le bruit.
La vérité plutôt que le spectacle.
Et oui, parfois, ça coûte cher.
Mais je préfère perdre des contrats que perdre le sens.
Et si je peux me permettre une chose, comme intervenante, comme professeure, comme humaine :
faites vos recherches.
Posez des questions.
Où avez-vous étudié ? Quelle est votre formation ? Êtes-vous assuré·e professionnellement ?
Ce ne sont pas des détails.
Ce sont des protections.
Les études, l’encadrement, les assurances, le savoir, ce n’est pas de l’ego.
C’est ce qui vous protège, physiquement, émotionnellement, humainement.
C’est ce qui permet d’éviter des blessures, visibles ou invisibles.
Le spectaculaire impressionne.
La compétence protège.
Choisir quelqu’un de formé, ce n’est pas être élitiste.
C’est être responsable.
De soi. De son corps. De son vécu.
Le vrai, parfois, est plus discret.
Mais il est là pour durer.
Isabelle Tousignant
Semeuse de bienveillance et de bonheur poilu