03/21/2026
La posture thérapeutique… la vraie
Par Isabelle Tousignant
Une des choses que j’aime le plus dans la profession de thérapeute en relation d’aide, c’est tout ce que j’ai appris à travers mes formations, mes études et toutes les formations continues que j’ai ajoutées au fil du temps. J’ai accumulé des certificats, des diplômes, des heures de formation. Mais ce qu’ils m’ont surtout apporté, c’est une évolution personnelle.
Parce que la posture thérapeutique, ce n’est pas une technique.
Ce n’est pas un titre.
Ce n’est pas un diplôme encadré sur un mur.
C’est une façon d’être.
J’ai toujours essayé d’être une personne dans le non-jugement. J’ai toujours cherché à comprendre l’autre. Mes études n’ont pas créé cela, elles l’ont renforcé. Elles m’ont donné des mots, des concepts, une compréhension plus fine de ce que je faisais déjà intuitivement.
Quand je pose des questions, ce n’est jamais pour coincer quelqu’un.
Ce n’est jamais pour prouver un point.
Ce n’est jamais pour avoir raison.
Je questionne pour comprendre.
Comprendre la réalité de l’autre.
Comprendre son fonctionnement.
Comprendre pourquoi cette personne pense ainsi, agit ainsi, vit ainsi.
Et que je comprenne ou non, que je sois d’accord ou non, cela ne change rien à la valeur de la personne. Ce n’est pas ma vie. Ce n’est pas mon chemin. Ce n’est pas mon histoire.
Une posture thérapeutique, c’est accepter que l’autre a le droit d’exister autrement que nous.
Et je veux aussi préciser quelque chose d’important.
Ce que je décris ici n’est pas une opinion personnelle. Ce n’est pas une philosophie inventée. Ce n’est pas ma façon de voir la vie.
C’est ce qu’on apprend quand on étudie en relation d’aide.
C’est ce qu’on apprend en psychologie.
C’est ce que des décennies, voire des siècles d’observations du psychisme humain ont démontré.
Le non-jugement, l’écoute réelle, l’humilité face à l’expérience de l’autre, la compréhension des réactions comme figer, fuir ou combattre, tout cela ne vient pas de moi. Je n’ai rien inventé.
Je fais simplement appliquer ce qui est enseigné dans toute formation sérieuse en relation d’aide.
Parce que comprendre l’autre sans juger, ce n’est pas une option.
C’est la base.
Mais il y a une chose qui me dérange profondément.
Ce sont les gens qui se disent dans une posture thérapeutique… tout en jugeant.
Ceux qui posent des questions qui commencent par
« Oui, mais pourquoi… »
Oui, mais pourquoi tu n’es pas partie avant ?
Oui, mais pourquoi tu n’as rien dit ?
Oui, mais pourquoi tu as toléré ça ?
Ces questions ne sont pas des questions de compréhension.
Ce sont des questions de jugement déguisées.
La réponse ne changera rien.
La personne a déjà décidé.
Elle ne cherche pas à comprendre.
Elle cherche à valider son opinion.
Et ça, ce n’est pas une posture thérapeutique.
C’est une posture de supériorité.
Dans la vie, il existe trois grandes réactions face au danger : figer, fuir ou combattre.
Aucune n’est meilleure.
Aucune n’est pire.
C’est simplement la réaction du système nerveux.
Alors qui sommes-nous pour juger la réaction de quelqu’un ?
Qui sommes-nous pour dire : moi, j’aurais fait autrement ?
Nous n’étions pas là.
Nous n’avons pas vécu la peur.
Nous n’avons pas vécu la confusion.
Nous n’avons pas vécu l’impuissance.
Nous projetons simplement notre confort ou inconfort dans une situation que nous n’avons jamais vécue.
J’ai travaillé auprès de femmes victimes de violence conjugale. J’ai entendu des histoires bouleversantes. Des histoires où l’humain, dans son pire, devient capable de l’impensable.
Jamais je n’ai demandé :
« Pourquoi tu n’es pas juste partie ? »
Parce que cette question démontre surtout qu’on ne comprend rien.
On ne comprend pas ce qu’on n’a pas vécu.
Je le dis souvent lorsque je parle de stress post-traumatique.
Si tu n’as jamais vécu de trauma, ne dis pas que tu comprends. Tu peux essayer d’imaginer. Mais comprendre, non.
Au même titre que je ne peux pas comprendre ce qu’est accoucher.
Je ne peux pas comprendre le lien viscéral d’une mère avec son enfant.
Je peux l’imaginer. Mais je sais que ce que j’imagine est à mille lieues de la réalité.
Et c’est ça, l’humilité thérapeutique.
Accepter qu’on ne comprend pas tout.
Accepter qu’on ne saura jamais tout.
Accepter que l’expérience de l’autre ne nous appartient pas.
Il y a une image que j’utilise souvent.
Quand quelqu’un reçoit une flèche dans le cœur, ce dont il a besoin, c’est qu’on l’aide à l’enlever.
Qui a fabriqué la flèche, ce n’est pas la priorité.
Pourquoi elle a été lancée non plus.
La personne souffre maintenant.
C’est ça qui compte.
La posture thérapeutique, c’est ça.
Être présent à la souffrance.
Pas à la curiosité.
Pas au sensationnalisme.
Pas au besoin de savoir pour satisfaire son esprit.
Une vraie posture thérapeutique demande aussi autre chose :
Avoir fait son propre travail.
Parce que si notre passé n’est pas apaisé, il parle pour nous.
Il filtre notre écoute.
Il colore nos réactions.
Il transforme nos questions.
On croit écouter…
mais on compare.
On croit comprendre…
mais on projette.
On croit aider…
mais on juge.
On ne peut pas accompagner quelqu’un là où on refuse d’aller soi-même.
La posture thérapeutique, la vraie, c’est :
Écouter sans chercher à corriger
Questionner sans chercher à coincer
Comprendre sans chercher à juger
Accueillir sans chercher à changer
Accompagner sans chercher à contrôler
C’est aussi accepter de ne pas savoir.
Accepter de ne pas comprendre.
Accepter de simplement être là.
Parce que parfois, la meilleure aide, ce n’est pas une solution.
C’est une présence qui ne juge pas.
Et ça, aucun diplôme ne peut l’enseigner complètement.
Ça se construit.
Ça se vit.
Ça se travaille.
Ça s’incarne.
C’est ça, la posture thérapeutique.
Isabelle Tousignant
Semeuse de bienveillance et de bonheur poilu.