12/10/2025
Durant l’Antiquité et avant le Moyen Âge, la pauvreté extrême poussait à des décisions que nous avons aujourd’hui du mal à comprendre.
Lorsqu’une famille ne pouvait pas nourrir ses enfants, il n’était pas rare de les vendre. Les filles étaient souvent destinées à la prostitution, tandis que les garçons étaient envoyés aux travaux agricoles ou forcés.
Cette pratique commença à changer au Moyen Âge. L’empereur Frédéric II de Souabe impulsa des réformes légales qui interdirent, entre autres, la vente des filles à des fins sexuelles. La mesure n’élimina pas le problème de fond, mais elle le transforma.
À partir de ce moment apparut une alternative connue sous le nom d’oblazione (oblation). Au lieu de vendre leurs enfants, certaines familles les laissaient comme « offrande » dans des couvents ou institutions religieuses, dans l’espoir qu’ils soient nourris et éduqués.
Pour permettre cet abandon anonyme, des mécanismes furent mis en place, comme la ruota degli esposti (roue des exposés), un cylindre tournant installé dans des couvents et hôpitaux. L’enfant était placé à l’intérieur, la roue tournait, et il restait sous la garde de l’institution, sans que personne ne voie qui le déposait.
Ces enfants avaient besoin d’un nom et d’un prénom.
À Naples, les exposés recevaient le nom de famille Esposito, qui signifie littéralement « exposé ».
À Florence et en Toscane, liés à l’Spedale di Santa Maria degli Innocenti, se popularisèrent les noms Innocenti, Nocenti ou Nocentini.
À Milan, où fonctionnait l’Ospizio di Santa Caterina della Ruota, dont le symbole était une colombe, les enfants portaient souvent Colombo ou Colombini.
À Pavie, l’usage voulait Giorgi, tandis qu’à Sienne apparaissait Della Scala.
Dans de nombreux cas, le nom de famille décrivait directement la condition de l’enfant :
Esposti, Orfano, Trovato, Ventura, Venturini, Ignoto, Incerto, Proietti, Spurio, Bastardo, entre autres.
Le lieu où l’enfant était trouvé influençait aussi le nom :
près d’une roue → Rota
près d’un pont → Da Ponte
près d’une église → Chiesa
Dans les registres, ils figuraient comme enfants de “NN” (Nomen Nescio, nom inconnu) ou de “mère ignota”. De cette expression dériva, avec le temps, le terme péjoratif “mignotta”, montrant comment le stigmate social persista même lorsque l’anonymat avait pour but de protéger.
Ces noms de famille, encore présents aujourd’hui, ne sont pas de simples mots transmis. Ils sont les traces d’un passé où survie, honte sociale et charité institutionnelle s’entremêlaient, laissant des marques qui traversèrent les siècles.
L’histoire des exposés rappelle que beaucoup de noms sont nés non du lignage, mais de la nécessité.