08/03/2026
En 1971, Doris Lessing écrivit quelque chose qui mit de nombreux éducateurs en colère.
Elle affirma que chaque enfant devrait entendre ceci :
« Vous êtes en train d’être endoctrinés. Nous n’avons pas encore inventé un système d’éducation qui ne soit pas un système d’endoctrinement. Nous en sommes désolés, mais c’est le mieux que nous puissions faire. »
Lessing ne s’arrêta pas là. Elle expliqua que ce que les élèves apprennent est façonné par les préjugés et les choix d’une culture particulière. Ceux qui sont forts et indépendants sont encouragés à s’éduquer eux-mêmes, tandis que les autres sont formés pour s’adapter aux besoins de la société.
Née en 1919 en P***e (aujourd’hui l’Iran), Lessing grandit en Rhodésie du Sud (aujourd’hui le Zimbabwe) dans un système colonial conçu pour maintenir une hiérarchie sociale. À l’école, on lui enseignait que l’Empire britannique était juste, que le colonialisme « civilisait » les peuples et que certaines personnes étaient naturellement inférieures. Adolescente, elle commença à tout remettre en question. Elle quitta l’école à 14 ans — non pas pour arrêter d’apprendre, mais pour refuser l’endoctrinement. Elle devint une intellectuelle autodidacte, lisant énormément, observant la société et refusant les rôles imposés.
En 1962, elle publia The Golden Notebook, un roman explorant la manière dont la société fragmente les femmes en rôles — la professionnelle, la mère, l’amante. Le livre devint un classique du féminisme, même si Lessing le voyait surtout comme une réflexion sur les systèmes qui poussent les individus à intégrer les limites que la société leur impose.
Dans l’introduction qu’elle écrivit en 1971 pour ce livre, elle formula sa critique la plus radicale : l’éducation reproduit inévitablement les hypothèses culturelles de son époque. Les écoles prétendent encourager la pensée critique, mais souvent dans des limites contrôlées. Ses livres furent même interdits dans certaines écoles, accusés de promouvoir des idées anti-autorité — ce qui, selon elle, confirmait justement son analyse : le système résiste à la pensée indépendante.
Lessing continua d’écrire pendant plus de six décennies, publiant plus de 50 livres sur le colonialisme, le genre, la politique et la psychologie. Elle refusa toujours d’être enfermée dans une catégorie, passant du roman réaliste à la science-fiction dystopique, aux mémoires et aux essais sociaux.
En 2007, à 87 ans, elle reçut le Nobel Prize in Literature. Lorsque les journalistes lui annoncèrent la nouvelle, elle répondit simplement :
« Oh Christ. »
Dans son discours, elle parla encore d’éducation, évoquant un jeune homme au Zimbabwe qui cherchait désespérément à apprendre — en contraste avec certains étudiants qui acceptent l’enseignement sans jamais le remettre en question.
Son message était clair : l’éducation devrait apprendre aux élèves à tout questionner, y compris ce qu’on leur enseigne et qui en bénéficie. Le véritable apprentissage commence lorsque les étudiants demandent :
Pourquoi m’enseigne-t-on cela ?
Quelles voix manquent ?
Quelles idées cachées se trouvent derrière chaque leçon ?
Doris Lessing mourut en 2013 à 94 ans, après une vie passée à refuser les définitions imposées de la réalité.
Son idée radicale — que l’école devrait reconnaître sa propre part d’endoctrinement — reste encore difficile à accepter pour beaucoup. Pourtant, chaque étudiant qui questionne le programme, chaque esprit qui refuse d’obéir aveuglément, lui donne raison.
Car l’éducation peut être un outil d’endoctrinement — ou un chemin vers la liberté.
Et ceux qui refusent de se conformer ?
Ce sont souvent eux qui changent le monde. 📚✨