15/04/2026
[CE QUI SE CACHE DERRIÈRE L'EFFET "WAOUH" DE NOS ÉCRANS]
Aujourd'hui, je voudrais vous parler d'un sujet passionnant et complexe : l'impact sur nos yeux et nos cerveaux de certaines technologies "traîtresses" logées dans les écrans que nous utilisons au quotidien.
Pourquoi "traîtresses" ? Parce que ces technologies ne sont jamais affichées dans le descriptif des appareils, et pour cause : elles visent à créer un effet "waouh" et/ou à permettre une économie des coûts de production, souvent les deux, au détriment du confort d'utilisation et même, je le soupçonne, de la santé des utilisateurs.
Alors, quelles sont ces technologies et en quoi consistent-elles ?
1️⃣ LE PWM, OU COMMENT TE FAIRE PRENDRE DES VESSIES POUR DES LANTERNES
La première que j'ai découverte s'appelle PWM (pour Pulse Width Modulation) et elle concerne la gestion de la luminosité de l'affichage. Concrètement, il s'agit de diminuer la luminosité non pas réellement, de manière constante, mais en créant l'illusion d'une luminosité abaissée par un allumage/éteignage intermittent et ultra-rapide des LED de l'écran. Ce "scintillement" est indétectable à l’œil nu, mais il est bel et bien ressenti par une fraction des utilisateurs à qui il donne des maux de tête, une fatigue visuelle intense ou des difficultés à se concentrer. C'est ainsi que j'ai découvert le PWM en 2021, quand, suite à un changement d'ordinateur (d'un Macbook vers un autre), j'ai constaté que l'écran du nouvel appareil était insupportable pour moi, tandis qu'avec le précédent je n'avais jamais eu de problème. Il y avait d'autres paramètres en jeu (technologie True Tone, brillance excessive de la dalle), mais en creusant la question, j'ai compris que le PWM était le facteur principal de cette gêne.
👉 Pourquoi les constructeurs utilisent-ils le PWM ? Parce que cela permet d'économiser la batterie, et donc d'afficher une autonomie supérieure dans les caractéristiques de l'appareil (ce qui, on le sait, est un critère de vente majeur). Mais ils se gardent bien de le dire. Pour trouver un écran sans PWM, vous pouvez chercher la mention "flicker free" ou "DC dimming", mais ce n'est pas une garantie absolue. Seuls des tests indépendants comme ceux réalisés par Notebookcheck.net permettent de savoir de manière sûre si un appareil utilise ou non le PWM, et à quelle fréquence. La réalité est qu'aujourd'hui, la plupart des appareils (smartphones, tablettes, ordinateurs) l'utilisent.
👉 Y a-t-il une parade ?
Oui, heureusement : des développeurs indépendants ont créé un petit logiciel nommé Iris 🧿 qui permet de maintenir la luminosité de l'écran au maximum et d'assombrir l'affichage sans toucher à ce paramètre (ne me demandez pas comment ça marche, cela dépasse mes compétences techniques) ; mais ça marche ! Le logiciel intègre également un outil de gestion de la lumière bleue comparable à ce qu'on trouve dans NightShift ou f.lux. Il s'achète une seule fois (pas d'abonnement) pour un appareil donné : son modèle économique est tout aussi chouette que sa fonctionnalité.
📱 Une mauvaise nouvelle cependant : Iris ne marche pas sur smartphone. Or, pour ce qui est d'Apple, tous les iPhones postérieurs à l'iPhone 8 et l'iphone SE 2 de 2020 utilisent le PWM. Cela fait des générations entières d'appareils qui sont inutilisables pour les personnes sensibles au scintillement. Et chez les smartphones d'autres marques, c'est pareil.
Pour l'iPhone 17, Apple a enfin annoncé qu'un bouton permettait de désactiver le PWM (première reconnaissance officielle du fait qu'ils utilisent cette technologie, by the way). Hourrah ! ont dit certains. Ils pensaient qu'ils allaient enfin pouvoir utiliser un iPhone sans maux de tête. Mais que nenni. La réalité (telle que rapportée sur des forums spécialisés) est que la désactivation du PWM n'est possible qu'en-dessous de 25 % de luminosité (autrement dit, lorsque l'écran est déjà très sombre, ce qui exclut de fait toutes les utilisations diurnes) ; et les utilisateurs rapportent que cela ne change strictement rien à leurs symptômes.
Est-ce qu'Apple va apporter une solution plus sérieuse au problème dans un proche avenir ? A suivre, la question reste entière.
2️⃣ LE FRC, OU L'ILLUSION DE LA COULEUR (ET C'EST TON CERVEAU QUI PAYE LA FACTURE)
La deuxième technologie dont nous allons parler est à la couleur ce que le PWM est à la luminosité. Elle s'appelle FRC pour Frame Rate Control, ou encore "dithering temporel". Elle résulte d'une différence entre les couleurs qu'une dalle peut afficher "nativement" (= ses capacités physiques), et les couleurs perçues par l'utilisateur. Pour augmenter le nombre de couleurs effectives à partir d'une dalle qui n'en contient pas assez de manière native, on fait scintiller des pixels qui affichent par intermittence deux couleurs proches, créant l'illusion d'une troisième couleur intermédiaire entre les deux (exemple : une alternance de bleu et de vert crée une illusion de bleu-vert).
👉 Quel est l'intérêt pour le constructeur ? Cela lui permet d'afficher un nombre de couleurs effectives supérieur au nombre de couleurs natives ; ainsi, une dalle 6 bits d'entrée de gamme sera vendue comme 8 bits ; une dalle 8 bits sera vendue comme 10 bits ; seules les dalles 10 bits, haut de gamme, n'ont pas besoin de recourir au "temporal dithering".
Fait intéressant : le dithering ne dépend pas seulement de la dalle, mais de la façon dont le système d'exploitation excède ses capacités : ainsi, certaines personnes n'ont pas de problème avec un ordinateur donné sous Windows 10, mais ont des symptômes quand ils passent à Windows 11 sur la même machine. D'autres ont des problèmes sous Windows mais pas sous Linux. La cause en est que plus les systèmes sont "évolués" et gourmands, plus ils demandent à l'appareil d'afficher des couleurs complexes et nuancées ; plus le recours au dithering est inévitable.
Le dithering est lui aussi le prix à payer pour l'effet "waouh" que veulent les constructeurs : toujours plus de brillance, de contraste, de profondeur de couleurs. Pendant ce temps, il peut apparaître à l'écran une perte de netteté, des effets de halo, des transitions de couleur instables... et l'utilisateur sensible se retrouve avec des maux de tête et une fatigue visuelle et cognitive accrue.
👉 Existe-t-il une parade ? Oui, là aussi, un petit outil tiers a été développé, qui s'appelle Stillcolor : il permet de désactiver le dithering et de nombreux utilisateurs rapportent un grand soulagement en l'utilisant. 🙏
3️⃣ LA RÉSOLUTION À "SCALING NON ENTIER" QUI TE MET LA TÊTE À L'ENVERS
Le point que je vais aborder maintenant est ma découverte la plus récente, et il est en grande partie ce qui m'a motivée à écrire cet article.
Nous allons parler cette fois-ci de résolution. Il se trouve que dans la plupart des écrans, la résolution native (= le nombre de pixels physiques de la dalle) est supérieure à la résolution affichée (le nombre de pixels logiques). Ce décalage permet d'avoir une plus grande densité d'affichage, des contours précis, et d'augmenter la taille des éléments affichés sans perte de netteté. Jusqu'ici tout va bien.
Le problème arrive quand le rapport entre les deux résolutions n'est pas un nombre entier (on parle de "scaling entier") mais un nombre non-entier (on parle de "scaling non-entier").
Lorsque le rapport est fondé sur un nombre entier (ex 1:2, 1:4), , chaque pixel affiché est "mappé" sur plusieurs pixels physiques qui lui sont alloués de manière stable et pérenne. Il n'en résulte aucun inconfort visuel.
Mais il arrive que le rapport entre les deux résolutions soit non-entier, par exemple de x1,25, x1,50 ou x1,78. On dit alors que la résolution est "interpolée". Cette interpolation signifie que la correspondance entre les pixels logiques (affichés) et les pixels physiques est instable et non alignée ; un même pixel physique peut correspondre à plusieurs pixels logiques différents et la répartition change constamment. Cela force le système à reconfigurer l'image en permanence, avec des zones de flottement / oscillation / flou dues au recalcul. Il en résulte un grand surcoût pour l'utilisateur dans le traitement neurologique des données, et une grande fatigue visuelle et cognitive.
La chose qui m'a le plus renversée ? J'ai découvert que dans mon ordinateur, la résolution conseillée "par défaut" est interpolée (fondée sur un nombre non entier). 😤 J'ai fait le test de mettre une résolution de scaling entier, dans un rapport de 2:1 par rapport à la résolution native de la dalle : et là, stupeur ! Le soulagement a été IMMÉDIAT. Instantané, immense. Juste en changeant un paramètre en une seconde, après six ans d'utilisation "inconfortable" de mon ordinateur. Une révélation !
👉 A quoi sert la résolution interpolée ? Souvent, à afficher les éléments en taille un peu plus petite que la résolution "entière" la plus proche. Cela donne le sentiment d'avoir un peu plus d'espace sur le bureau (ce qu'Apple appelle fièrement "more desktop space", ils en ont fait un slogan). Eh bien, je peux vous dire que pour ma part, cet espace supplémentaire est chèrement payé en terme d'inconfort à l'utilisation. Pire que le m2 dans un beau quartier parisien. 🥵
👉 Ici, vous l'aurez compris, la solution est simple : il vous suffit de regarder quelle est la résolution native de votre appareil (si vous n'y arrivez pas, les IA vous le diront facilement), de regarder la résolution effective (affichée), et de calculer le rapport entre les deux. S'il est non entier, essayez le changement ! Peut-être que cela ne changera rien pour vous, ou peut-être que ça vous changera la vie - racontez- moi en commentaire !!
➡️ Pour conclure :
Je parlais en introduction de technologies "traîtresses" parce que loin d'être affichées par les constructeurs dans les caractéristiques des appareils, elles sont cachées, passées sous silence dans les descriptifs techniques ; et parce qu'elles permettent souvent de créer un "effet waouh" qui augmente la désirabilité de ces appareils et la tentation de les acheter - mais ce qui est sacrifié ce faisant, c'est le santé et le confort des utilisateurs ! Ceux-ci ne disposent même pas des clés pour comprendre ce qui leur arrive. Aujourd'hui, avec les IA c'est un peu plus facile, mais à l'époque reculée de 2020-2021 😅, nombreuses étaient les personnes qui déclenchaient de forts maux de tête ou une fatigue cognitive ou visuelle intense lors du passage à un nouvel appareil, sans comprendre ce qui leur arrivait !
Une question qui se pose est : les personnes "sensibles" (à qui ces technologies donnent des symptômes) sont-elles les seules à être affectées ? Personnellement, j'en doute. Quand on pense à ce que font les images subliminales (que le "moi" conscient ne voit pas, mais que le cerveau traite et perçoit parfaitement), il est aisé d'imaginer que tout ce qui entrave le traitement des informations par nos yeux et notre cortex visuel a un coût physiologique non négligeable.
En ce sens, on peut considérer les personnes affectées comme des "populations sentinelles" : cette notion, en toxicologie environnementale, désigne les répondeurs précoces, ceux qui ressentent la toxicité de telle ou telle substance ou technologie avant les autres, avec un seuil de réaction plus bas. Cela ne signifie pas que cette toxicité n'affecte pas en réalité tout le monde.
C'est enfin, aussi, un sujet intéressant sur le plan philosophico-politique car on voit que comme d'habitude, les industriels cherchent à créer un "effet waouh" (stimulus dopaminergique fort) pour rendre leurs produits irrésistibles, au mépris de la durabilité / viabilité / salubrité réelle de ces produits ; et que ce "bling !" généré dans nos cerveaux par un écran surbrillant, surcoloré et surexcitant masque une réalité bien plus sombre, faite de bidouillage avec nos fonctions neurocognitives dont on ne connaît absolument pas les conséquences sur le long terme. Je pense ici particulièrement aux utilisateurs que sont les enfants et adolescents, dont le système nerveux encore en construction est exposé à ces stimuli intermittents, instables, scintillants et "interpolés" avec des effets que nous ne mesurons pas - et je ne parle même pas ici des contenus qu'ils regardent sur ces mêmes écrans !
Bref, je me suis dit que ce sujet méritait un partage. En espérant qu'il vous semblera utile et que vous aurez des retours d'expérience à me faire ! Hâte d'en parler avec vous.
🌸CM🌸