13/03/2026
Ce jour-là, nous étions le 2 mars 2026…
Réflexion personnelle, en plusieurs articles.
Il est environ 7 h du matin, le soleil se lève. La journée s’annonce belle et lumineuse. Pourtant, je dois encore gratter le pare-brise de la voiture.
Une nouvelle semaine s’annonce, je suis encore dans les remous de ces derniers jours pleins de doutes et de ma crise de foi. Le week-end s’est pourtant très bien passé, il fut extrêmement ressourçant et source de joie.
Les vitres de ma voiture sont maintenant dégagées du givre. Je prends la route. J’ai un petit quart d’heure de trajet pour arriver au cabinet, je pars plus tôt ces derniers temps pour travailler en visio avec un ingénieur en informatique qui vit en Afrique. Nous développons une IA spécialisée dans la prévention.
Sur le trajet, j’écoute généralement de la musique, source d’inspiration, de méditations et un réel médicament pour moi. Lorsque j’aperçois une file de voitures qui attendent à la station-service.
Surpris, je me demande ce qui se passe, encore…
À l’appartement, avec ma femme, nous avons fait le choix de ne plus avoir de télévision. Je préfère choisir les informations qui m’intéressent, en écoutant des podcasts plutôt que des nouvelles imposées par une quelconque chaîne mainstream.
Puis, j’ai surtout une sacro-sainte horreur des publicités à outrance.
Lorsqu’un événement important se passe, c’est souvent les gens qui viennent me voir qui m’en parlent en premier.
Mais exceptionnellement, je décide de mettre la radio et j’écoute France Info : « Nouvelles frappes américaines et israéliennes ce matin depuis le début du conflit, une frappe a touché une école dans la ville de Minab tuant plus de 150 personnes dont de nombreux enfants, retour sur la ligue 1, le PSG remporte son match contre Le Havre… »
Je m’arrête, je suis sidéré. J’apprends qu’une nouvelle guerre a commencé mais surtout ! Comment peut-on annoncer une telle tragédie avec autant d’indifférence ? Comment peut-on passer du coq à l’âne sur une annonce comme celle-ci, comme si la victoire de l’équipe de foot était au même niveau que la mort de nombreux enfants ? Est-ce devenu si banal ?
J’ai ressenti un milliard de piqures dans mon cœur juste à imaginer qu’un jour une bombe pourrait toucher l’école de mon enfant.
J’arrive, à mon bureau, perturbé. Ce monde tourne à l’envers, et dire que c’est moi qui croyais tourner à l’envers ! Comment ai-je pu douter ?
Je commence la visio pour mon projet IA, et je demande tout de suite à mon collègue qui habite en République Démocratique du Congo, s’il est au courant de la nouvelle guerre en Iran et ce qu’il en pense.
Sa réponse ? « Oh tu sais, nous sommes aussi en guerre, depuis 2004, j’ai moi-même fait deux ans dans l’armée, c’est obligatoire… »
Suis-je si ignorant ? Ou personne ne parle de ce conflit ? Je suis de nouveau sidéré. Je me sens bête d’avoir posé la question…
Et, on continue le travail, comme si de rien n’était.
Il est maintenant 8h45, mes séances vont bientôt démarrer.
J’ouvre les fenêtres, le climat est doux, le soleil rasant du printemps arrive, j’en profite pour faire mon Qi Gong.
Je soupire, le regard vide. Je ferme la fenêtre, j’accueille la première personne de la journée.
Ce jour là, j’ai écouté les plaintes de 9 personnes très différentes, qui viennent pour des motifs aussi très variés.
Il y avait des retraités, inquiets du prix de l’essence et à l’idée de finir dans un Ehpad qui allait dilapider les économies qu’ils pensaient léguer à leurs enfants, des entrepreneurs étouffés par les charges ne pouvant plus investir dans quoi que ce soit, des fonctionnaires au bord de la dépression par du management toxique et des missions sans sens, des institutrices menacées de mort par des enfants de 6 ans et laissés à l’abandon par la hiérarchie, des jeunes femmes stressées à l’idée de devoir rentrer seules chez elles le soir et préférer rester devant Netflix, des employeurs ne trouvant pas à embaucher, subissant des contrôles qui ressemblent plus à de l’inquisition avec des inspecteurs ayant déjà porté un jugement avant leur venue et qui cherche la petite bête pour justifier qu’ils avaient raisons, des jeunes brillants qui ne veulent pas d’enfants et ayant perdu la foi, des gens face à une justice implacable et intolérante avec une sensation d’une justice à deux points deux mesures, des mères avec des enfants handicapés laissés à l’abandon sans solution par notre société, avec la crainte de ce qui se passera quand elles ne seront plus de ce monde.
Tous ont un point en commun, ils ont un excellent raisonnement avec une analyse fine de leur situation et tous disent en substance la même chose : violence, incompréhension, inadaptation, tout est compliqué, long, rébarbatif, sans espoir.
Je ferme la porte du cabinet pour la dernière fois de la journée, le soleil se couche, je m’assois, je fais une courte pause, car je suis pressé de rentrer et de retrouver les miens, mais je ne veux pas rentrer avec tout ces fardeaux.
Surtout qu’une question me hante, qu’est ce que je répondrais à mon fils quand il me demandera ce que j’ai fais pour améliorer le monde que je lui laisse ?
Forcé de constater une terrible chose : rien… Je ne peux pourtant me résoudre à cette réponse.
Après les derniers tourments qui m’ont frappés, me revoilà asséné d’un nouveau coup.
Le monde s’embrase, et je regarde impuissant le spectacle de mille feux.
Le temps passe, et les cheveux blancs gagnent du terrain. Le sablier s’écoule sans s’arrêter… « Tu as loupé le coche mec », voilà la première phrase qui me vient à l’esprit !
Je suis rien ni personne, je n’ai que mes pensées à exposer comme protestation.
Mais même la plus belle combinaison de mots que je puisse offrir à ma petite audience ne suffira pas à changer quoi que ce soit.
À suivre…