10/12/2025
Quand son enfant intérieur blessé la poussait vers des personnes émotionnellement indisponibles, elle ne comprenait pas encore que ce choix n’était pas conscient.
C’était une empreinte passée.
Un schéma invisible.
Une répétition silencieuse de ce qu’elle avait vécu très tôt.
Chercher l’amour là où il ne pouvait pas vraiment se donner.
Elle pensait que son rôle était de tout réparer chez l’autre.
Comme si aimer signifiait panser les blessures qui ne lui appartenaient pas.
Comme si sa valeur dépendait de sa capacité à sauver, à comprendre, à supporter.
Elle confondait compassion et effacement.
Elle avait appris parfois qu’aimer, c’était se sacrifier.
Que l’attention de l’autre se méritait, que la présence se gagnait à force d’efforts et de renoncements.
Alors elle portait le monde émotionnel des autres sur ses épaules.
Elle se sentait responsable de tout.
Des humeurs qu’elle n’avait pas provoquées, des silences qu’elle n’avait pas choisis, des distances qui ne parlaient pas d’elle mais qu’elle interprétait comme des failles personnelles.
Autour d’elle, on attendait beaucoup mais on expliquait peu.
Elle avait appris très tôt à être " forte ", à ne pas déranger, à prendre sur elle.
Ces attentes avaient modelé son identité.
Elle avait grandi en observant attentivement les réactions des autres.
Chaque variation de ton, chaque silence, chaque soupir devenait pour elle un signal à interpréter.
Cette vigilance constante avait marqué sa relation à elle même.
Elle ne savait plus si ses émotions lui appartenaient ou si elles étaient un écho de celles des autres.
Elle avait appris à se définir à travers les besoins de son entourage plutôt qu’à partir des siens.
Son environnement avait influencé sa perception d’elle même.
Elle y avait appris à se diminuer pour garder la paix, à se taire pour éviter le conflit, à se rendre utile pour être acceptée.
Cette dynamique, ancrée dès l’enfance, avait inscrit dans son cœur que sa place n’était jamais garantie.
Elle ne savait pas encore que vouloir apaiser tout le monde, c’était souvent tenter de faire taire son propre chaos intérieur.
Elle a commencé à écouter davantage ses ressentis.
À prêter attention aux signes que son corps lui envoyait depuis longtemps.
Ces maux qui s’installaient essentiellement dans son ventre, dans sa poitrine, dans son dos…
Ce n’étaient pas des faiblesses, mais des messages.
Des alertes que son système nerveux lui murmurait depuis des années et qu’elle avait appris à ignorer pour survivre.
Elle s’est mise à observer son anxiété autrement.
Elle comprenait maintenant qu’elle se déposait à différents endroits de son corps pour l’avertir, pour lui dire que quelque chose n’allait pas, que ses limites étaient franchies, que son cœur se contractait pour se protéger.
Pour la première fois, elle a cessé de se juger pour ses réactions.
Elle a commencé à leur laisser une place.
À reconnaître la sagesse contenue dans chaque tension, chaque accélération de son rythme, chaque douleur ressentie dans le ventre.
Son corps parlait depuis longtemps.
Elle n’avait simplement jamais appris à véritablement l’écouter.
Les signaux d’alarme, elle les voyait mais elle les minimisait.
Elle les expliquait.
Elle les excusait.
Elle se disait qu’elle devait être plus patiente , plus compréhensive, plus aimante.
En réalité, elle se demandait si elle était comprise, si elle était respectée, si elle était aimée de manière saine et réciproque.
Son identité, son estime et la perception de sa valeur manquaient encore de stabilité.
Et puis, un jour, elle a commencé à entendre les fissures à l’intérieur d’elle même.
Les parts d’elle qui hurlaient en silence qu’elles en avaient assez.
Assez de courir après ce qui ne la voyait pas.
Assez de se perdre pour être choisie.
Assez de confondre intensité et amour, manque et désir, chaos et passion.
Elle a entrepris un travail profond sur ses déclencheurs émotionnels.
Elle est arrivée à ce point de bascule après avoir été trop longtemps ignorée, trop longtemps passée sous silence.
Fatiguée de ne pas être entendue, de ne pas être reconnue, de ne pas être respectée à sa juste valeur.
Chaque silence, chaque non dit, ont laissé une empreinte profonde.
Ces silences, qui semblaient anodins pour les autres, résonnaient en elle comme des échos incessants de son invisibilité.
Et c’est cette accumulation, ce trop plein silencieux, qui l’a poussée à revenir en son centre, à chercher enfin à comprendre ses réactions, ses besoins et ses limites.
Elle a appris à reconnaître d’où venaient ses réactions.
Ce qu’elles protégeaient, ce qui l'effrayait, ce qu’elles rejouaient de son passé.
Elle a compris que son enfant intérieur n’avait pas besoin de relations compliquées, mais de sécurité.
De cohérence.
De transparence.
Elle a avancé pour reprendre le contrôle de sa vie.
Elle a replacé sa présence au centre.
Elle a commencé à se privilégier, non pas par égoïsme, mais par nécessité.
Elle a appris à écouter ses besoins.
Ces besoins qu’elle avait longtemps ignorés pour rester accommodante, aimante.
Elle a appris à se respecter et commencé par poser des limites.
Les premières tremblaient.
Les suivantes étaient plus solides.
Avec le temps, elles sont devenues naturelles.
Elle ne cherchait plus à sauver, mais à se préserver.
Elle ne cherchait plus à mériter, mais à choisir.
Elle ne se demandait davantage :
Suis je à ma place ?
Est ce que cela me fait du bien ?
Est ce que cela me respecte ?
Et en reconnectant avec elle même, elle a compris que l’amour n’est pas sacrifice.
L’amour n’est pas douleur.
L’amour n’est pas réparation.
L’amour est rencontre.
Présence.
Réciprocité.
Et surtout ancrage intérieur.
Ce qu’elle avait longtemps cherché chez les autres, elle commençait enfin à le construire en elle dans un équilibre et une stabilité.
Et ouvrir la porte à une paix intérieure longtemps insaisissable.
Elle a appris à écouter ses besoins avec douceur et bienveillance, à reconnaître ce qui la fatigue, ce qui la nourrit, ce qui la fait vibrer.
Et elle a commencé à y répondre, non par devoir ou obligation, mais par respect et amour pour elle même.
Ce retour à l’écoute d’elle même s’est traduit par un véritable retour à la vie.
Chaque choix est désormais imprégné de conscience et d’attention.
Et dans ce lien retrouvé avec elle même, elle découvre la liberté profonde de choisir ce qui lui apporte du bien, de dire non sans culpabilité, et de se célébrer dans chaque moment de son existence.
©️Audrey Delrue
Texte protégé
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