19/02/2026
L’AUTO-SABOTAGE
Ce moment précis où je détruis ce que je dis vouloir.
Pendant longtemps, j’ai cru que je manquais de cohérence.
Que quelque chose clochait chez moi.
Je voulais l’amour, mais je le repoussais.
Je cherchais la stabilité, mais je m’ennuyais quand elle était là.
Je disais vouloir la paix, mais je créais du chaos.
Ce n’était pas un manque de lucidité.
C’était de l’auto-sabotage.
Et il m’a fallu du temps pour comprendre une chose essentielle :
Je ne détruisais pas par faiblesse,
Je me protégeais par réflexe.
L’auto-sabotage commence toujours comme une protection.
On parle souvent de l’auto-sabotage comme d’un comportement absurde.
En réalité, il est profondément logique… du point de vue du passé.
Quand l’amour a été instable, imprévisible ou conditionnel, le corps apprend très tôt que s’attacher est risqué.
Alors, même adulte, même conscient, quelque chose en nous continue d’anticiper la chute.
Les travaux de John Bowlby l’ont montré :
Nous préférons la sécurité connue au bonheur incertain.
Et parfois, la sécurité connue…
c’est la solitude, la fuite, le rejet ou le contrôle.
Je ne sabotais pas parce que je ne voulais pas aimer.
Je sabotais parce qu’une part de moi avait appris que aimer, c’était dangereux.
« Tant que l’inconscient n’est pas rendu conscient, il dirigera votre vie et vous l’appellerez destin. »
Carl Jung
Quand le mental prend le relais pour justifier la fuite.
Une fois la peur activée, le mental arrive.
Pas pour aider. Pour rationaliser.
Il trouve toujours une bonne raison : quelque chose cloche, l’autre fait trop ou pas assez, ce n’est pas le bon moment, je ressens un malaise, donc c’est un signal.
Les travaux d’Aaron Beck ont mis en évidence ces distorsions cognitives :
Le cerveau ne cherche pas la vérité, il cherche à confirmer la peur. Je croyais réfléchir.
En réalité, je construisais un récit pour justifier un réflexe.
Ce n’était pas de l’intuition.
C’était une blessure qui parlait avec une voix convaincante.
« Les pensées ne sont pas des faits. »
Aaron T. Beck
Pourquoi je me sabotais surtout quand tout allait bien.
C’est sans doute la partie la plus dérangeante à accepter.
Je ne me sabotais pas dans le chaos.
Je me sabotais dans le calme.
Quand tout devenait simple, fluide, stable, quelque chose en moi s’agitait.
Les travaux de Stephen Porges expliquent cela très clairement :
le système nerveux cherche la cohérence, pas le bonheur.
Si le stress, l’instabilité ou le conflit ont été la norme, le calme devient suspect.
Alors le corps crée une tension.
Un conflit. Une crise.
Pas parce qu’il aime souffrir, mais parce qu’il reconnaît enfin quelque chose de familier.
Ce n’était pas l’amour qui me faisait peur.
C’était la paix.
« La sécurité n’est pas l’absence de danger, mais la capacité du système nerveux à rester régulé. »
Stephen Porges
Dans le couple, l’auto-sabotage devient un test.
Avec le temps, j’ai compris que je ne cherchais pas à détruire la relation.
Je cherchais une preuve.
Une preuve que l’autre resterait
même quand je devenais distant, méfiant ou excessif.
La thérapie des schémas, développée par Jeffrey Young, parle de ces blessures de rejet, de méfiance, d’abandon.
Alors on teste.
On provoque. On se retire.
On envoie des messages contradictoires.
Et sans s’en rendre compte, on pousse l’autre exactement là où l’on redoute qu’il aille.
« Nous ne voyons pas les choses telles qu’elles sont, mais telles que nous sommes. »
Anaïs Nin
Ma vision :
L’auto-sabotage cesse quand le système nerveux n’a plus besoin de se défendre.
On cherche souvent à résoudre l’auto-sabotage par la compréhension mentale.
Mais la vérité est plus profonde :
L’auto-sabotage n’est pas un problème de volonté.
C’est un système nerveux qui n’a jamais appris à se sentir en sécurité dans le lien.
Tant que le corps perçoit l’amour, la stabilité ou la réussite comme un danger potentiel, il activera automatiquement :
La fuite
L’attaque
Le gel
Le contrôle
Et le mental viendra ensuite justifier ce que le corps a déjà décidé.
C’est pour cela que savoir ne suffit pas.
La conscience sans régulation ne transforme rien.
La régulation : le véritable point de bascule.
Réguler son système nerveux, ce n’est pas devenir calme.
C’est apprendre à rester présent quand l’activation monte, sans retomber dans les stratégies de survie.
C’est pouvoir :
Ressentir l’inconfort sans provoquer de conflit
Sentir la peur sans fuir
Traverser le silence sans l’interpréter
Accueillir la stabilité sans chercher l’intensité
À partir de là, un espace apparaît.
Un battement. Un souffle.
Et dans cet espace, l’auto-sabotage perd son pouvoir.
La responsabilité est réelle :
Tu ne sortiras pas de l’auto-sabotage en trouvant la bonne personne.
Tu en sortiras le jour où ton système nerveux intégrera que :
L’amour n’est pas une menace,
Le calme n’annonce pas l’abandon,
La stabilité n’est pas un piège.
La responsabilité n’est pas de ne plus jamais saboter.
Elle est de ne plus laisser le sabotage diriger tes choix.
Parce qu’au fond,
l’auto-sabotage ne disparaît pas quand on le combat, mais quand le corps n’a plus besoin de se défendre pour survivre.
« La sécurité n’est pas quelque chose que l’on trouve à l’extérieur. C’est une expérience intérieure qui se construit dans le corps. »
Bessel van der Kolk
Il n’y a pas de transformation durable sans régulation.
Pas de régulation sans présence.
Et pas de changement dans ta vie sans changement d’habitudes incarnées.
Cédric JARDEL
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