15/02/2026
Des mots inspirants de Soizic Michelot - MBSR Paris
Quelques jours en solitaire à la . Beaucoup de pluie. Beaucoup de vent. Les chevaux restent calmes sous la drache. Je ne sais pas exactement ce que je viens chercher dans ce retrait mais ça a quelque chose à voir avec l’immobilité de ces chevaux sous la pluie.
Je relis Hartmut Rosa sur la fragmentation chronique de l’attention. L’impossibilité du vide. La disparition des temps longs. L’instrumentalisation permanente de ce que l’on nomme communément "le temps".
La pluie est presque assourdissante.
Et c’est peut-être cela que je viens chercher. Cet assourdissement-là. Laisser la pluie me prendre en otage. Vérifier la possibilité du temps long. Vérifier que je peux encore ne rien faire, que je peux encore sortir des griffes du temps blindé, du cerveau surchargé, du corps affairé, de tout ce qui nourrit et maintient l’illusion d’avoir un rôle, une identité, des certitudes, une utilité dans la marche du monde. Vérifier que je peux encore n’être personne quand tout pousse à être quelqu’un. Vérifier, que quand tout incite à se définir, je reste dans l’incapacité à me saisir, à me cerner.
C’est peut-être cela que je viens chercher, l’indéfinition.
Je suis là pour vérifier le flou. Le vertige. Et c’est peut-être ça la vraie raison pour laquelle je médite. Pour ne pas perdre le contact avec l’ouvert. Pour me détourer.
C’est pas très vendeur, peut-être pas très sexy mais ça fait un bien fou. Voir à travers l’assise méditative que je ne peux pas me fixer, me délimiter, que "je" n’est pas assignable à résidence, que l’identité ne peut être encapsulée tant elle dépend de tout ce qui n’est pas "je", tant elle est en relation avec tout autour, tant elle déborde du cadre. Je viens vérifier que je suis toujours ébahie par les étoiles, celles encore visibles, vérifier mon assignation à l’agitation de la matière, mon appartenance à la matière du monde. Vérifier que ce que j’appelle arbitrairement "moi" est plus large que moi.
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Merci à .s.sensible.s et tous les autres êtres cosmiques de La Madeleine, chien, chat, chevaux, vent et pluie battante ! Avec une pensée pour en pleine lecture d’ "étoiles communes"