Marie Duthoit. Conseillère Conjugale et Familiale

Marie Duthoit. Conseillère Conjugale et Familiale Consultations (individuel, couple et famille) de conseil conjugal et familial.

28/02/2026

Le couple comme champ de force
Rompre l’axe : quand le lien devient effraction

I. Certains couples ne s’installent pas dans une relation : ils s’installent dans une intensité. Le lien ne fait pas seulement rencontre, il fait champ. Un champ de forces où l’amour, le désir, la peur, la dépendance, la jalousie, la gloire, la honte, l’argent, les substances, l’entourage, les médias, tout se répond, s’aimante, se menace. Dans ces configurations, le couple n’est pas un “nous” apaisant : il est une scène magnétique, parfois splendide, parfois dévastatrice.

II. Dire “champ de force”, c’est dire que la relation ne se réduit pas à deux psychologies. Elle devient un système où circulent des charges. Chacun y cherche une solution intime : être sauvé, être enfin vu, ne pas être abandonné, ne pas être humilié, ne pas être réduit. Et c’est précisément là que le couple peut se faire organisateur… ou désorganisateur. Il peut soutenir l’axe du sujet, ou le rompre.

III. “Rompre l’axe” : la formule dit quelque chose de très concret. L’axe, c’est la colonne intérieure qui permet de tenir ensemble le monde interne et le monde externe, de rester sujet au milieu de la tempête. Quand l’axe tient, le Moi peut jouer son rôle : médiation, adaptation, défense, modulation. Quand l’axe se rompt, le Moi n’arrive plus à “faire liaison” : il n’y a plus de continuité, plus de tempo, plus de bord. Il ne reste qu’un mode de survie : fuite, gel, acting, anesthésie, ou effondrement.

IV. Les couples à forte intensité ont souvent un premier visage : le refuge. Le lien vient colmater une faille ancienne. Il donne une sensation rare : enfin un abri, enfin une présence, enfin quelqu’un “qui comprend”. Le couple devient alors une forteresse contre le monde. À ce stade, l’amour n’est pas seulement amour : il est une solution psychique. Or une solution peut devenir une prison si elle exige d’être totale.

V. Le deuxième visage est celui de la dépendance réciproque. Elle n’est pas seulement affective : elle devient identitaire. Chacun finit par tenir l’autre comme un organe vital : “sans toi, je ne suis plus”. Là, le lien cesse d’être un lien : il devient un système de maintien. Et ce système appelle une logique paradoxale : il faut être fusionnel pour ne pas perdre, mais il faut contrôler pour ne pas être dévoré. Le couple oscille alors entre absorption et rejet : intensité, rupture, retour, culpabilité, promesse, menace. L’axe est sollicité en permanence.

VI. La triangulation vient ensuite, presque fatalement. Un tiers s’installe : entourage, famille, amis, industrie, argent, fans, médias, justice, substances, enfant, thérapeutes… Peu importe lequel : l’essentiel est que le couple ne tient plus ses frontières. Il devient une scène envahie. Chaque crise a son public, chaque réconciliation a son témoin, chaque chute se joue sous projecteurs. Le lien se met à vivre à l’extérieur de lui-même. Ce qui aurait dû rester intime devient événement.

VII. Le désaccord des rythmes, enfin, est l’un des points les plus meurtriers. L’un cherche l’apaisement, l’autre cherche l’orage. L’un veut du silence, l’autre veut du bruit. L’un veut réparer, l’autre veut trancher. L’un s’absente pour ne pas exploser, l’autre vit l’absence comme abandon. Le couple devient alors un instrument d’accordage impossible : chacun tente d’imposer son tempo à l’autre, et la relation se transforme en lutte de survie. Quand les rythmes sont incompatibles, le lien peut devenir une effraction répétée.

VIII. Dans ce type de champ, il arrive que l’amour fonctionne comme trauma secondaire : il ne vient plus après la blessure pour la cicatriser, il réactive la blessure, l’expose, la met à nu, la rend quotidienne. La jalousie peut rejouer l’abandon, la colère rejouer l’humiliation, la fusion rejouer l’emprise, la rupture rejouer l’anéantissement. Le couple devient alors un lieu où le passé ne se souvient pas : il se répète.

IX. Certains couples de célébrité ont porté cette dynamique jusqu’à la légende. Kurt Cobain et Courtney Love, dans l’imaginaire collectif, figurent un lien pris dans une intensité radicale : amour, addiction, exposition, conflits, fragilités, pression médiatique, enjeux professionnels, perte de frontières. Que l’on s’en tienne aux faits connus ou aux récits qui les entourent, une chose se laisse penser : le couple n’a pas été un simple décor, mais un champ saturé de forces — forces parfois protectrices, parfois désorganisatrices. Dans un tel champ, la question n’est pas “qui est coupable”, mais : comment le Moi tient-il quand le lien devient un orage permanent ?

X. Elizabeth Taylor et Richard Burton offrent une autre figure du même phénomène : amour incandescent, séparations et retrouvailles, théâtralité, alcool, exposition, passion comme destin. Leur histoire a fasciné parce qu’elle donne à voir une vérité brute : certains couples sont des astres doubles. Ils s’attirent au point de se consumer. Ils se séparent pour survivre et se rejoignent pour ne pas mourir. Là encore, la logique n’est pas seulement romantique : elle est structurelle. Le champ de force maintient l’attraction, mais rend la stabilité presque impossible.

XI. “Rompre l’axe” ne signifie pas forcément “détruire l’autre”. Il arrive que l’axe se rompe sans intention, par saturation. Trop de tension, trop de scène, trop de tiers, trop de variations, trop d’exigences contradictoires. Le sujet fragile — celui qui porte déjà une ancienne fissure — ne parvient plus à assurer la fonction de médiation. Il se protège alors par des solutions extrêmes : retrait, anesthésie, fuite, rage, ou passage à l’acte. Dans les cas les plus graves, la disparition peut apparaître comme une sortie du champ : la seule manière de ne plus être traversé.

XII. Le cœur clinique de ces couples est souvent un malentendu tragique : chacun cherche un abri, mais chacun est aussi le lieu où l’autre se blesse. Chacun veut être aimé, mais chacun impose à l’autre une tâche impossible : réparer l’enfance, garantir l’amour, effacer la peur, contenir la honte, neutraliser l’abandon, sauver du vide. Le lien devient un contrat secret : “sois mon salut”. Et quand le salut échoue, la colère se lève comme preuve que l’amour était vital.

XIII. L’enjeu thérapeutique, dans ces configurations, n’est pas d’abord de “réparer le couple”, mais de rendre à chacun son axe. Retrouver une intériorité non colonisée par le lien. Réintroduire du tiers — non pas un tiers intrusif, mais un tiers séparateur et protecteur. Restaurer une temporalité : apprendre à ne pas répondre immédiatement, à différer la décharge, à quitter la logique du tout-ou-rien. Reposer les frontières : ce qui appartient à l’intime, ce qui appartient au monde, ce qui appartient à la scène.

XIV. Le couple comme champ de force n’est pas en soi pathologique. Il peut être création, intensité, vitalité. Il devient dangereux lorsque l’intensité remplace la structure, lorsque la scène remplace l’intime, lorsque la dépendance remplace le désir, lorsque la fusion remplace la rencontre, et lorsque le désaccord des rythmes rend l’autre invivable. Là, “rompre l’axe” n’est plus une métaphore : c’est un risque. Et le travail clinique consiste alors à produire une issue qui n’exige ni disparition, ni destruction, mais une possibilité plus rare : habiter le lien sans s’y perdre.

Joëlle Lanteri – Psychanalyste

26/02/2026

Dans une pouponnière de Lille, puéricultrices, éducateurs et psys tentent de redonner goût à la vie à des enfants de 0 à 3 ans.

26/02/2026

Quand la mort du père n’est pas un deuil, mais une alerte

I. L’orage clinique : quand “ça ne ressemble pas à un chagrin”

Il arrive qu’une patiente perde son père et que, contre toute attente, ce qui s’annonce ne prenne pas la forme classique du deuil : tristesse reconnaissable, récit cohérent, souvenirs, angoisse “compréhensible”.
À la place : insomnie, sidération, désorganisation, perte de repères, incapacité à assumer le quotidien, larmes qui débordent sans mots. Le sujet paraît hors-sol, comme si le monde interne avait perdu sa charpente.

C’est une zone à haut niveau d’alerte. Non pas au sens d’un danger immédiat seulement, mais au sens d’un phénomène psychique massif : un effondrement de défense.
Là où l’entourage pourrait dire : “c’est le chagrin”, le clinicien entend parfois autre chose : la chute d’un déni, l’abandon forcé d’un système de pensée protecteur, et l’entrée dans une temporalité où l’inconscient prend la parole — non pas en discours, mais en tempête.

Ce type de tableau ne signale pas nécessairement un deuil “trop intense”. Il peut annoncer : “quelque chose, jusqu’ici tenu, ne peut plus être tenu.”

II. La mort comme levée d’un verrou : “je n’ai plus à protéger l’image”

La mort du père peut jouer, dans certains montages psychiques, le rôle d’un déverrouillage.
Tant que le père vit, une part du sujet demeure engagée — parfois à son insu — dans une fonction de protection : protéger l’image du père, protéger la famille, protéger la mère, se protéger elle-même contre ce qu’elle sait sans savoir.

Quand il meurt, une phrase silencieuse s’écrit dans le psychisme :
“Je n’ai plus à protéger.”
Et cette levée de mission peut être vécue non comme une délivrance paisible, mais comme un effondrement : car la protection était aussi un pilier identitaire. On tenait debout en tenant le secret, en tenant le déni, en tenant la façade.

Ce n’est pas que “le secret sort” comme une confession claire.
C’est plutôt que le corps et la vie psychique commencent à dire :
“Je ne peux plus.”

Freud nous a appris que le refoulé ne revient pas d’abord sous forme de récit, mais sous forme de symptôme : trou dans la pensée, angoisse sans objet, larmes sans histoire, débordement du corps, désorganisation. Ce “retour” n’est pas un choix : c’est une poussée.

III. L’effondrement n’est pas la catastrophe : c’est le signal qu’un système de survie cède

Winnicott a une formule précieuse : il existe des effondrements qui n’arrivent pas “pour la première fois”, mais qui sont la réédition d’un effondrement ancien, resté impensable, et jusque-là évité par des défenses.
Quand la défense lâche, le sujet ne “se souvient” pas ; il retombe dans un état.
— la patiente perdue, incapable de porter ses responsabilités, défaite — ressemble à ce moment où le moi, jusque-là soutenu par une architecture défensive, se retrouve sans ses étais.

Et c’est ici que le thérapeute doit tenir une boussole intérieure :

Ne pas surinterpréter trop vite.

Ne pas rassurer de façon prématurée (“ce n’est que le deuil”).

Ne pas paniquer devant la désorganisation.

Ne pas précipiter la parole.

Car cette désorganisation peut être, paradoxalement, une alerte de guérison : la preuve que le psychisme tente enfin de se dégager d’un mensonge vital, d’un gel ancien, d’un pacte de silence.

IV. Quand la parole émerge “en balbutiant” : larmes, trous, phrases inachevées

Dans ces moments-là, la parole n’arrive pas comme un récit.
Elle arrive comme une bouée qui remonte, mais la mer est encore trop agitée.

On observe souvent :

des phrases interrompues

une honte sans contenu

une culpabilité flottante

des contradictions

une perception de danger interne : “si je dis, je détruis.”

C’est précisément la clinique des secrets : le sujet ne sait pas ce qu’il sait, mais il sait qu’il ne faut pas savoir.
Le corps, lui, n’obéit plus.

Lacan rappelait que la vérité ne se dit jamais toute : elle se mi-dit. Ici, elle se mi-dit en larmes, en trous, en sidérations.
Et c’est là que la présence du clinicien devient capitale : non pas comme enquêteur, mais comme tiers de stabilité, garant qu’une vérité peut se dire sans que le monde s’écroule.

V. La posture thérapeutique : contenir l’orage sans le faire taire

Dans une “alerte haute”, votre travail n’est pas de “faire parler” mais de rendre possible.

Contenir sans dramatiser
L’enfant intérieur de la patiente vit parfois la montée du vrai comme un danger de mort psychique. Le thérapeute fait contrepoids : “Nous pouvons rester au bord sans tomber dedans.”

Accueillir l’effondrement comme langage
La désorganisation n’est pas l’échec de la thérapie : elle peut être la première forme de discours possible.

Protéger la temporalité
Ne pas chercher “le secret” comme un objet.
Attendre que le psychisme, à son rythme, transforme le chaos en représentations. Bion parlerait ici de la nécessité de transformer les éléments bruts (angoisses sans forme) en éléments pensables : c’est le travail du contenant.

Nommer le processus, pas le contenu
On peut dire, avec prudence :
“Il se passe quelque chose de très important. Ce n’est pas seulement du chagrin. C’est comme si une partie de vous lâchait une armure.”
Cela aide le moi à ne pas se croire “fou”.

Soutenir le quotidien comme ancre
Sommeil, alimentation, rythmes, liens fiables : pas comme conseils hygiénistes, mais comme points d’amarrage pendant la tempête.

VI. De l’orage au printemps du moi : quand l’effondrement devient remaniement

mon image est juste : un orage qui annonce un printemps.
Mais c’est un printemps qui ne ressemble pas à une renaissance euphorique.
C’est un printemps de dégel : la boue remonte, l’eau déborde, les anciennes racines apparaissent.

Cliniquement, cela peut être le début :

d’une sortie de la loyauté toxique (“je dois protéger”)

d’une récupération du désir (“j’ai le droit de vouloir”)

d’une relecture de l’histoire (“ce que j’appelais normal ne l’était pas”)

d’une différenciation (“ce père n’est plus le pilier sacré”)

Il est fréquent que le sujet ne puisse pas encore dire quoi s’effondre.
Mais il sent que quelque chose s’effondre. Et cette sensation suffit à créer panique, confusion, honte.

Votre tâche chers cliniciens ,est alors de soutenir une position interne :
ce n’est pas une chute vers le vide, c’est une chute des défenses vers la vérité.
Et la vérité, au début, est toujours informe.

VII. Ce que le clinicien peut se répéter pour tenir

“Ce qui déborde n’est pas un caprice : c’est un retour du réel psychique.”

“Je n’ai pas à savoir avant elle.”

“Je n’ai pas à arracher le sens : je dois permettre qu’il advienne.”

“Le calme que je propose est une structure, pas une négation.”

“L’effondrement peut être le premier acte de la guérison.”

Joëlle Lanteri – Psychanalyste

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On continue encore à représenter le deuil comme une courbe avec une succession d’étapes, dans un ordre plus ou moins fixe.

Cette représentation vient du modèle de Kübler-Ross. Or, ce modèle n’a jamais été validé scientifiquement pour décrire le processus de deuil. Il a été initialement élaboré à partir de personnes en fin de vie, pas à partir de personnes endeuillées. Son utilisation pour expliquer le deuil est donc, au mieux, une métaphore simplificatrice et au pire une source de malentendus et de culpabilité.

Dans la clinique, le deuil ne se manifeste pas comme une progression linéaire, il ne suit pas d’étapes prévisibles et il ne s’accomplit encore moins dans un ordre donné.

Le deuil se manifeste plutôt comme un processus fluctuant, marqué par des allers-retours émotionnels, des variations d’intensité et des réactions parfois contradictoires.
Des affects très différents peuvent coexister : tristesse, colère, soulagement, culpabilité, apaisement, vide, anxiété… Ces états peuvent apparaître, disparaître, puis revenir, sans logique apparente.

Le corps et la mémoire jouent un rôle central. Certaines réactions surgissent sans anticipation (à une date, une odeur, une image, une situation banale…), ce sont des réactivations normales dans un processus d’adaptation à la perte.

Le deuil est un travail psychique d’ajustement à une réalité qui a changé. Un processus non linéaire, profondément individuel, qui ne se mesure ni au temps écoulé ni à la capacité à aller mieux.

Ne pas entrer dans une courbe attendue ne signifie pas mal faire son deuil. Ressentir encore, longtemps, ne signifie pas être bloqué. Et avoir des moments de stabilité ou de plaisir n’annule pas la réalité de la perte.

09/02/2026

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