Chroniques d’un infirmier

Chroniques d’un infirmier Récits, réflexions et fragments de vie au cœur du soin. Parce que derrière chaque patient, il y a une

Dans une profession où l’on donne de son être , il suffit parfois d’un instant pour se retrouver seul face au jugement 😑...
11/03/2026

Dans une profession où l’on donne de son être , il suffit parfois d’un instant pour se retrouver seul face au jugement 😑

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Il est des moments où l’on découvre que la fragilité du soignant n’est pas dans ses gestes, mais dans le regard posé sur lui.

On court.

On court entre les sonnettes, les perfusions, les dossiers, les appels.

On court pour soulager, pour rassurer, pour réparer ce qui peut l’être.

Et dans cette course, on tient debout grâce à une chose simple :
la conviction de faire de son mieux.

Elle faisait de son mieux.
Consciencieuse.
Présente.
Attentive aux patients comme on l’est rarement quand on ne porte pas vraiment le poids des autres.

Mais un jour, dans le tumulte des couloirs et la pression des minutes qui s’échappent, l’erreur s’est glissée.

Une erreur d’identitovigilance.

Une erreur sans conséquence grave.
Une erreur rattrapée par la réalité des faits.

Et pourtant…

Il suffit parfois d’une fissure pour que tout l’édifice tremble.

Alors les regards se refroidissent.

Les mots se durcissent.

Les silences deviennent lourds.

On ne parle plus de la soignante qu’elle est depuis des années.

On ne parle plus des patients qu’elle a accompagnés, rassurés, relevés.

On ne voit plus que la faute.
Comme si une seule tache pouvait effacer toute une toile.

Et la voilà réduite.

Non pas par la gravité de l’erreur,
mais par le regard perçant qui la traverse.

Car l’hôpital sait pardonner à la machine qui tombe en panne.

Mais il pardonne rarement à l’humain qui se trompe.

Alors elle doute.
Elle doute de ses mains.
Elle doute de ses décisions.
Elle doute même de la place qu’elle occupe dans ce monde de soins.

Et pourtant, ceux qui connaissent vraiment ce métier savent.

Nous savons tous.

Que dans ces couloirs où l’on exige la perfection,
nous marchons chaque jour sur une ligne fine.

Une ligne entre l’attention et l’épuisement.

Entre la vigilance et la saturation.

Entre l’humain et l’impossible.

Et ce jour-là, ce n’est pas seulement une erreur qui s’est produite.

C’est une soignante qui a vacillé,
alors même qu’elle se donnait entièrement au chevet d’une patiente souffrante.

Et dans ce vacillement, ceux qui connaissent ce métier devraient se souvenir d’une chose simple :

Nous ne sommes pas des machines.

Nous sommes des humains qui portent la souffrance des autres chaque jour.

Alors à toi, collègue,
à toi qui doutes aujourd’hui,

sache que beaucoup d’entre nous savent ce que tu ressens.

Et que derrière cette erreur,
nous voyons encore l’infirmière que tu es.

Des fois la mort fauche au moment même où la vie offre le plus beau des cadeaux 😞. -----------------------Hier encore, i...
02/03/2026

Des fois la mort fauche au moment même où la vie offre le plus beau des cadeaux 😞.

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Hier encore, il préparait sa venue.

Avec impatience et une joie immense, il attendait sa fille.

Je lui montrerai ceci, je lui apprendrai celà, se disait-il.

Dans ses rêves, il la voyait déjà.

Dans ses projets, il l’incluait.

Dans sa vie, il la voulait.

Mais la vie, elle, a décidé autrement.

À quelques semaines seulement du moment tant attendu,
sur la dernière ligne droite…
Sa vie a pris un virage brutal.

Il a commencé à perdre l’équilibre.
À se sentir mal.
À ne plus pouvoir se nourrir.

Un examen.
Puis un autre.
Puis encore un autre.

Et dans cette double attente — celle d’une naissance et celle d’un verdict —
la sentence est tombée.

Irrévocable.

Un cancer du cervelet.
Une opération en urgence.

La balance a penché.

Son existence a vacillé.

L’intervention fut un succès, disait-on.

Mais pas sans dégâts.

Ce qui devait l’aider, l’a affaibli davantage.

Et, entre la souffrance du corps
et la déchirure du cœur…

Sa femme a été admise a la maternité en urgence.

Rupture de la poche des eaux.

Sa fille est née.

Et il n’était pas là...

Il voulait être courageux.

Guérir, me disait-il tant bien que mal.

Déterminé, quelques jours plus t**d, on l’a emmené voir sa fille pour la première fois.

La prendre dans ses bras.
La chérir...

Le soir même, j’ai vu cet homme déterminé quelques jours plus tôt s’effondrer.

Il pleurait, incapable même d’essuyer la salive qui coulait sur son menton,
affaibli par sa maladie.

“Ma fille…
ma fille va grandir sans son papa.” Me disait-il.

Dans mon profond désarroi,
je n’ai pu que serrer son épaule,
les larmes suspendues au bord des paupières.

Les jours ont passé.
Comme pour tant d’autres patients,
je me suis forcé à me détacher.

Mais le destin a voulu que je sois témoin jusqu’au bout.

Un an plus t**d,
j’ai admis sa mère dans mon service.

J'ai appris...

Il a fini sa courte vie.
Sa fille lui a manqué jusqu’au dernier souffle.
Même lorsqu’elle était près de lui,
il rêvait encore de pouvoir la prendre contre lui,
la serrer tendrement,
la voir grandir.

Hélas… son corps ne le lui permettait plus.

Il est parti avec le manque d’une vie espérée.

Autour de lui, tout était là :
sa fille bien-aimée,
sa femme,
ses parents,
la maison dont il rêvait de passer des jours merveilleux.

Mais, il est parti en pleurant
une vie qu’il n’aura jamais eu le temps de vivre.

La mort apaise parfois celui qui part.Elle condamne toujours ceux qui restent 😔------------------------Il est des moment...
26/02/2026

La mort apaise parfois celui qui part.
Elle condamne toujours ceux qui restent 😔

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Il est des moments que l’on espère ne jamais voir finir.

Auprès d’un être aimé.

Dans les bras d’un amoureux.

Dans le silence apaisant d’un instant de calme.

Et puis…

Il est d’autres moments où, dans l’absolu désespoir, on espère exactement la même chose.

Que cela ne finisse jamais.

Mais le temps, lui, ne négocie pas.

Il avance.

Imperturbable.

Et qu’il s’agisse d’espoir ou de désespoir…
Tout finit toujours par finir.

Elle n’avait que 23 ans.

23 ans…, et déjà épuisée par la vie.

Fatiguée de souffrir.

Fatiguée de lutter.

Fatiguée d’attendre une issue qu’elle savait inévitable.

Alors elle l’a dit.

Simplement.

Calmement.

Elle voulait aller vite.

Finir vite.

Disparaître vite.

Autour d’elle, pourtant…

Des êtres qui espéraient l’impossible.

Que le temps s’arrête.

Qu’un miracle survienne.

Que les aiguilles de l’horloge remontent vers ces jours où tout cela n’existait pas encore.

Auprès d’elle se tenaient ses parents.

Mais le temps ne s’arrête jamais.
Jamais.

Et dans le soupir d’une dernière lutte sans espoir…

Elle a retrouvé la paix.

Elle…, elle a retrouvé la paix.

Et dans le silence glacé des couloirs de cette nuit hivernale…

Un cri.

Une voix brisée, étouffée par les larmes, déchirante :

— Ma fille…
Ma fille…
Ma belle fille…
Rendez-moi ma fille…

Le plus grand tumulte du soignants est parfois intérieur.🤯--------------------------------------------Il existe, parmi n...
26/02/2026

Le plus grand tumulte du soignants est parfois intérieur.🤯

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Il existe, parmi nous, des soignants dont l’esprit ne se repose jamais.

Des soignants qui, au-delà des protocoles, des soins et des gestes techniques,
cherchent obstinément un sens.

Un sens à la souffrance.
Un sens à la maladie.
Un sens à la mort.

Ce sont ceux qui posent des questions sans jamais se satisfaire d’aucune réponse.

Car après chaque réponse, une autre question surgit.

Puis une autre.

Puis plusieurs.

Le doute devient un compagnon permanent.
Questionnement.
Réponse.
Doute.
Re-questionnement.
Un cycle sans fin.

Un brouhaha assourdissant dans leur tête.

Une agitation intérieure silencieuse que personne ne voit vraiment.

Cette frustration les habite.

Les épuise.

Les accompagne tout au long de leur existence professionnelle.

Et lorsque, par moments, cette agitation s’atténue…

Elle ne laisse pas la paix.

Elle laisse un vide.

Un silence presque inquiétant.

Alors une pensée surgit.

Brutale.

Comme une pierre jetée dans un puits vide.

Et le brouhaha reprend.

Ils apprennent à vivre avec cela.

À l’apprivoiser.

À nourrir cette soif comme ils le peuvent.

Ils lisent.
Ils cherchent.
Ils explorent.
Ils parcourent les lignes d’un ouvrage,
s’att**dent sur un article,
se perdent dans les pensées d’un philosophe,
ou trouvent refuge dans les mots d’un poète.

Mais au fond d’eux, ils savent.

Que certaines questions ne trouveront jamais de réponse définitive.

Que certaines frustrations ne seront jamais totalement apaisées.

Comme le désert…
Elles ne peuvent être arrosées.

Mais quelques gouttes de pluie restent toujours préférables à une sécheresse éternelle.

Puis vient la nuit.

Le corps s’épuise.

Les yeux se ferment.

Mais lorsque tout semble enfin prêt à s’endormir…

Le brouhaha s’intensifie.

On ne sortira jamais intact de cette profession 😞 --------------C'est au cours d’une soirée comme une autre,La course ef...
24/02/2026

On ne sortira jamais intact de cette profession 😞

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C'est au cours d’une soirée comme une autre,
La course effrénée entre les sonnettes, les soins, le téléphone bat la chamade.

Le téléphone sonne.

Un autre médecin demande un avis chirurgical, me dis-je en soupirant.

« Allô, je suis interne en oncologie pédiatrique.
J’ai besoin de l’avis de votre chirurgien pour une enfant de deux ans atteinte d’un glioblastome. »

Je marque un moment de silence.

Quoi ?
Qui ?
Comment ?

Un bébé ?
Un glioblastome ?

Soudainement, je romps le silence.

« Excusez-moi.
Je trace la demande d’avis et je vous passe le chirurgien. »

Je raccroche.

Une heure plus t**d, le chirurgien se présente dans le service.

« Il faut que j'opère la petite. Elle est en hydrocéphalie. »

À l’entente de ces mots, toute l’amertume que j’étouffais en moi depuis que j’avais décroché le téléphone se déversa en une avalanche de questions.

Un glioblastome chez un bébé ?
Va-t-elle survivre ?
Souffre-t-elle ?
Est-elle consciente ?
Et ses parents ?
Et leur douleur ?

… Et ma douleur ?
Et ma tristesse ?

Je n’ai pas posé ces dernières questions, bien évidemment.

Mais tout en moi laissait transparaître l’ampleur d’une souffrance dont je ne comprenais pas le sens.

En fait… si.
Je suis un père.

Le chirurgien est parti, emportant avec lui toute l’énergie qui me restait pour finir ma garde.

Une heure.
Une éternité passa.

Le voilà de nouveau.

« Alors… tu l’as sauvée ? » Demandai-je, crédule que je suis..

« Dis-moi, Va-t-elle s’en sortir ? »,

Il me regarde.

« Je l’ai opérée... .Dans le meilleur des cas : deux semaines... . Au pire, 48 heures. »

« Elle en est consciente ?»

Quelle naïveté de ma part

« Et ses parents ? »

« Dévastés », répondit-il.

« Mais… elle suit un traitement expérimental dans un hôpital spécialisé, » rajouta-il

Expérimental ?
Mais ... ?

À quoi bon continuer à poser des questions ?

Où est le sens dans tout cela ?

Où est Dieu… ?

Trois semaines passèrent.

Et mon esprit n’a cessé de me torturer avec la souffrance de cette fillette et de ses parents que je ne connaîtrai jamais.

En fin d’une garde mouvementée, je croise le chirurgien.

Ma première question fut immédiate :
« Alors… cette fillette ? »

La tristesse s’affichait sans retenue sur mon visage.

Il me regarde.

Puis répond :
« La tumeur a nettement régressé. Elle répond bien au traitement expérimental, a priori. »

Un silence.

Un silence qui apaisa enfin le tumulte dans ma tête.

Et, comme par un réflexe inconscient…
Je le pris dans mes bras.

Hélas... Elle était si jeune 😞-------------------------Dans la peur et la souffrance, elle a été amenée par les pompiers...
19/02/2026

Hélas... Elle était si jeune 😞

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Dans la peur et la souffrance, elle a été amenée par les pompiers jusqu’à mon service.

Une jeune femme.
Trente ans ? Quarante peut-être…
Je ne sais plus.
Au fond… qu’importe.
Elle n’est plus de ce monde.

« On m’a dit que j’ai saigné dans ma tête », me disait-elle.

Sa voix tremblait.
Son regard cherchait désespérément quelque chose à quoi s’accrocher.

« Un AVC ? »
« Je vais mourir ? »

Dans ce brouhaha mêlé à sa souffrance, elle n’entendait pas vraiment mes réponses.
Rassurantes… oui, rassurantes.

Mais que savais-je de l’avenir ?
Rien.
Absolument rien.

« Et mes enfants… ils sont encore petits », ajoutait-elle.

Cette phrase.
Toujours cette phrase qui vient poignarder le cœur.

Une nuit est passée.
Pour elle, une éternité entre peur, douleur et insomnie.

Le lendemain, la sentence.

Le médecin vient annoncer :
« Madame, vous avez un anévrisme cérébral volumineux.
Nous devons vous transférer aujourd’hui vers un hôpital plus à même de vous soigner.
Surtout, gardez votre calme.
La moindre agitation, la moindre tension pourrait provoquer la rupture de cette poche d’anévrisme qui tient votre vie à un fil. »

Un fil.
Toute une existence suspendue à un fil invisible.

La matinée s’écoule lentement.
Trop lentement.

Elle était là.

Vivante.
Consciente.
Terrifiée.

Si jeune.
Si belle.
Si profondément humaine.

Puis…

Un peu avant midi.

Sans prévenir.

Elle se redresse brusquement dans son lit.
Son regard change.
Quelque chose d’indéfinissable.
Un mélange de panique brute et d’incompréhension.
Ses mains agrippent sa tête.
Et elle hurle.
Une première fois :
« Ça saigne… »

Puis encore :
« Ça saigne… »

Le temps se fige.

Le silence fracasse la pièce.

Et son corps bascule en arrière.

Brutalement.

Définitivement.

Hélas…
Elle était si jeune.

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J’ai vu la mort 😰-------------------------J’ai vu la mort.Ou peut-être est-ce elle qui a voulu croiser mon regard.Je ne ...
19/02/2026

J’ai vu la mort 😰

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J’ai vu la mort.

Ou peut-être est-ce elle qui a voulu croiser mon regard.

Je ne sais pas.

Mais j’ai vu la mort.

À cet instant précis, lorsque mes yeux ont plongé dans les siens,
ce que je cherchais à y lire,
c’était le soulagement.

L’apaisement.

Pourtant, dans la profondeur de ses pupilles frémissantes,
j’ai vu tout autre chose.

J’ai vu la peur.

J’ai vu la mort arracher la dernière once de vie
à un regard affolé.

Puis ses yeux se sont révulsés.

Pendant un instant, l’incompréhension m’a figé.
Puis, l’instant d’après, tout s’est accéléré.

Les médecins.
Les collègues.
Moi.

On masse.
On insuffle.
On espère.

Puis, quelques instants plus t**d :

— On arrête tout, dit le médecin.
Heure du décès : 21 h 20.

Un silence froid a envahi les lieux.

Ou peut-être seulement mon esprit.

Un vide s’est ouvert en moi,
faisant résonner les battements de mon cœur jusque dans mes oreilles.

J’entendais le médecin parler,
ma collègue aide-soignante me dire quelque chose.

Qu’ont-ils dit ?

Je ne sais pas.

Le corps était là.

Moi aussi.

Mais les autres étaient loin.

Et entre ce corps et moi,
je ne percevais plus aucune différence.

Si.

Chez lui, la mort était passée.
Chez moi, elle s’est contentée de me regarder.
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