25/02/2026
🧠 Quand on est docteur en psychologie, les mots comptent.
J'essaye au maximum de ne pas être impliqué dans les débats sur l'intelligence mais là ... j’ai récemment vu passer des prises de position de F***y Nusbaum affirmant notamment que :
– « l’intelligence n’est pas une capacité, c’est un état »
– « 1 personne sur 3 est surdouée »
Et honnêtement, ça me pose, personnellement, un vrai problème.
Pas parce qu’on n’aurait pas le droit de proposer de nouvelles idées mais parce que, quand on est docteur en psychologie, on est censé s’appuyer sur des définitions opératoires et des données empiriques.
Aujourd’hui, dans la littérature scientifique :
- l’intelligence est conceptualisée comme un ensemble de capacités cognitives relativement stables (raisonnement, mémoire de travail, vitesse de traitement, fonctions exécutives, etc.)
- le haut potentiel intellectuel correspond statistiquement à environ 2–3 % de la population (QI ≥ 130)
Dire “1 personne sur 3 est surdouée”, ce n’est pas élargir le concept. C’est le dissoudre.
Dire que l’intelligence est un “état”, c’est confondre performance contextuelle (fatigue, stress, motivation, émotions…) et structure cognitive.
Le fond du problème n’est pas la vulgarisation. Le fond du problème, c’est quand des professionnels diplômés réinventent des définitions sans base solide. À ce moment-là, on ne fait plus de psychologie scientifique, on fait du stroytelling et manifestement, ce dernier est bien maitrisé ...
Les conséquences sont concrètes sur le terrain pour les collègues :
– confusion chez le grand public
– repères cliniques brouillés
– banalisation du HPI
– attentes irréalistes chez les familles
– dérives identitaires autour de concepts mal définis
La science avance avec des données, des modèles, des débats méthodologiques pas avec des punchlines. Être rigoureux, ce n’est pas être fermé. C’est respecter ce que l’on sait — et reconnaître ce que l’on ne sait pas encore.
Je ne sais pas ce que vous en pensez mais personnellement, ça me désole.