20/12/2025
Le loup d'intermarché et sa fable sont-ils manipulants ? 😱
Partage de lanalyse de Catherine Mazerand, sur le message délivré par cette pub qui fait le buzz et quelles conséquences individuelles cela engendre. 🤔
➡️ Spoiler alert : epuisement, colère, non réalisation de soi, sentiment de vide...
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Analyse de Catherine Mazerand (légèrement raccourcie 😅 oui je sais c'est encore long mais, lisez jusqu'au bout, son analyse est fine et profondément révélatrice...)
"On y voit un loup qui se sent seul et qui suscite la peur des autres animaux.
L’histoire nous propose alors une issue : pour ne plus effrayer les jolis petits animaux tout mignons de la forêt, et pour être accepté parmi eux : le loup change.
Il renonce à sa nature de prédateur, se rend inoffensif pour faire plaisir aux animaux de la forêt, et trouve enfin sa place. (...)
Tout semble parler de tolérance, de compréhension de l’autre, d’adaptation.
Pourtant (...) que demande-t-on réellement
à ce loup qui dérange ? (...)
Le loup n’est pas accueilli tel qu’il est.
Il est accueilli après transformation. Une transformation qui n’ai pas un choix, mais une obligation s’il veut être accepté.
Le message est clair, même s’il n’est jamais formulé explicitement :
tu peux rester,
à condition
de ne plus être ce que tu es. Mais ce que nous voulons que tu sois.
Ce type de message est extrêmement puissant, parce qu’il repose sur un besoin fondamental : le besoin d’appartenance.
L’être humain est prêt à beaucoup de concessions
pour ne pas être rejeté,
pour ne pas se sentir abandonné,
pour ne pas rester seul,
pour être reconnu par le groupe.
Et c’est précisément ce qui pose problème ici.
Dans ce récit, le loup n’est pas violent.
Il n’est pas cruel.
Il n’est pas immoral.
Il est prédateur.
Autrement dit : il est conforme à SA nature de loup.
Pourtant, sa simple existence suffit à générer de la peur.
Et cette peur n’est jamais interrogée.
Elle est présentée comme légitime, évidente, indiscutable.
Le groupe n’a pas à travailler sur ses représentations, ses projections, sa peur de l’altérité.
C’est au loup de s’ajuster.
(...)
Ici, on ne cherche pas à organiser un équilibre entre des natures différentes.
On cherche à neutraliser celui qui est différent.
(...)
Ce que cette fable moderne raconte, c’est que l’amour,
l’acceptation et
l’intégration ne sont pas inconditionnels. Ils sont accordés en échange d’un renoncement.
Le loup apprend que :
🔹 Rester fidèle à sa nature le condamne à la solitude. Il est prédateur. Il ne peut pas changer cela. Ce n’est pas un choix.
🔹Se transformer en allant contre sa nature, lui ouvre les portes du groupe.
Psychologiquement, c’est un apprentissage lourd de conséquences.
Il prône l’idée que ce que l’on est,
au fond de soi, par nature,
n’est pas acceptable.
Que l’on doit s’effacer,
nier notre individualité,
renoncer à nos particularités,
nier nos besoins fondamentaux
pour mériter une place.
Ce type de conditionnement crée des êtres adaptés — en surface.
Mais renoncer à sa nature n’est jamais neutre.
À court terme, cela peut soulager : le conflit avec l’extérieur diminue, la peur du rejet et de l’abandon s’apaisent, on a un sentiment d’acceptation de soi par l’autre.
Mais en réalité, le conflit ne disparaît pas. Il se déplace.
Il devient intérieur.
Les personnes qui passent leur vie à se conformer pour être aimées développent :
🔹 une culpabilité diffuse d’exister telles qu’elles sont.
🔹une difficulté à identifier leurs besoins réels.
🔹une fatigue psychique chronique.
🔹un sentiment de vide ou d’inauthenticité.
🔹l’incapacité à se positionner, a fixer leurs limites.
🔹parfois une dépression.
🔹parfois une colère sourde contre le monde.
Ce renversement est dangereux, parce qu’il fait de l’identité une variable d’ajustement permanente.
Le récit de cette publicite laisse entendre que l’harmonie collective ne peut être atteinte que si chacun devient inoffensif, lisse, semblable aux autres.
Or, c’est un mythe !
Dans le vivant, l’équilibre repose sur la diversité.
La nature sans le loup est un monde déséquilibré.
Un monde animal d’où les prédateurs disparaissent n’est pas un monde plus doux, c’est un monde qui se dérègle totalement.
Il en va de même sur le plan humain et social.
Une société qui ne tolère que ce qui est rassurant, prévisible et conforme finit par étouffer ce qui la fait évoluer :
🌱 la créativité,
🌱 le discernement,
🌱 la pensée critique,
🌱 l’intensité,
🌱 la singularité,
🌱 l’art.
Petit exercice :
Déplacez légèrement l’angle de vue sur la situation.
Et si ce loup était un enfant dans une classe ?
Un enfant hypersensible.
Un enfant avec un handicap.
Un enfant malvoyant.
Bref… un enfant différent.
Que diriez-vous si le message était :
Pour être accepté par les autres,
il va falloir que TU changes.
Que TU fasses un effort.
Que TU t’adaptes.
Que TU changes qui tu es.
On comprend immédiatement le malaise.
Parce qu’on sait, intuitivement, que demander à un enfant de renoncer à ce qu’il est —et qu’il ne peut pas changer— pour être aimé crée des blessures profondes,
durables,
parfois invisibles pendant des années.
Le même mécanisme est à l’œuvre dans le monde du travail.
Un salarié différent — par son fonctionnement, sa sensibilité, sa manière de penser — reçoit souvent des messages implicites :
🔹 Chut ! Fais moins de vagues.
🔹 Tais-toi et fais ce qu’on te dis.
🔹 Adapte-toi à la culture de l’entreprise.
🔹 Obéis sans poser de questions.
Et là encore, l’intégration se fait au prix d’un lissage progressif de l’identité.
On appelle cela « savoir-être », « intelligence émotionnelle », « adaptabilité ».
Mais lorsque l’adaptation est permanente et unilatérale,
elle se transforme en auto-effacement et mène au burn-out, à la dépression, au mal de vivre.
La publicité d’Intermarche
ne parle pas réellement de tolérance.
Elle parle de conformité.
Elle ne nous apprend pas à vivre avec ce qui est différent.
Elle nous apprend à le modeler, jusqu’à ce qu’il ne dérange plus personne.
Et c’est précisément ce qui rend ce message problématique, surtout lorsqu’il s’adresse implicitement aux enfants.
Apprendre à vivre ensemble ne consiste pas à gommer les singularités au nom du prétendu bien commun.
Cela consiste à reconnaître que certaines différences dérangent, questionnent, bousculent — et que c’est précisément leur rôle.
Un monde habite par des êtres sans particularité propres, n’est pas un monde pacifié.
C’est un monde apeuré par ce qu’il ne contrôle pas.
Une société qui apprend à ses membres qu’ils doivent renoncer
à leur nature pour être aimés
fabrique des individus adaptés, certes, mais profondément coupés d’eux-mêmes, des clones sans conscience.
Ps : ce n’est le fait que le loup soit un prédateur le sujet. Il y a d’autres prédateurs à table dans la vidéo.
Si, si… regardez bien… 😉
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Auteure Texte ©Catherine Mazerand 2025 – Tous droits réservés