28/12/2025
Rectifier constamment n’est pas accompagner.
C’est souvent invalider.
En psychologie, on ne parle pas seulement de « correction », mais de rétroaction invalidante ou de feedback non contingent :
des remarques répétées qui ajustent, reprennent ou rectifient une personne sans reconnaissance préalable de son intention, de son effort ou de son vécu.
Lorsque cela se répète, le psychisme n’entend plus comment faire mieux,
il entend surtout :
👉 « Ce que je fais spontanément n’a pas de valeur. »
Les travaux de Martin Seligman ont mis en évidence ce mécanisme sous le nom d’impuissance apprise (learned helplessness).
Dans son article fondateur (Seligman, 1972), il montre que lorsqu’un individu est exposé de façon répétée à des situations où ses actions n’ont aucun impact sur le résultat, il apprend que l’initiative est inutile.
Ce n’est pas un manque de motivation.
C’est un apprentissage neuropsychologique.
Progressivement :
• le sentiment de contrôle disparaît,
• l’élan vital se freine,
• l’initiative se tait,
• le système nerveux entre en protection (inhibition, retrait, passivité apparente).
Chez l’enfant, cela fragilise la construction du Moi.
Chez l’adulte, cela réactive souvent des blessures anciennes : honte, doute de soi, peur de mal faire, parfois jusqu’à la somatisation.
Ajuster sans contenir,
rectifier sans sécuriser,
reprendre sans reconnaître
n’aide pas à grandir.
La réparation psychique commence là où l’on peut être reconnu avant d’être guidé,
accueilli avant d’être ajusté.
Guérir, ce n’est pas devenir conforme.
C’est retrouver le sentiment que nos actes ont une valeur et un effet sur le monde.
—
Honorine Ortiz
📚 Réf. : Seligman, M. E. P. (1972). Learned Helplessness. Annual Review of Medicine.