21/01/2026
Ne jamais minimiser le ressenti, le vécu, les émotions, les sentiments d’une personne. Cette règle devrait être une évidence, et pourtant elle est constamment transgressée. Trop souvent, on invalide ce que l’autre ressent sous prétexte que l’on ne le comprend pas, que l’on ne l’aurait pas vécu de la même manière, ou que cela nous semble exagéré. Mais le ressenti n’a pas besoin d’être logique pour être réel.
Si une personne dit que ça lui fait mal, alors ça lui fait mal. Point. Il n’y a rien à débattre, rien à corriger, rien à relativiser. La douleur émotionnelle n’est pas un concept abstrait que l’on peut mesurer de l’extérieur. Elle se vit de l’intérieur, avec toute l’histoire, la sensibilité, les blessures et le contexte propre à celui qui la ressent. Vouloir juger cette douleur, c’est déjà ne pas l’écouter.
Minimiser le ressenti de quelqu’un est une forme de violence silencieuse. Dire « tu exagères », « ce n’est pas si grave », « tu es trop sensible » ou « tu devrais passer à autre chose » ne soulage jamais. Au contraire, cela isole. Cela donne à la personne le sentiment que sa souffrance n’est pas légitime, qu’elle n’a pas le droit de ressentir ce qu’elle ressent. Et cette négation peut faire plus mal que la situation initiale.
Chacun porte une histoire invisible. Des expériences passées, des traumatismes, des manques, des peurs. Ce que tu considères comme anodin peut réveiller chez l’autre une blessure ancienne. Ce que tu juges supportable peut être insupportable pour quelqu’un qui a déjà trop encaissé. Le ressenti est toujours le résultat d’un vécu, même si ce vécu n’est pas connu ou compris par les autres.
Respecter le ressenti d’une personne ne signifie pas forcément être d’accord avec tout. Cela signifie reconnaître que ce qu’elle ressent est vrai pour elle. Tu peux ne pas partager son point de vue, tu peux avoir une perception différente des faits, mais tu ne peux pas nier l’émotion qui en découle. L’émotion n’est pas un argument, c’est une réalité intérieure.
Dire « je comprends que ça te fasse mal » ne coûte rien, mais peut tout changer. Cela ne t’accuse pas, cela ne te rend pas coupable, cela ne t’oblige pas à te justifier. Cela montre simplement que tu reconnais l’humanité de l’autre. Que tu acceptes qu’il ressente différemment. Et cette reconnaissance est souvent le premier pas vers une relation saine, qu’elle soit amicale, amoureuse ou familiale.
À force de minimiser les émotions, certaines personnes apprennent à se taire. Elles n’expriment plus ce qu’elles ressentent, par peur d’être jugées, ridiculisées ou ignorées. Elles intériorisent leur douleur, jusqu’à ce qu’elle se transforme en colère, en tristesse profonde ou en détachement. Et ensuite, on s’étonne qu’elles s’éloignent, qu’elles changent, qu’elles se ferment.
Le ressenti n’est pas une faiblesse. Il est une information. Il indique qu’une limite a été franchie, qu’un besoin n’a pas été respecté, qu’une blessure a été touchée. L’ignorer, c’est ignorer un signal essentiel. L’accueillir, au contraire, permet d’ajuster, de comprendre, d’évoluer.
Il faut aussi apprendre à respecter son propre ressenti. À ne pas se dire que l’on dramatise trop, que l’on devrait être plus fort, plus détaché, plus indifférent. Ce que tu ressens a une raison d’être. Même si tu ne la comprends pas encore. Même si les autres la minimisent. Ton ressenti est légitime parce qu’il t’appartient.
Dans un monde plus humain, on n’essaierait pas de corriger les émotions des autres. On les écouterait. On les accueillerait. On accepterait que chacun ressente à sa manière, selon son histoire et sa sensibilité. Ce monde-là serait plus doux, plus juste, plus respectueux.
Alors ne minimise jamais le ressenti, le vécu, les émotions, les sentiments d’une personne. Si elle dit que ça lui fait mal, alors ça lui fait mal. Ce n’est pas à toi d’en décider autrement. Car reconnaître la douleur de l’autre, ce n’est pas perdre quelque chose. C’est faire preuve d’empathie, de maturité et d’humanité. Et parfois, cette simple reconnaissance est déjà une immense forme de guérison.