01/04/2026
Tu peux parler de conscience pendant des heures, empiler des mots comme des quartz roses, dire que tout est illusion, que tout est énergie, que tout se dissout dans un grand absolu … et pourtant continuer à vivre comme si rien n’avait de poids, comme si rien n’engageait vraiment!
Je trouve que c’est là que ça dérape!
À force de vouloir tout relativiser… de dire que tout est juste, on finit par ne plus répondre de rien. Le langage devient un refuge, une échappatoire élégante pour éviter de regarder en face ce qui est là: nos actes, leurs conséquences, les traces qu’ils laissent dans les corps, dans les vies, dans les liens.
On entend souvent : « ce ne sont que des mots ». Comme si les mots n’engageaient rien. Comme si parler de conscience dispensait d’être conscient. Comme si le ressenti suffisait à faire vérité.
Mais non!
Une spiritualité intellectualisée qui ne descend pas dans les gestes, dans les choix, dans la manière d’aimer, dans la pureté du cœur, de toucher, de dire oui ou non… ce n’est qu’une idée de spiritualité. Une fiction confortable. Un vernis.
Le problème n’est pas le désir, ni la beauté, ni même la quête du divin. Tout cela est réel, incarné, traversant. Le problème commence quand on s’en sert pour justifier l’aveuglement, l’emprise, ou encore le mensonge. Quand on maquille l’ego en éveil, quand on baptise « transcendance » ce qui relève simplement d’un manque de cadre, de lucidité ou encore de responsabilité.
Certaines traditions profondes ont été vidées de leur rigueur, transformées en terrains de jeu pour des identités en quête de pouvoir ou de reconnaissance. On prend des mots anciens, on les découpe, on les simplifie, on les rend digestes… et on oublie tout ce qui faisait leur exigence.
La connaissance n’est pas un passe droit. Elle oblige. Elle met face à soi. Elle demande une forme de rectitude, pas morale au sens rigide, mais intérieure!!
Alors oui, il devient nécessaire de revenir à quelque chose de plus simple et plus solide à la fois :une spiritualité qui ne fuit pas le réel, qui ne contourne pas l’Humain, qui n’utilise pas le divin pour éviter de se regarder agir.
Penser - Discerner - Étudier - Incorporer dans la chair - Agir - Douter même. Tenir une ligne. Accepter l’effort, accepter le non faire aussi, et ouvrir encore ce cœur. L’humilité qui ne se montre pas. La discipline qui ne fait pas état de sa condition.
Remettre du poids dans les mots. Du corps dans les idées. De la vérité dans les relations.
Sinon, le sacré devient un masque de plus.
Et ce masque fait souvent plus de dégâts que l’absence de masque.
28.03.26
Sandra Mioli