15/03/2026
"Vous êtes jeunes, vous pourrez avoir d’autres enfants." "Il faut avancer maintenant." "C’était un tout petit bébé, vous n’avez même pas eu le temps de créer un lien."
Les phrases tombent, brutales, vides de compréhension. Comme si un deuil pouvait être mesuré en semaines de grossesse. Comme si la douleur pouvait être rationnalisée, archivée, classée parmi les “épreuves surmontables”.
Ce qui dérange, dans le deuil périnatal, c’est son invisibilité. Il n’y a pas de souvenirs visibles, pas de moments passés ensemble que l’on peut raconter. Alors on minimise. On demande aux parents de se taire, de passer à autre chose, de ne pas trop s’att**der.
Marion avait tout préparé. La chambre, les petits vêtements soigneusement pliés, les premiers doudous rangés sur l’étagère. Elle comptait les jours avant de rencontrer son fils.
Mais il n’est jamais né.
Un arrêt brutal. Une échographie silencieuse. Un corps qui devait donner la vie et qui, soudain, doit gérer l’inacceptable.
Dans les jours qui suivent, l’entourage est là, soutenant, réconfortant. Dès que les semaines passent, Marion reçoit des messages maladroits. Certains lui disent qu’elle "a au moins la chance d’être en bonne santé". D’autres lui rappellent qu’elle pourra "réessayer plus t**d", « que souvent la nature sait ce qu’elle fait ». Son entourage ne sait pas comment réagir, alors il cherche à minimiser.
Alors elle se tait !
Elle comprend que parler de son fils disparu dérange. Que son chagrin est un poids que les autres ne veulent pas porter.
Elle se tait mais la chambre reste vide.
Elle se tait mais les affaires sont rangées. Comme si rien ne s’était passé.
Pourtant, à l’intérieur, c’est un ouragan.
Souvent, l’entourage réagit de cette manière car il ne sait pas le nommer. Un enfant mort avant de naître, c’est une faille dans les repères habituels du deuil. Il n’y a pas de souvenirs tangibles, pas d’images à accrocher aux murs, pas d’années passées ensemble. Et quand il n’y a pas de "preuves", la douleur devient abstraite.
Alors, au lieu d’accompagner, on accélère. Au lieu de soutenir, on évite. Au lieu de reconnaître, on minimise.
Avec l’hypnose conversationnelle, Marion a pu rencontrer son fils, le prendre dans ses bras et le confier à sa grand-mère déjà partie. Elle a pu exprimer, ce qu’elle ne peut exprimer. Elle a pu rencontrer cet enfant et lui dire au revoir plus sereinement, reprendre le pouvoir sur son chagrin
Marion comprend enfin que son deuil a une place. Qu’il n’a pas besoin d’être validé par la société pour exister.
Et surtout, elle refuse de tourner la page.
Parce que le deuil ne fonctionne pas ainsi. Parce qu’il n’y a pas d’agenda, pas de date d’expiration à la douleur.
Parce que c’est son histoire, et qu’elle mérite d’être racontée.
Sandra Depasse Absolem Formations