18/01/2026
Il y a souvent une confusion entre ne pas reconnecter la souffrance du trauma et ne pas ressentir d’émotions, lors du travail de désensibilisation en hypnose conversationnelle stratégique HyCSI. Or, ce sont deux choses fondamentalement différentes. Dans de nombreuses thérapies, la reconnexion à la souffrance du trauma est considérée comme un passage obligé pour “mettre à distance”.
Notre approche part d’un postulat simple : on n’est pas obligé de resouffrir de ce que l’on a déjà souffert. C’est pour cela que nous travaillons avec douceur, progressivité, et une protection maximale du système émotionnel.
En HyCSI, nous ne reconnectons jamais l’émotion de terreur du trauma. Nous utilisons au contraire des couches d’anesthésiants naturels pour aller chercher, avec délicatesse, les émotions emprisonnées dans le souvenir traumatique. Ces émotions ont besoin d’être libérées, mais sans replonger dans l’horreur, sans revivre ce qui a déjà fait souffrir. Cela ne signifie pas qu’il n’y aura pas d’émotions. Cela signifie qu’elles pourront émerger sans terreur, sans engloutissement.
Se reconnecter à un trauma, c’est comme nager dans un lac calme. L’eau est lisse, le corps flotte, tout semble maîtrisé. Et puis, en une fraction de seconde, quelque chose vous saisit par les chevilles et vous tire vers le fond. Plus d’air, plus de repères, juste la sensation brutale de se noyer dans une souffrance qui n’a jamais vraiment disparu.
C’est exactement ce que nous cherchons à éviter en HyCSI : la revivification, la terreur, l’engloutissement.
Quand une personne retombe dans une reviviscence, elle ne se souvient pas de la scène : elle y retourne. Le passé devient présent. Le corps réagit comme s’il était à nouveau en danger. Effroi, douleurs, flashbacks, sidération. Le système nerveux se referme comme une trappe.
Notre travail ne consiste donc jamais à replonger la personne dans l’horreur. Nous désensibilisons les souvenirs traumatiques de manière dissociée, dans un état modifié de conscience stable, protecteur, où le thérapeute reste en lien constant avec la personne.
La dissociation en HyCSI n’est pas une fuite. C’est un espace-tampon. Une distance juste, qui permet au souvenir d’être transformé sans que la personne ne soit aspirée par lui.
Et c’est cette distance qui permet aux émotions refoulées de revenir, non pas comme des vagues qui submergent, mais comme des courants qui traversent et libèrent. Zéro terreur ne signifie pas zéro émotion. Cela signifie que les émotions peuvent enfin émerger sans que la personne revive l’impact traumatique initial.
Je pense à cette jeune femme, venue travailler le souvenir de son accouchement. Un accouchement qui avait basculé en urgence, suivi d’un long séjour en néonat. Chaque fois qu’elle tentait d’en parler, son corps se raidissait, son souffle se coupait, et ses yeux se perdaient quelque part derrière elle. Elle ne racontait pas : elle replongeait. Le lac calme devenait un gouffre.
En HyCSI, nous avons travaillé autrement : suffisamment présente pour me répondre, suffisamment protégée pour ne pas être tirée vers le fond. Nous avons désensibilisé la scène de manière dissociée : elle observait, transformait, ajustait le scénario revisité.
À mesure que la terreur se dissolvait, les émotions dissociées ont commencé à revenir. Pas la panique. Pas l’effroi. Mais la tristesse immense de ne pas avoir pu tenir son bébé… La colère contre son propre corps… L’injustice... La solitude…
Ces émotions-là, elle pouvait enfin les ressentir sans se noyer.
Et un jour, elle a pu raconter son accouchement sans que son corps ne s’effondre. Elle n’était pas indifférente. Elle n’était pas euphorique. Elle était simplement libre de ne plus être aspirée par un passé qui la tirait vers le fond depuis trop longtemps.
C’est cela, le cœur du travail en HyCSI : protéger la personne de la revivification pour lui permettre de retrouver ses émotions, sans revivre l’horreur.
Zéro terreur. Mais jamais zéro émotion.
Sandra Depasse Absolem Formations