10/01/2026
Arrêtons avec les pleines lunes “amérindiennes” partout en Europe !!!
Depuis quelques années, il est devenu presque impossible de parler de la lune sans entendre des expressions comme lune du loup, lune des fraises, lune du castor. Ces noms sont repris mécaniquement, copiés-collés sur les réseaux sociaux, utilisés dans des rituels européens… comme s’ils faisaient partie de notre héritage ancestral...
Or ce n’est pas le cas. Pas du tout.
Ces appellations viennent majoritairement de peuples amérindiens d’Amérique du Nord, notamment des traditions algonquiennes, puis ont été collectées, traduites et figées par des colons et des almanachs agricoles américains aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles. Elles ont ensuite été popularisées à grande échelle par le New Age anglo-saxon à partir des années 1970, dans une logique de spiritualité globale, simplifiée, décontextualisée.
Le problème n’est pas leur existence. Le problème, c’est leur usage systématique en Europe, comme si nos propres cultures n’avaient jamais nommé la lune, jamais observé ses cycles, jamais vécu avec elle. C’est faux. Et c’est une forme d’effacement culturel.
En France, la lune n’était pas “poétique”, elle était vivante et utile.
Contrairement à l’imaginaire New Age moderne, les sociétés paysannes européennes ne donnaient pas toujours un nom figé et universel à chaque pleine lune. Elles parlaient de la lune en lien avec le travail agricole, le climat, les dangers, les temps liturgiques ou les seuils saisonniers. Les noms variaient selon les régions, mais leur sens était clair, concret, enraciné.
Voici des appellations françaises et européennes attestées, ou solidement reconstituées à partir de sources agricoles, folkloriques et calendaires :
Janvier : la lune du froid ou lune d’hiver
En plein cœur de l’hiver, la lune éclaire les nuits les plus longues et les plus dures. On parlait de lune du froid, de lune d’hiver ou de lune longue, car sa lumière permettait de se déplacer, de surveiller les bêtes et de survivre dans un monde ralenti. Rien de mystique. Du vital.
Février : la lune des seuils
Février est un mois charnière, instable, imprévisible. La lune y est associée à l’attente, aux derniers froids, à la préparation du renouveau. Dans certaines régions, elle est liée aux purifications de fin d’hiver, en écho lointain à ce que l’on connaît aujourd’hui sous le nom d’Imbolc.
Mars : la lune du réveil
Mars marque la sortie de la torpeur hivernale. La terre se réveille, les premiers travaux recommencent. La lune de mars est une lune de reprise, parfois appelée lune des labours ou lune claire, car elle accompagne le retour aux champs.
Avril : la lune rousse
Voilà une lune profondément française. La lune rousse désigne la période redoutée des gelées tardives qui “roussissent” les jeunes pousses. Cette lune n’a rien de symbolique au sens moderne. Elle est crainte. Elle peut ruiner une année de travail.
Mai : la lune des fleurs ou lune de croissance
Bien avant les appellations amérindiennes, l’Europe associait naturellement ce moment à l’explosion végétale. La lune accompagne la montée de sève, la floraison, la fécondité de la terre. C’est une lune d’abondance en devenir.
Juin : la lune claire ou lune des foins
Juin est le temps des foins. La lune éclaire les longues soirées de travail, aide à couper, retourner, rentrer les herbes. On parle de lune claire, car les nuits sont courtes mais lumineuses, utiles, presque continues.
Juillet : la lune des moissons précoces
Dans certaines régions, les premières moissons commencent. La lune est associée à la récolte, à la vigilance face aux orages, à la gestion du temps. Elle n’est pas célébrée, elle est surveillée.
Août : la lune des moissons
Celle-ci est largement attestée en Europe. La lune d’août accompagne les grandes récoltes, les greniers qui se remplissent, la sécurité alimentaire. Elle est fondamentale. Elle décide de l’hiver à venir.
Septembre : la lune des vendanges
Dans les régions viticoles, c’est une évidence. La lune de septembre est liée au raisin, au vin, à la fermentation, à la transformation. Elle n’est pas symbolique de plaisir, mais de passage entre le fruit et la boisson, entre la matière et le temps.
Octobre : la lune sombre ou lune des morts
Les jours raccourcissent brutalement. Les travaux cessent. La lune d’octobre est souvent associée à l’entrée dans la saison sombre, aux défunts, aux ancêtres. Bien avant Halloween ou Samhain folklorisés, cette lune marquait un basculement.
Novembre : la lune des ancêtres
Dans le monde rural européen, novembre est un mois de mémoire, de fin de cycle, de retrait. La lune éclaire les veillées, les récits, les morts. Elle est intérieure, silencieuse, grave.
Décembre : la lune longue ou lune du renouveau caché
Décembre porte la nuit la plus longue, mais aussi la promesse du retour de la lumière. La lune y est associée à l’attente, à la gestation invisible, à ce qui se prépare dans l’ombre. Rien de spectaculaire. Tout est en germe.
Le vrai problème n’est pas la lune, c’est le mensonge culturel.
Utiliser des noms amérindiens n’est pas un crime. Les imposer comme une vérité universelle en Europe, en revanche, est une erreur.
Cela participe à une spiritualité hors-sol, qui consomme des symboles sans les comprendre, tout en ignorant les racines locales jugées trop ordinaires ou trop proches.
La lune européenne n’avait pas besoin d’être “jolie”. Elle devait être juste. Utile. Respectée.
Se réapproprier nos propres cycles lunaires, ce n’est pas rejeter les autres cultures. C’est arrêter de croire que la nôtre n’existait pas.
Et ça, dans un monde ésotérique qui se veut conscient, c’est la moindre des choses.
Et toi tu en penses quoi ?
Frédéric
Terre Des Sortilèges