01/12/2025
Se questionner sur les causes des maladies de longue durée est LA piste a privilégier pour remettre les gens au travail!
Remise au travail des malades de longue durée : ce que l’interview d’Yves Coppieters ne dit pas
Dans une interview accordée à Bel-RTL, le ministre wallon de la Santé, Yves Coppieters (Les Engagés), s’est montré confiant quant à la capacité de la Wallonie à contribuer à l’objectif fédéral : remettre au travail 100.000 personnes en incapacité de longue durée d’ici 2029.
« Oui, c’est possible », a-t-il affirmé, rappelant que le nombre de personnes en incapacité en Wallonie atteint aujourd’hui environ 198.000, un chiffre qui, selon lui, « a quasi doublé en dix ans ». Le ministre renvoie la responsabilité de déterminer l’aptitude au retour au travail aux médecins contrôle, aux mutuelles et aux généralistes, tout en admettant le manque de médecins contrôle.
Mais l’intervention laisse de côté un point essentiel : pourquoi le nombre de malades de longue durée a-t-il autant augmenté ?
Cette question centrale n’a été évoquée à aucun moment de l’entretien, alors même qu’elle conditionne toute stratégie crédible de réintégration professionnelle.
Un phénomène multifactoriel largement documenté
L’évolution du nombre de malades de longue durée ne peut pas être réduite à un simple problème de « gestion » ou de « suivi médical ». Plusieurs causes structurelles, reconnues par les chercheurs, les mutualités et les organisations syndicales, expliquent la hausse.
1. L’allongement des carrières
Les réformes successives ont repoussé l’âge de la retraite. Concrètement, davantage de travailleurs de 55, 58 ou 62 ans sont encore actifs, malgré une accumulation de pathologies chroniques, de douleurs musculo-squelettiques et de fatigue professionnelle.
Cette réalité statistique contribue fortement à l’augmentation des incapacités longue durée.
2. Une intensification du travail
Dans de nombreux secteurs, les exigences ont augmenté : cadence, pression numérique, surveillance accrue, polyvalence imposée, restructurations répétées.
Ces conditions alimentent l’épuisement professionnel, les troubles anxiodépressifs et les arrêts prolongés. Les chiffres de l’Inami comme ceux des mutualités l’attestent.
3. La pénibilité et les horaires lourds restent sous-évalués
Travail de nuit, postes physiquement exigeants, charges émotionnelles importantes dans les métiers du soin et de l’éducation : la pénibilité reste insuffisamment reconnue.
Or ce sont précisément ces catégories qui concentrent une grande partie des arrêts longue durée.
4. Une prévention encore trop faible
Ergonomie, dépistage précoce, santé mentale, accompagnement des fins de carrière : les politiques de prévention restent marginales.
Cette faiblesse structurelle pèse directement sur le nombre d’arrêts.
Un objectif sans analyse risque de rester un slogan
L’ambition de remettre 100.000 personnes malades au travail ne peut pas faire l’économie d’une analyse des causes. En se concentrant uniquement sur l’objectif et les mécanismes administratifs, l’interview d’Yves Coppieters élude une question clé :
peut-on vraiment réduire le nombre de malades de longue durée si l’on ne s’attaque pas aux déterminants qui produisent ces situations ?
Tant que l’usure professionnelle, les cadences, la pénibilité et l’extension des carrières ne seront pas intégrés dans le diagnostic, la hausse des incapacités restera mécanique.
La question n’est pas seulement de « réactiver » les malades, mais de comprendre pourquoi ils sont si nombreux à basculer vers l’incapacité.
Sur ce point, l’entretien du ministre reste silencieux.