11/02/2026
-- Lettre de Jean Pelissier --
J'aime bien lire les "éloges" de Jean Pelissier, dans sa newsletter. Cet acupuncteur est bien connu sur la scène française, et justement lui nous parle du Cheval de Feu, mais surtout de la capacité à sortir de cette scène de fou qu'on essaye de nous faire jouer. Quoi de mieux pour faire face à ce Cheval de Feu qui peut nous épuiser, nous vider, nous brûler.
Bonne lecture !
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Nous entrons dans une période singulière.
Une année marquée par le Cheval de Feu, par la rencontre de deux forces Yang puissantes, dynamiques, rapides, exigeantes.
Le Feu éclaire, il met en mouvement, il enthousiasme.
Mais il consomme aussi.
Il puise dans nos réserves, sollicite notre attention, accélère nos rythmes, parfois jusqu’à l’excès.
Dans un monde déjà saturé de sollicitations, d’injonctions, de rôles à tenir et d’urgences à honorer, cette intensité supplémentaire nous invite à une vigilance accrue.
Plus que jamais, il devient nécessaire de contenir le Feu, de le canaliser, de l’habiter avec conscience plutôt que de le subir.
La tradition taoïste l’enseigne depuis toujours : le Yang sans le Yin s’échappe, n'est plus retenu, le mouvement sans l’ancrage se dissout, l’action sans le recul finit par nous consumer.
C’est pourquoi cette période n’est pas seulement celle de l’élan, mais aussi — et surtout — celle des pratiques.
Des pratiques simples, régulières, profondes, qui permettent de nourrir la vie plutôt que de la brûler.
Des pratiques qui nous apprennent à revenir au centre, à préserver l’essentiel, à ménager nos ressources les plus précieuses.
Parmi ces gestes de sagesse, il en est un qui me semble aujourd’hui fondamental : savoir sortir de la scène.
La société tout entière fonctionne comme un immense théâtre.
Chacun y joue un rôle, parfois choisi, souvent imposé.
Rôle professionnel, rôle familial, rôle social, rôle attendu.
Et trop souvent, nous finissons par nous confondre avec le personnage que nous incarnons.
Or, rester en permanence sur scène épuise.
S’identifier sans recul à son rôle finit par nous dévorer de l’intérieur.
Savoir quitter la scène, même brièvement, savoir s’asseoir dans les gradins, observer sans réagir, respirer sans performer, redevenir spectateur de sa propre vie… est l’un des moyens les plus puissants de préserver son Feu intérieur.
C’est dans cet esprit que je vous propose aujourd’hui un nouvel Éloge :
« Éloge de la scène de théâtre ».
Une méditation sur le rôle, l’engagement, mais aussi sur le détachement.
Une invitation à jouer pleinement sa partition, sans jamais oublier que la pièce est passagère, et que notre essence ne se réduit pas au personnage que nous incarnons.
Dans une année de Feu, apprendre à sortir de la scène n’est pas une fuite.
C’est un acte de lucidité, mais aussi un geste de santé, une pratique de longévité.
Je vous souhaite une lecture — et une écoute — paisible, et surtout, la capacité de savoir, au bon moment, jouer… et regarder.
Avec toute ma fidélité,
Jean Pélissier