11/07/2021
Ceux qui viennent en sesshin pour la première fois sortent tout droit d’un milieu qui ne connaît guère que la convoitise et l’envie, l’agitation psychique et la fatigue nerveuse. Et les voici plongés tout à coup dans le silence et la solitude, confrontés avec leur plus intime réalité, celle à laquelle d’ordinaire, ils échappaient, qu’ils ne pouvaient plus, ne voulaient plus connaître. Alors, comme dans un cauchemar, ils sentent le sol se dérober sous leurs pieds.
Ce saut dans le vide, nul ne peut le faire à leur place, cette épreuve, personne ne peut les en dispenser. Et le plus tôt sera le mieux.
Depuis, j’ai souvent entendu des débutants se plaindre : ils ne recevaient d’instructions préliminaires que vagues et incomplètes ; par la suite, personne ne s’occupait d’eux. Que voulaient-ils donc, ceux-là ? Qu’on leur apprenne le Zen, qu’on leur donne des cours ? Il est vrai qu’on laisse les débutants se débrouiller tout seuls. Mais il suffit de persévérer pour comprendre très vite pourquoi. La posture est toute personnelle, elle dépend de l’anatomie, de la physiologie de chacun, lequel doit trouver par tâtonnements – et qui peuvent durer fort longtemps – son équilibre propre. Il en va de même pour la respiration, l’expiration lente et profonde, le rythme stable, apaisé, si contraire à notre mode habituel, ne peuvent s’imposer du dehors, ils ne se trouvent que du dedans, tout cela ne s’acquiert que par de longs, de persévérants exercices, avant de devenir, comme il se doit, aisé, parfaitement naturel. Aussi, se borne-t-on à quelques indications très générales que chacun doit interpréter selon son tempérament et selon ses besoins.
Il se peut – il est inévitable – qu’on commette ainsi des erreurs. Les plus évidentes, les plus grossières n’échappent pas à l’œil du maître ou même de ses assistants qui les rectifieront au passage. Quant aux autres, elles sont nécessaires et leur successive correction constitue précisément le travail qu’on a à faire sur soi-même en zazen.
Extrait de « Satori, 10 ans d’expérience avec un Maître Zen » de Jacques Brosse.