02/04/2026
Le souci poussait en bordure de chaque potager d'autrefois, en rangs serrés le long des planches de tomates et de carottes. Nos grands-parents ne le plantaient pas pour la décoration. Ils le plantaient là, précisément là, parce que les légumes à côté des soucis avaient moins de problèmes que les autres. Personne ne parlait de nématodes à l'époque, mais tout le monde voyait la différence.
Les nématodes à galles sont des vers microscopiques qui s'installent dans les racines des tomates, des carottes, des aubergines et des haricots. Ils provoquent des renflements difformes sur les racines, bloquent l'absorption de l'eau et des nutriments, et la plante dépérit lentement sans cause visible en surface. Le jardinier voit une tomate qui jaunit, qui stagne, qui produit peu, et cherche la cause en vain parce que le problème est sous terre, invisible.
Les racines du souci secrètent de l'alpha-terthiényle, une substance toxique pour les nématodes. Ce composé se diffuse dans le sol autour de chaque pied et crée une zone où les nématodes meurent ou cessent de se reproduire. Un rang de soucis planté entre deux rangs de tomates assainit progressivement la terre sur toute la longueur. Ce n'est pas un répulsif qui les éloigne, c'est un poison racinaire qui les élimine là où il agit.
Les fleurs du souci attirent les syrphes, ces petites mouches au vol stationnaire dont les larves sont parmi les prédatrices de pucerons les plus efficaces du potager. Un pied de souci en fleurs à côté des fèves ou des rosiers, c'est une invitation permanente aux syrphes à pondre à proximité. Les larves nettoient les colonies de pucerons en quelques jours, sans intervention, sans produit, sans coût.
Le souci est comestible. Les pétales orange vif colorent les salades, les risottos et les beurres composés avec un goût légèrement poivré. Séchés, ils remplacent le safran dans les plats rustiques du Sud de la France. Les anciens les récoltaient par poignées en plein été et les faisaient sécher sur des claies pour l'hiver.
On le sème en mars directement en pleine terre, il fleurit de juin aux premières gelées, et il se ressème seul l'année suivante. Un sachet de graines à moins de deux euros protège un potager entier pendant des années.
Ce qui se passe sous la terre compte autant que ce qui pousse au-dessus