21/12/2025
Histamine : pourquoi le problème ne se résume pas à “DAO basse”
On parle beaucoup d’intolérance à l’histamine. Souvent de manière réductrice :
« trop d’histamine dans l’assiette » ou « déficit en DAO ».
La biologie raconte une histoire bien plus complexe.
Dans la réalité, un repas n’apporte presque jamais de l’histamine seule. Il apporte un ensemble d’amines biogènes : histamine, mais aussi putrescine, cadavérine, tyramine et polyamines. Or ces amines entrent en compétition enzymatique. Les travaux cinétiques montrent clairement que la putrescine et la cadavérine diminuent fortement l’activité de la DAO, ralentissant la dégradation de l’histamine et prolongeant son exposition biologique.
Autrement dit, la toxicité de l’histamine est aussi une question de temps, pas uniquement de dose.
À cette charge alimentaire s’ajoute un facteur central : le microbiote intestinal. En situation de dysbiose, certaines bactéries produisent activement des diamines. Ces amines deviennent alors endogènes, indépendantes de l’alimentation. La dysbiose s’accompagne fréquemment d’une hyperperméabilité intestinale, avec passage de LPS bactériens et élévation de la LBP, marqueur clé de l’activation immunitaire innée d’origine intestinale.
La CRP ultrasensible renseigne sur l’étage suivant : le retentissement systémique. On peut ainsi observer une LBP élevée avec une CRPus encore normale, traduisant une inflammation intestinale active mais localisée.
Dans ce contexte, la DAO doit être relue avec prudence. Les données expérimentales situent une activité fonctionnelle optimale autour de 28–30 mU. Une DAO mesurée à 15–20 mU, souvent considérée comme « normale », devient rapidement insuffisante lorsqu’elle est confrontée à une charge élevée en diamines et à une inflammation intestinale. Ce n’est pas toujours une DAO déficitaire, mais une DAO saturée.
Enfin, on oublie trop souvent la HNMT, enzyme intracellulaire responsable d’environ 70 % de la dégradation totale de l’histamine. Elle dépend de la méthylation, du foie et de l’état inflammatoire. Dans un terrain dysbiotique et inflammatoire, la HNMT peut elle aussi être débordée, expliquant des symptômes neurologiques, vasculaires ou cognitifs, parfois sans lien évident avec l’assiette.
👉 Conclusion :
L’intolérance à l’histamine n’est pas une maladie de l’histamine seule, ni un simple déficit en DAO.
C’est un déséquilibre entre la charge globale en amines biogènes (alimentaires et bactériennes), l’état du microbiote, la perméabilité intestinale et la capacité combinée des systèmes de dégradation (DAO + HNMT).
Changer de regard permet de mieux comprendre :
– les échecs des régimes pauvres en histamine isolés,
– les faux “DAO normales”,
– et la variabilité clinique d’un patient à l’autre.
La biologie ne simplifie pas le problème. Elle le rend compréhensible.
Dr Lucie WETCHOKO
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