03/29/2026
Bonjour,
Je me présente : Kevin Girard, pharmacien-propriétaire à Chicoutimi, exploitant deux pharmacies Uniprix — l'une sur la rue Racine, l'autre sur le boulevard de Sainte-Geneviève. Vous connaissez peut-être mon nom pour avoir remporté récemment le Prix Profession Santé (catégorie innovation), le Grand Prix Hippocrate Transformateur, ainsi que le titre de Pharmacie communautaire de l'année de l'AQPP. Aujourd'hui. je ne vous écris pas pour parler de ces distinctions, mais parce que ce qu'elles représentent est aujourd'hui sérieusement menacé.
Le gouvernement est en train de mettre en péril le modèle des pharmacies communautaires du Québec avec un amendement au projet de loi 15 visant à plafonner les honoraires que les pharmaciens facturent aux assureurs privés. Cet amendement accorderait au gouvernement un pouvoir discrétionnaire sur notre facturation — autrement dit, sur notre rentabilité, notre viabilité et notre capacité à nous développer et à nous transformer. C'est le modèle économique des pharmacies communautaires du Québec qui est visé : un modèle qui, sans être parfait, fonctionne, porté par des pharmaciens engagés qui veulent aider leurs patients avec leur santé et contribuer à soutenir le système de santé qui est en difficulté.
Il y a un peu plus de deux ans, j'ai mis sur pieds une clinique de suivi des patients orphelins — des patients sans médecin de famille. Aujourd'hui, nous en suivons plus de 500, avec des résultats cliniques dont je suis particulièrement fier. Ce projet a demandé du temps, de l'argent et beaucoup d'énergie. Je l'ai fait parce que mes patients en avait besoin, et parce que j'estimais que c'était la plus belle place que pouvait occuper les pharmaciens communautaires : au chevet des patients sans médecin de famille. Avec l'entrée en vigueur de la loi 67 (un jour), nous pourrons en faire davantage — que ce soit pour les patients orphelins ou en partenariat avec des médecins qui nous pourrons nous déléguer des suivis. Le mouvement est enclenché. Mais pour y arriver, il faut nous laisser les moyens de le faire.
On ne peut pas nous demander de nous réinventer tout en menaçant de nous couper les vivres.
Quand j'ai reçu le Grand Prix Hippocrate à l'automne, j'ai demandé humblement à Francine Champoux, directrice des Prix Hippocrate, pourquoi j'avais gagné la plus haute distinction. Elle m'a répondu : « Kevin, si toutes les pharmacies du Québec prenaient en charge leurs patients orphelins comme tu le fais, on transformerait le système de santé du Québec. » Ces mots m'ont marqué, mais elle avait raison. Les pharmacies communautaires ont un potentiel immense. Elles peuvent faire beaucoup pour leurs patients et pour le réseau. Encore faut-il qu'on leur en laisse la chance.
Vous vous souvenez peut-être, pendant la pandémie, on nous a applaudis, remerciés, sollicités de toutes parts. Les pharmaciens ont répondu présent. Nous avons tenu le fort, poursuivi notre travail de notre mieux malgré des conditions difficiles. Nous avons mis en place des cliniques de vaccinations. Bref, on a réussi à livré la marchandise en composant avec ce que nous avions. Madame Jeannette Bertrand avait dit, à l'époque : « Vous allez voir, dans cinq ans, tout le monde aura oublié. » Elle aussi avait raison. Le regard porté sur les pharmacies communautaires est redevenu celui d'avant : des commerçants de pilules. Permettez-moi de vous dire que des pilules, je n'en compte plus depuis longtemps. Je m'occupe de mes patients, répond à de multiples demandes de conseil, révise des dossiers avec mes infirmières. par ailleurs je délègue, je restructure, je transforme. Je suis un pionnier — d'autres suivent, et l'ensemble suivra ce mouvement au bénéfice de tous. Mais il faut nous laisser le temps et surtout les moyens.
Ma pharmacie de la rue Racine est une pharmacie communautaire dans le sens le plus concret du terme. J'y sers des patients psychiatrisés, démunis, en situation d'itinérance, sous traitement de méthadone, qui sortent de détention. Le dimanche, je donne des billets d'autobus à mes patients qui doivent se déplacer à me succursale de Chicoutimi-nord pour recevoir leur traitement quotidien, car celle de la rue racine est fermée (héritage d'un certain ministre Barrette). Depuis 2 ans, c'est la seule pharmacie de ce secteur. Si l'amendement passe et que les conditions économiques deviennent intenables, je ne serai pas en mesure de maintenir cet établissement ouvert. Et pour la population de ce secteur, ce serait une très très mauvaise nouvelle.
Les gouvernements doivent nous laisser être un allié efficace du système de santé. Nous ne sommes pas la seule solution — mais nous faisons partie de l'équation, et une équation amputée ne donne pas les bons résultats.
Cet amendement doit être retiré du projet de loi 15. Sans équivoque.
En espérant que nous élus comprennent la valeur et l'importance d'un réseau de pharmacies communautaires en santé.
Kevin Girard, pharmacien-propriétaire
Les Pharmacies Kevin Girard Inc. — Affiliées à Uniprix, Chicoutimi
Grand Prix Hippocrate Transformateur | Prix Profession Santé | Pharmacie communautaire de l'année AQPP 2025