02/19/2026
Alzheimer et massothérapie :
accompagner avec présence et sensibilité
La maladie d’Alzheimer touche chaque année un nombre croissant de personnes à travers le monde. Au Canada, c’est le trouble neurocognitif le plus répandu, caractérisé par une détérioration progressive des fonctions mentales. Au fil de la maladie, la personne atteinte peut présenter plus que des pertes de mémoire. Une désorientation accrue et des changements de comportement peuvent apparaître. Ces manifestations évoluent dans le temps. Elles influencent directement la façon dont la personne perçoit son environnement et les soins qui lui sont proposés.
Pour les massothérapeutes, cette réalité se manifeste directement en séance. En s’appuyant sur les repères proposés par la Société Alzheimer, cet article propose de mieux comprendre le vécu des personnes atteintes. Il vise aussi à outiller les massothérapeutes face aux situations qu’ils peuvent rencontrer.
Alzheimer : ce que vivent réellement les personnes atteintes
La maladie d’Alzheimer ne se limite pas aux troubles de la mémoire. Elle peut affecter plusieurs dimensions du quotidien, notamment l’humeur, la personnalité et la façon d’entrer en relation avec l’environnement. La Société Alzheimer décrit différents symptômes susceptibles de se manifester. En contexte de massothérapie, voici comment certains d’entre eux peuvent se présenter.
Les changements d’humeur et de la personnalité
Les troubles neurocognitifs, comme l’Alzheimer, peuvent modifier l’humeur et la personnalité. La personne peut sembler moins intéressée par ce qui l’entoure, se replier sur elle-même, ou vivre des émotions plus intenses, avec moins de filtre. L’humeur peut fluctuer rapidement, même au cours d’un même soin. Un client peut arriver calme, puis devenir irritable, inquiet ou se mettre à pleurer sans raison apparente.
À l’inverse, d’autres personnes peuvent sembler très peu réactives : elles parlent peu, paraissent indifférentes et montrent peu d’intérêt pour la séance. Cette impression de désengagement pourrait ressembler à de l’apathie.
Enfin, certaines manifestations de la maladie peuvent s’apparenter à une certaine déprime : baisse d’énergie, sommeil perturbé, tristesse persistante ou confusion accrue. Le rôle du massothérapeute demeure alors de favoriser le confort, la détente et le sentiment de sécurité. Si une détresse marquée semble s’installer ou se répéter, il peut être approprié d’inviter l’entourage à en discuter avec un médecin.
Les délires et les hallucinations
Chez certaines personnes vivant avec la maladie d’Alzheimer, des idées délirantes peuvent émerger et influencer la perception du soin. En séance, cela peut se manifester par de la méfiance, des accusations de vol ou la croyance que quelqu’un leur veut du mal. Ces réactions ne sont généralement pas intentionnelles et sont souvent l’expression d’une difficulté à comprendre la situation ou à se sentir en sécurité. C’est pourquoi, le thérapeute pourrait demander à ce que l’accompagnateur soit présent après que la cliente soit installée sur la table de soin, question de respect.
Désorientation spatio-temporelle et besoin de mouvement
La désorientation dans le temps et l’espace peut s’accompagner d’un besoin accru de marcher ou de se déplacer. En contexte de massothérapie, elle peut rendre difficile le fait de rester sur la table. La personne peut tenter de se lever à répétition. Elle peut aussi exprimer le désir de « retourner travailler », chercher quelqu’un ou vouloir quitter la pièce. Ces réactions peuvent signaler un besoin non comblé. Il peut s’agir de soif, de faim ou de l’envie d’aller aux toilettes. Elles peuvent aussi refléter un inconfort physique, une fatigue ou une anxiété liée à l’environnement.
Les comportements réactifs
La Société Alzheimer utilise l’expression « comportements réactifs » pour décrire certaines réactions à un stimulus perçu comme négatif. Ces réactions peuvent être verbales, gestuelles ou comportementales. En séance de massothérapie, elles peuvent se manifester par un refus soudain du toucher. Une agitation marquée ou une crispation corporelle, comme le retrait d’un bras ou la répétition du « non », peut aussi survenir. Le thérapeute agira toujours avec le consentement de la cliente.
Les comportements sexuels
Le besoin d’affection et de proximité ne disparaît pas avec la maladie. En contexte de massothérapie, certains comportements pouvant être perçus comme sexualisés ne traduisent pas nécessairement un désir sexuel. Ils peuvent plutôt refléter un besoin de contact, un inconfort physique ou encore une désinhibition liée aux atteintes neurologiques. Il peut arriver, par exemple, qu’une personne retire plus de vêtements que prévu ou cherche à exposer une zone qui n’est pas prévue dans le déroulement du soin. La personne peut formuler des commentaires à connotation sexuelle, tenter un contact ambigu ou chercher à toucher le massothérapeute, il devient alors essentiel de poser une limite immédiate. Le thérapeute doit agir de la même façon qu’avec un autre client avec ces mêmes agissements, il doit interrompre le traitement aussitôt. Si ce type de comportement persiste lors de la prochaine session de traitement, le thérapeute avisera l’accompagnateur que le client ne pourra être traité.
Des stratégies concrètes pour le massothérapeute
Dans le contexte de la maladie d’Alzheimer, l’adaptation constante de la pratique fait partie intégrante du soin. Le thérapeute se doit de soutenir le confort et la sécurité du client lors du soin. Il doit maintenir un consentement continu: Le consentement ne se limite pas à une seule demande initiale, surtout dans un contexte de troubles cognitifs. Lorsque le langage verbal devient moins fiable, l’observation du langage corporel prend une place centrale. Une tension musculaire, un changement de respiration ou des vocalisations peuvent signaler un inconfort. Dans ces situations, le thérapeute s’arrêtera et prendra soins de vérifier brièvement ce qui se passe et d’ajuster le toucher ou le rythme. La flexibilité demeure essentielle.
Le thérapeute devra surtout miser sur la patience et la constance: Utiliser des mots simples, une attitude calme et des explications brèves. La répétition et la reformulation peuvent être nécessaires et il se doit d’observer les réactions corporelles et ajuster le rythme de la séance, ce qui favorisera le maintien du lien de confiance.
Si vous connaissez une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer et aimeriez lui faire connaître la massothérapie, n’hésitez pas à communiquer avec moi au 819-436-0212, il me fera plaisir d’organiser un premier rendez-vous d’une durée plus courte.