04/15/2020
L’impermanence,
Un terme qui peut paraître complexe, abstrait, comme un concept, mais qu’on touche simplement lorsque l’on perd quelque chose que l’on croyait immuable. Comme lorsque l’on fait l’expérience de perdre ce que l’on pensait détenir et qu’on pensait éternel.
Elle fait partie des 3 sceaux du Dharma (enseignements du Bouddha) qui sont l’impermanence (anitya), le non-soi (anatman) et la paix ou la libération (le nirvana). Tous les enseignements du Bouddha portent ces trois signatures, à la manière de vérités universelles. Beaucoup de traditions bouddhistes ajoutent un quatrième sceau qui est la souffrance, certaines ont même répété que tout est souffrance et même s’il est vrai que la souffrance revient souvent dans les enseignements du Bouddha et qu’elle est le lot de tous les êtres humains, on ne peut dire que tout est souffrance. C’est plutôt notre attachement qui crée la souffrance comme l’explique très bien Thich Nhat Hanh dans le livre ‘’Le coeur des enseignements du Bouddha’’.
Tandis que le non-soi est relatif à l’espace (je reviendrai sur ce principe dans un prochain article), l’impermanence est relative au temps.
Tout est impermanent, une fleur, une montagne, les régimes politiques, les corps, les perceptions, les pensées... On ne s’en aperçoit pas mais tout est en changement continuel. C’est un principe universel dont on pourrait se réjouir mais qui nous fait souffrir.
Or ce n’est pas l'impermanence qui nous fait souffrir en tant que tel. La souffrance provient de l’attachement, l’attachement à un état passé que l’on souhaiterait revivre. Et cette souffrance prend beaucoup de place, parfois toute la place et masque tous les autres états, sentiments et sensations qui nous habitent.
Et pourtant elle finira par passer, comme tout.
Mais est-ce suffisant de savoir cela pour être heureux?
Et si tout passe, à quoi bon construire, partager et même vivre?
Cette réalisation pourrait aboutir à un cynisme et un défaitisme immense.
Sans reconnaître et cultiver la gratitude, l’impermanence ne ferait qu’accroître la souffrance.
Ces deux principes, impermanence et gratitude sont comme une équipe de choc pouvant mettre un terme à la souffrance en nous permettant de profiter de la chance que nous avons d’être, d’être en vie.
Je vous invite à lire la méditation de la gratitude publiée le 23 mars 2020 sur cette page facebook avant de pratiquer la méditation à la fin de l’article.
Respirer, pouvoir respirer est précieux. Sans cette fonction automatique du corps, point de vie. Et pourtant, quand nous arrive-t-il de nous réjouir de pouvoir respirer?
Dans toute privation, il reste encore beaucoup de choses à vivre. La souffrance est comme la partie émergée de l’iceberg qui masque tout le reste. Que ce soit la tristesse ou la colère qui nous envahit, elles prennent souvent beaucoup de place et finissent par teinter nos expériences.
La colère est un bon indicateur de nos peurs. Comme face aux privations que nous vivons en ce moment, se cache la peur de perdre ce que nous pensons posséder.
La colère et la peur sont également des outils puissants pour nous rappeler notre propre impermanence. Je vous en reparlerai plus t**d avec les 5 remémorations du Bouddha.
Et si on prenait conscience de la chance qu’on a encore de pouvoir simplement respirer, se nourrir, être en relation (physiquement, à distance ou en pensées), de tout ce qui nous est encore proposé de vivre.
Quand je fais mes courses, est-ce que je suis en colère ou triste parce que je ne peux plus les faire comme avant? ou suis-je heureux de pouvoir encore les faire?
Quand je désinfecte mes emballages ou que je me savonne les mains, est-ce que je peux prendre plaisir à le faire?
Si vous prenez conscience que lorsque vous souffrez, plus vous cultivez vos souffrances et plus vous éloignez de vous les plaisirs sains de l’existence.
Lorsque l’on en prend conscience, on peut dévier le projecteur et le braquer sur ce qui compte. Ce que l’on a, ce que l’on est et ce que l’on vit, ce qui est essentiel et qui nous rend autonome même si ce n’était pas ce à quoi on s’attendait.
Attention, mon propos n’est pas de vous dire que c’est mal de souffrir, mais plutôt qu’en reconnaissant la souffrance, en la touchant, en reconnaissant le lien brisé auquel on tenait tant, que l’on puisse l’accepter pour ce qu’elle est. Et de comprendre comment on l’alimente et qu’on se coupe de ce qui nous est proposé de vivre. Il ne s’agit pas non plus d’être passif et de se laisser taper sur la tête en courbant l’échine. Si nous pouvons agir pour mettre un terme à l’origine de la souffrance, alors agissons, si possible sans être mené par la réaction.
Apprenons à apprécier la valeur de l'impermanence. Savoir que les personnes que l’on aime sont impermanentes nous pousse à les chérir davantage.
Ces temps chaotiques sont un excellent entraînement à vivre l’impermanence, à expérimenter le lâcher prise et à cultiver l’autonomie. Alors pas besoin de faire une retraite austère pour en faire l’expérience.
Comment intégrer l’impermanence en méditation ?
On peut l’appliquer aux pensées, aux sensations corporelles, aux perceptions des sens, à la respiration...
Pour commencer, je vous conseille de choisir un thème en particulier par exemple uniquement les sensations corporelles et d’observer la naissance d’une sensation, son développement, sa stagnation et sa disparition.
Soyez attentifs aux attachements, à l’indifférence et aux aversions que vous pouvez avoir lorsque ces sensations émergent. De même lorsque ces sensations disparaissent, sentez-vous un soulagement, un déchirement, un désintérêt?
À force de pratiquer, vous remarquerez que vous pourrez les accueillir avec équanimité, c’est à dire avec bienveillance de manière égale que la sensation soit agréable, désagréable ou neutre.
Lorsque cela vous sera familier, vous appliquerez cette observation sur tout ce qui émerge avec plus de douceur et de compréhension.
Bonne pratique !