12/11/2025
MA VĂRITĂ QUE JE DIS SUR LES HUILES ESSENTIELLES:
Merci à ceux qui m'ont envoyé le post de sur les huiles essentielles, voici ma réponse à son post:
ChĂšre cueilleuse indigĂšne đČ,
Merci pour ton partage, il est dâune grande sensibilitĂ© et montre un vĂ©ritable respect pour la plante et pour la chaĂźne de production, et ça, je te rejoins complĂštement. La conscience Ă©cologique est essentielle, surtout dans un monde oĂč le marketing a souvent pris le dessus sur la connaissance.
Cela dit, jâaimerais apporter quelques nuances importantes pour complĂ©ter ton message, car lâaromathĂ©rapie est un domaine vaste, qui va bien au-delĂ du simple parfum ou du bien-ĂȘtre Ă©motionnel.
Oui, les huiles essentielles sont un fragment⊠mais un fragment thĂ©rapeutique dâune puissance particuliĂšre
Tu as raison : lâhuile essentielle nâest pas âtoute la planteâ.
Elle ne porte ni les mucilages, ni les tanins, ni les minĂ©raux, ni lâeau vĂ©gĂ©tale.
Mais ce fragment, celui des molĂ©cules aromatiques, est prĂ©cisĂ©ment ce qui confĂšre aux huiles essentielles leur champ dâaction unique, un champ dâaction que la plante entiĂšre nâa pas toujours pour offrir une rĂ©ponse rapide et efficace.
Câest pour cela quâen infectiologie, domaine aigu par excellence, les huiles essentielles surpassent largement lâherboristerie.
Ce nâest pas une opinion : câest documentĂ© par des centaines dâĂ©tudes, in vitro et in vivo, sur le thymol, le carvacrol, le 1,8-cinĂ©ole, le linalol, etc.
LĂ oĂč une infusion ou une macĂ©ration agit en douceur, lâhuile essentielle vient apporter un effet pharmacologique clair, rapide et ciblĂ©, souvent comparable Ă celui dâun mĂ©dicament, mais nĂ©cessitant une expertise.
Oui, ce sont des substances puissantes⊠et câest prĂ©cisĂ©ment pour cela quâon les utilise diluĂ©es.
Lâerreur nâest pas dans la plante : elle est dans lâusage.
(Si tu veux le totum de la plante, va vers les extraits supercritiques, ils contiennent tout!)
Une huile essentielle :
ne sâutilise jamais pure sur la peau,
se dilue toujours dans un corps gras,
ce qui diminue automatiquement la quantité nécessaire.
Bien diluĂ©es, les huiles essentielles sont beaucoup moins irritantes, et leur action est plus fine et plus sĂ©curitaire. LâaromathĂ©rapie moderne enseigne cela depuis longtemps, la dangerositĂ© vient surtout des pratiques populaires, pas de la plante elle-mĂȘme.
Oui, il faut beaucoup de matiÚre végétale⊠mais cela dépend énormément de la plante
On parle souvent des chiffres extrĂȘmes (rose, nĂ©roliâŠ), mais ce sont des exceptions. Pour le cĂšdre, le sapin, le pin, la lavande, le tea tree ou lâeucalyptus, les rendements Ă la distillation sont bien plus Ă©levĂ©s et ne menacent absolument pas la ressource lorsquâils proviennent de cultures durables ou dâĂ©claircies forestiĂšres responsables.
Et jâajoute un point essentiel:
beaucoup de distilleries Ă Madagascar, en Inde ou en Afrique crĂ©ent de vĂ©ritables infrastructures autour de la production, que ce soit des Ă©coles, des dispensaires, des emplois stables. Je lâai vu aussi: lâhuile essentielle, bien gĂ©rĂ©e, peut faire vivre un village entier.
Câest important de le dire : lâaromathĂ©rapie peut ĂȘtre Ă©cologique et porteuse de justice sociale.
Je te renvois également au mouvement d'éco-aromathérapie: un mouvement nécessaire que je propage (voir ma conférence au congrÚs AARS santé en 2023).
Aujourdâhui, de plus en plus de professionnels encouragent lâusage des huiles essentielles endĂ©miques au pays oĂč lâon vit.
Câest cohĂ©rent, responsable et parfaitement en phase avec ta vision.
Utiliser le sapin, le thuya, lâĂ©pinette noire, plutĂŽt que dâimporter systĂ©matiquement du ravintsara ou du ylang-ylang, est exactement la direction dans laquelle va lâaromathĂ©rapie moderne.
Oui: on nâutilise pas des huiles essentielles prĂ©cieuses pour des savons et des produits mĂ©nagers, sur ce point, je te rejoins totalement.
On ne gaspille pas une distillation précieuse dans un détergent.
La seule exception logique concerne :
les essences dâagrumes (citron, orange, pamplemousse)
Celles-ci ne sont pas obtenues par distillation, mais par expression mĂ©canique des zestes issus de lâindustrie du jus. Elles sont littĂ©ralement un produit recyclĂ©, probablement le modĂšle le plus Ă©cologique de toute lâaromathĂ©rapie.
Il existe des âhuiles essentiellesâ uniquement destinĂ©es Ă la parfumerie
Certaines fragrances dites âhuiles essentiellesâ sont en rĂ©alitĂ© reconstituĂ©es ou synthĂ©tiques. Elles nâont pas dâaction thĂ©rapeutique et ne sont utilisĂ©es quâen cosmĂ©tique ou en parfumerie.
Les confondre avec les huiles essentielles thérapeutiques crée beaucoup de malentendus.
Au final : ce dont lâaromathĂ©rapie a le plus besoin aujourdâhui, câest dâĂ©ducation
Pas de peur.
Pas de marketing.
Pas de dénigrement.
De connaissances et dâusage responsable.
Les huiles essentielles ne sont ni miraculeuses ni diaboliques.
Elles ne remplacent pas la plante entiĂšre, mais la plante entiĂšre ne remplace pas non plus leur pharmacologie unique.
Les deux mondes â aromathĂ©rapie et herboristerie â se complĂštent merveilleusement.
Lâun agit en profondeur et en douceur.
Lâautre agit vite, prĂ©cisĂ©ment et intensĂ©ment.
Le vrai enjeu, câest de les utiliser au bon moment, pour les bonnes raisons, avec intelligence.
Et sur ça, je crois quâon se rejoint complĂštement. Pour ma part, distiller des huiles essentielles me reproche d'un savoir artisanal ancestral que j'ai envie de garder vivant pour les gĂ©nĂ©rations futures.
Nathalia Menga, aromathĂ©rapeute depuis 25 ans et propriĂ©taire de la distillerie artisanale Indyana en Estrie đČ