04/21/2026
Pour mes clients(tes). Mais aussi pour nos enfants je crois que c'est possible... à voir
Une application québécoise transforme votre cellulaire en caméra corporelle et permet aux victimes de différentes agressions de se sentir protégées par cette «alarme portative». Or, cet outil n’est toujours pas proposé aux victimes par les différentes ressources.
Gino Desautels est l’homme derrière Robine, une application payante pour cellulaire qui permet trois choses : capter en direct une vidéo en vous géolocalisant, appeler une centrale d’alarme où un agent formé pour vous assister, et enregistrer nativement la vidéo ce qui permet de la rendre admissible en cour.
Son fonctionnement est simple : dès que la personne se sent en danger, elle clique sur le bouton enregistrer et la caméra de son téléphone cellulaire envoie les images captées en direct à la centrale. L’application indique également votre position exacte.
L’utilisateur peut aussi appeler un agent de la centrale pour lui parler en direct et recevoir des recommandations de sécurité. Au besoin, l’agent appellera le poste de police le plus près de l'utilisateur afin de permettre une intervention rapide. Tout ce qui aura été capté est désormais admissible comme preuve en cour.
Le sentiment de sécurité que procure cet outil est indéniable pour ses utilisateurs. C’est ce que QUB a pu constater en parlant à deux survivantes.
Christine Giroux a été victime de violence conjugale pendant 23 ans. Elle était prête à «quitter ce monde». L’application a changé son quotidien.
«C’est la peur tout le temps. J’avais des couteaux en dessous de mon divan, des couteaux sur mon frigo. J’étais prête. J’avais une peur immense, si intense que j’en perdais connaissance. Mon testament est épinglé en gros sur mon frigo», a décrit avec précision Christine Giroux.
Difficile de s’imaginer être en proie à une peur si grande. Son quotidien n’est plus le même depuis qu’elle a commencé à utiliser l’application. Après avoir passé quatre ans à se « séquestrer elle-même chez elle», elle a réussi à mettre le pied dehors.
Elle a fréquenté les maisons d’hébergement à plusieurs reprises et elle sait que le sentiment de sécurité à l’intérieur des murs se dissipe rapidement une fois dehors.
«Si j'avais eu ça après mes 6-7 semaines d’hébergement, je me serais sentie un peu plus forte en sortant dehors, et je ne me serais pas séquestrée pendant quatre ans», a expliqué Mme Giroux.
Nathalie Grenier, une autre survivante qui s’est confiée à QUB, a aussi connu la violence. Son agresseur s’est d’ailleurs retrouvé en prison.
«Je ne suis pas guérie, mais je peux fonctionner plus qu’avant. S’il m’arrivait quelque chose, mes enfants sauraient ce qu’il m’est arrivé », a souligné Mme Grenier.
Parce qu’être cru, c’est aussi une des grandes difficultés des survivantes. Toutes ces vidéos et ces appels préventifs deviennent des preuves pour la cour et pour tous ceux qui pourraient remettre leur parole en doute.
«Si j’étais morte, [ma famille] aurait su ce qui est arrivé, que j’ai tout fait pour essayer de ne pas vivre ça, pour le calmer, pour l’arrêter. Souvent on se fait dire à la cour «vous l’avez provoqué», «c’est une chicane de couple », «c’est un événement isolé»», a raconté Mme Grenier, la voix brisée.
«Alors, oui, on a besoin d’une preuve, a-t-elle poursuivi, mais au-delà de ça, on montre à la société qu’il faut faire quelque chose.»
Voyez le fonctionnement de l'application avec Gino Desautels à l'émission de Benoit Dutrizac via QUB:
Seulement 43 utilisateurs
Plusieurs seraient étonnés d’apprendre que l’application n’a que 43 utilisateurs, alors qu’elle est disponible à tous depuis plus d’un an.
Pour y avoir accès, il suffit d’en faire la demande. Robine crée alors un dossier qui contient les informations en lien avec l’agresseur, ses crimes, les démarches en justice et toute information pertinente.
Questionné pour mieux comprendre ce qui explique le faible nombre d’utilisateurs, son créateur Gino Desautels a affirmé que «quelqu’un bloque le projet quelque part.»
M. Desautels fait «des pieds et des mains» depuis 2017 pour que son application soit recommandée par le gouvernement et que celui-ci donne le feu vert aux ressources d'hébergement pour le proposer comme outil officiel. Pour l’instant, seulement quelques-unes en parlent.
Contactés par QUB, différents ministères disent connaître l’application, mais sans plus de détails. Pourtant, M. Desautels a affirmé avoir communiqué avec eux à plusieurs reprises pour présenter son produit, et ce, depuis des mois.
Le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale ainsi que le Centre d'aide aux victimes d'actes criminels (CAVAC) ont répondu quelque chose de similaire. Ils ne connaissaient que bien peu cette application et ils ne préfèrent pas se prononcer.
Seulement deux personnes ont offert des réponses plus détaillées. Co-Savoir, anciennement Centre de documentation sur l'éducation des adultes et la condition féminine, a répondu que «cette application n'est pas dans ses faveurs, déjà, par son coût très élevé, mais aussi parce que les maisons d'hébergement et les experts n'ont pas été associés à son développement».
M. Desautels réfute cet argument, expliquant que Robine a été créée par «des spécialistes de la protection et de la sécurité».
Concernant le prix, l'application coute 42$ ou 72$ par mois, mais est remboursable par l'indemnisation des victimes d'actes criminels (IVAC).