01/15/2026
Chapitre 4 – La semaine avant Noël
J’ai décidé de faire un topo sur chaque transition que j’ai mise en place ou que j’ai vécue en lien avec mon opération.
Le but de ce partage personnel est d’aider les gens à mieux comprendre ce qui peut entourer une chirurgie et peut-être à mieux s’y préparer.
Évidemment, il est important de garder en tête que chaque situation est différente.
Ce que je partage ici est MON expérience personnelle.
Comme la plupart des gens qui me connaissent le savent, je suis une fille hyper proactive. Hyper active aussi. J’ai généralement le contrôle sur ma vie. Je fonce, j’avance, je crée, je bouge.
Dans les jours qui ont suivi l’opération lorsque j’ai commencé à aller un peu mieux je suis restée majoritairement en pyjama. Non pas par négligence mais parce que c’était ce qui me faisait le plus de bien. C’était ce qui mettait le moins de pression sur la cicatrice ce qui respectait le mieux mon corps à ce moment-là.
J’ai tenté doucement de reprendre un peu de mobilité : quelques exercices, un peu de marche, monter des escaliers, faire du stretching mais mon corps lui n’était tout simplement pas rendu là.
Et ça, ça a été difficile à accepter.
Physiquement ce n’était pas tant la douleur… sauf lorsque j’essayais d’aller trop vite.
Là mon corps me rappelait clairement à l’ordre.
Mais le plus grand défi a été mental ...
Ça a touché directement ma personnalité !!
Je suis quelqu’un qui va vite, qui est toujours en mouvement. Devoir apprendre à m’arrêter a été extrêmement pénible. J’avais besoin de me sentir utile, de créer, de me changer les idées mais je n’étais plus dans l’action. J’étais sur pause & cette pause je devais l’utiliser pour prendre soin de moi.
Ironiquement, prendre soin de moi fait déjà partie de mon quotidien : je fais attention à mon alimentation, à mon hydratation, je bouge, je gère mon stress, j’ai des hobbies, je me fais traiter au besoin.
Mais m’arrêter complètement, laisser tout l’espace à mon corps pour récupérer… ce n’est pas quelque chose que j’ai l’habitude de faire.
Pour moi le sommeil c’est huit heures.
Si je dors plus j’ai l’impression de devenir paresseuse, de perdre du temps, de rater des moments de productivité.
Ceux qui me connaissent savent à quel point mes horaires sont chargés : mon entreprise comme masso-kinésithérapeutes, le bénévolat au centre communautaire Famille à Cœur comme mamie berceuse, les ateliers, le courrier plume… sans oublier mes enfants, leurs sports, leurs activités.
Je suis constamment en mouvement.
Il est rare que mon agenda affiche une journée complètement vide. Et pourtant, durant cette période je ne recherchais pas nécessairement le contact avec les autres. J’étais bien en cocooning entourée de ma famille.
J’avais souvent froid ce qui est tout à fait normal : un corps en guérison demande énormément d’énergie.
Je me suis donc doudounée. Je me suis acheté une douillette chauffante. Comme je n’avais pas le droit de prendre de bain c’est devenu mon petit rituel de douceur, mon moment magique à moi.
Je me suis aussi impliquée dans les préparatifs de Noël à ma façon. Je ne pouvais pas rester debout longtemps ni forcer alors je participais autrement : en ajoutant les épices aux repas, en étant présente différemment.
C’était ma contribution.
Ce qui m’a beaucoup aidée à traverser cette période c’est une série que mon gendre m’a proposée. Cinq saisons. J’ai passé des journées entières à l’écouter & honnêtement je crois que c’est ce qui m’a permis de tenir jusqu’au 24 décembre.
Quand on reste allongé ou semi-allongé longtemps on ne s’en rend pas toujours compte mais des douleurs apparaissent : dans les jambes, le dos, les pieds.
Et moi, qui étais constamment en mouvement j’avais l’impression que mon corps me criait :
« Allô… bouge. Fais quelque chose. »
C’est à ce moment-là que j’ai vécu une prise de conscience majeure. J’ai demandé à la personne qui était avec moi de me masser les jambes mais un massage « normal » était trop douloureux. Je lui ai donc demandé de simplement déposer ses mains sans mouvement ou avec des gestes presque microscopiques. Et là… j’ai compris.
Moi qui suis reconnue pour avoir une bonne main, moi qui travaille dans le thérapeutique et non dans la simple détente j’ai réalisé à quel point un toucher presque imperceptible peut faire un bien immense.
Les explications de ma formatrice en initiation au massage en oncologie ont alors pris tout leur sens. Elle parlait de la fragilité extrême des corps en traitement, de la perte de vitalité, du système immunitaire affaibli. Et là, je ne faisais plus que comprendre intellectuellement : je le vivais.
Cette expérience aussi ironique soit-elle va clairement m’accompagner dans la suite de mes formations en oncologie, que je ferai à partir d’octobre 2026.
Puis est arrivé le 24 décembre !!
Cette année je ne recevais pas & sincèrement ça m’a fait un immense bien que ma famille prenne le relais. Être simplement invitée, entourée, sans responsabilité ça a été profondément apaisant.
Je me suis laissée emporter par l’ambiance, par l’enthousiasme, par la joie d’être ensemble. Et j’ai dansé. De la danse en ligne. Une chanson complète. Sans douleur sur le moment. J’étais fière. J’avais retrouvé une petite vitalité que je n’avais pas ressentie depuis l’opération.
Évidemment, mon corps me l’a fait payer après. Douleurs, malaise, besoin de m’allonger, départ plus hâtif mais je ne regrette pas. Pas du tout. Parce que sur le moment j’ai respecté un besoin réel.
Oui parfois on pousse un peu la limite & c’est correct. Le corps peut encaisser une fois ... mais il ne faut pas chercher à la repousser constamment. Il faut respecter où il en est réellement.
Ce qui a été le plus difficile dans tout ce processus c’est la dissociation entre ma tête et mon corps. Dans ma tête j’étais prête. Prête à marcher, à cuisiner, à reprendre mes activités, à redevenir « normale » mais mon corps lui ne suivait pas.
Fatigue intense, courbatures, douleurs… et de la frustration. De la colère même contre moi. Jusqu’à ce qu’on me fasse doucement comprendre que ce n’est pas la tête qui décide.
J’ai donc dû réapprendre à écouter mon corps & réaliser que même avec toute mon expertise, mes formations et mes outils certaines situations nous obligent à redéfinir nos limites, à nous ajuster, à nous redécouvrir.
Quand la tête et le corps ne sont pas alignés c’est confrontant. Ça fait vivre des émotions parfois contradictoires mais c’est essentiel d’apprendre à réellement écouter, à observer, à entendre ce que le corps nous dit.
Cette chirurgie a été contre toute attente un immense apprentissage, une reconnexion, une leçon de douceur & sincèrement… je crois que ça a été l’un des plus beaux cadeaux que j’ai reçus pour Noël 💜