02/06/2026
MA DIVINE PRODIGE,
L’autre soir, je suis tombée sur une émission française que je ne connaissais pas. Elle mettait en valeur des enfants prodiges dans différents domaines.J’ai été happée par une petite fille qui jouait du violon, ce violon presque aussi grand qu’elle. Elle interprétait Vivaldi à la perfection. Les Quatre Saisons, c'est du génie.
Ces enfants étaient époustouflants. Et, franchement, ça sentait la neurodivergence à plein nez. Cette répartie, ce sens de la nuance, cette capacité à comprendre le sens… bref, je m’éloigne de mon sujet.
À la fin d’un des numéros, un papa, très ému, a confié à la présentatrice que cette réussite était le fruit d’un travail acharné. Une heure et demie, chaque soir, pour maîtriser la matière.
Et là, dégringolade…Une heure trente par jour pour fabriquer un prodige.
Quatre-vingt-dix minutes, c’est à peu près ce que ma fille de bientôt 14 ans utilise chaque soir, sans relâche, depuis au moins quatre ans, pour garder la tête hors de l’eau dans un système clairement inadapté pour elle.
Une heure trente de devoirs après plus de cinq heures de cours. Et elle demeure invisible.
L’injustice m’a prise au ventre. Les troubles d’apprentissage, c’est l’ingratitude à son paroxysme.
De l’extérieur, ça laisse croire à du je-m’en-foutisme, du désintérêt. Et pourtant… s’ils savaient.
Elle est ma plus grande source d’inspiration. Sans même froncer un sourcil, elle accepte son sort jour après jour, comprenant à peine le sens large de cette guerre incessante.
Elle apprend des hiéroglyphes chaque jour et demeure dans une grâce infinie, positive, la tête bien ancrée.
Une seule mission : continuer.
Les troubles d’apprentissage, ce sont des concepts qui nous échappent, des mots sur lesquels on bute, un manque de clarté et de fluidité.
Ce n’est plus de la résilience à ce stade, c’est de l’opiniâtreté. Et je suis son seul public…
Personne ne lui parle de son talent. Elle n’impressionne pas grand monde. Au mieux, elle répond au minimum requis. Je dois d’ailleurs me battre avec son professeur de mathématiques, qui ne lui accorde même pas la moyenne par indulgence, en guise d’encouragement. Il ne sait pas, il ne comprend pas le travail colossal qu’il y a derrière cet être humain magnifique.
Je crie à l’injustice. Ça me tord le coeur. Parce qu’elle mérite tous les applaudissements, l’admiration aussi. Parce qu’une adolescente qui n’a jamais le luxe de procrastiner mérite du répit. Chaque nouvel examen est un océan à retraverser. Pour elle, pour moi, et pour mon mari adorable, si investi à ses côtés avec les maths.
Elle travaille plus que je ne le faisais à l’université, pour récolter des miettes de réconfort.
Je sais tellement d’où on part. Cette enfant qui, déjà à trois ans, avait ce petit quelque chose que personne ne voyait. Moi, je savais que quelque chose tournait carré. Je le sentais…
Je lui répète toujours, comme un mantra, pour nourrir sa petite voix intérieure :« Ça prendra le temps que ça prendra, ma fille, mais on y arrivera. Je ne te lâcherai pas. Tout ce que tu souhaites, on le réalisera. »
Sa réussite est devenue mon combat quotidien, pour que tous ses efforts soient vus et non vains. Je la vois dans toute sa grâce et sa lenteur. Sa minutie, ses recoins. Elle est ma reine, ma plus grande inspiration.
Et j’écris ce texte en pleine nuit, rongée par la peur et l’impuissance. Parce que si elle devait recevoir une note au mérite, elle aurait la note parfaite.
Ma magnifique prodige, c’est elle.
Je l’aime d’un amour si pur, si entier. Les montagnes, je les déplacerai. Et je sais, j’en ai la conviction profonde, qu’un jour tout cela sera derrière nous. Et j’aurai tant appris sur ce chemin sinueux de l’adversité.