03/01/2026
La vie ne vaut plus rien.
Voilà où nous en sommes.
Darwin 2.0.
La limite est franchie.
Mes pensées vont aux victimes de cet incendie, à leurs proches,
et à celles et ceux qui ramassent les corps, soignent les brûlés, encaissent l’horreur.
Ce texte n’est ni une leçon ni une accusation.
C’est un aveu d’impuissance.
La veille du drame, je découvre que mon fils de 10 ans a téléchargé un système de tchat sur le téléphone que je lui prête à la ferme.
J’y lis des insultes.
Du harcèlement.
Du sexisme crasse.
Je prends une claque.
Parce que ce gamin est doux avec moi.
Parce qu’il est premier de sa classe.
Parce qu’à l’école tout va bien.
Et pourtant, ce même enfant vole le téléphone de sa mère pour désactiver le contrôle parental.
Frauder. Contourner. Passer au-dessus.
Et quand elle tente de remettre un cadre, il lui arrive de lever la main sur sa mère.
Frapper sa daronne pour du réseau.
Écrire ça me met dans une colère noire.
Mais c’est réel.
À la ferme, il peut presque tout faire.
À condition de respecter les règles.
La sécurité.
L’autorité du réel.
Il manœuvre un cheval de trait d’une tonne avec un calme qui force le respect.
Il conduit le tracteur avec prudence.
Il tronçonne avec moi, équipé, concentré, responsable.
Et pourtant, aujourd’hui, j’ai peur.
Parce que sur ces images de l’incendie, je vois des jeunes rire.
Filmer.
Encore filmer.
Le plafond brûle.
Le plastique fond et coule.
Le feu prend.
Personne ne crie.
Personne n’évacue.
Personne ne cherche un extincteur.
Tout le monde sort son téléphone.
À cet instant précis, la vie ne pèse plus rien face à une vidéo.
Le réflexe n’est plus de sauver.
Mais de capter.
De publier.
D’exister numériquement pendant que le réel meurt.
Je peux accuser les systèmes.
Les algorithmes.
Les adultes.
Les institutions.
Mais la vérité me glace :
je ne suis pas certain que mon propre fils n’aurait pas filmé lui aussi.
Et ça me détruit.
Parce que j’ai tout fait pour l’ancrer dans le vivant.
La matière.
Le danger réel.
La responsabilité.
Et malgré ça, le numérique est plus fort.
Dans leur monde, le téléphone passe avant tout.
Avant l’autre.
Avant eux-mêmes
Avant la vie.
Je trouve ça fou.
Je trouve ça terrifiant.
Et je ne suis pas au-dessus.
Je suis dedans.
Comme les autres.
Condoléances sincères
pierre1911