23/05/2024
Conférence de presse Non à l’initiative « frein aux coûts » du 13 mai 2024
Corinne Bernimoulin, membre du comité de l’Association Genevoise de Physiothérapie, (physiogenève) - IMPACT SUR LE NOMBRE DE CONSULTATIONS ET PRISE EN CHARGE OPTIMALE
Du point de vue des physiothérapeutes, l'objectif de freiner l'évolution des coûts du système de santé est parfaitement légitime et mérite d'être soutenu. Toutefois, l'initiative du frein aux coûts ne propose pas un moyen d’action approprié à la situation.
Pour nous physiothérapeutes, l’offre des soins doit être axée sur les besoins des patients et la qualité des prestations. Elle ne doit pas être guidée par des objectifs de contrôle des coûts eux-mêmes basés sur l’économie et l’évolution des salaires.
Si l’initiative est acceptée, les patients auront donc un risque très important d’être privés de prestations essentielles au maintien de leur état de santé.
Ce rationnement toucherait en particulier les personnes âgées, les familles, les personnes souffrant d'une maladie chronique et les nombreuses personnes qui ne peuvent pas se permettre de souscrire une assurance complémentaire. En effet, si une des conséquences de cette initiative est de supprimer certaines prestations de l’assurance de base et de les basculer dans les assurances complémentaires, il est clair que nous nous dirigeons vers une médecine à deux vitesses.
La physiothérapie est déjà mise sous pression depuis de nombreuses années.
Pas plus t**d que l’année dernière, le Conseil Fédéral a souhaité adapter la structure tarifaire en matière de physiothérapie en diminuant à 20 mn les séances de physiothérapie, dont 5 minutes au maximum devaient être consacrées au changement, à la consultation et au maintien du dossier. Aucun traitement approprié ne peut être effectué dans les 15 minutes de traitement restantes.
Comment désirez-vous traiter une personne âgée algique souffrant de troubles de la marche et mobilité en 15 minutes ? Il aurait fallu deux fois plus de séances pour obtenir le même résultat. Bien que l’intervention du Conseil Fédéral ait été retirée, cet exemple illustre les conséquences d’un rationnement sans analyse intelligente de la situation. Elle pourrait refléter des conséquences de l’initiative actuelle.
La structure tarifaire de la physiothérapie doit être révisée depuis longtemps. Elle ne reflète plus la physiothérapie d'aujourd'hui, avec ses prestations de haute qualité ayant fait ses preuves, suivant les évidences scientifiques et dont les exigences sont en constante augmentation alors que ses charges administratives restent élevées. Environ un quart des prestations hors traitement ne sont déjà pas facturables, comme les réunions interdisciplinaires ou les déplacements dans les EMS. Le tarif des physiothérapeutes n’a pas augmenté depuis près de 30 ans.
Les assurances maladie obligent déjà les médecins prescripteurs à rédiger un rapport après 36 séances de physiothérapie, ce qui contraint les patients (notamment les personnes atteintes d’une maladie chronique) à fixer un rendez-vous supplémentaire chez leur médecin augmentant ainsi le fardeau pour le patient et la charge administrative du médecin.
Voici l’expérience de la physiothérapie en Suisse.
La physiothérapie est un acteur essentiel dans la limitation des coûts. En suivant la « smarter medicine » et la « smarter physiothérapie » qui définissent les interventions nécessaires et celles qui sont inutiles, la physiothérapie permet justement une économicité nécessaire à la survie du système. Grâce à ses évaluations fiables, à ses interventions en thérapie manuelle, mouvement actif et rééducation, elle permet d’améliorer, voire de traiter des problématiques de santé en renonçant à des examens et opérations inutiles. Elle ne peut donc pas être un objectif de limitation des coûts comme proposé par l’initiative, cette dernière visant les coûts globaux sans distinction entre coûts nécessaires et inutiles.
Ce n’est qu’en rejetant clairement cette initiative, qui se concentre aveuglément et uniquement sur les coûts, que la politique pourra enfin sortir de cette impasse.
C’est pour toutes ces raisons que Physioswiss et physiogeneve recommandent un NON clair à l’initiative au frein aux coûts confirmant ainsi les attentes de la population au sujet de son système de santé: des soins de haute qualité et efficients qui sont et restent accessibles à toutes et tous de manière égale.