03/03/2026
[Témoignage]
3 ans, 10 mois.
C’est le temps qu’il aura fallu pour te rencontrer et te tenir dans nos bras.
En février 2021, ton papa et moi voulons construire notre vie et notre famille ensemble.
J’ai une thyroïdite de Hashimoto. Alors, que mes cycles étaient régulier avant, depuis que j’ai retiré mon stérilet, c’est la catastrophe. Ils sont longs et nous font espérer à plusieurs reprises des tests positifs, mais non... Parfois 90 jours sans règles, ce qui ret**dent les essais...
Il faut un an d’essai pour pouvoir aller en consultation pour la fertilité, alors je rencontre ma gynécologue de l’époque pour en savoir plus. Mais elle me découvre un kyste sur l’ovaire droit, m’annonce qu’il faut attendre pour savoir s’il est bénin et que pour le reste elle ne peut rien pour moi, il faut aller voir un confrère et attendre 6 mois...
Une attente interminable quand tu souhaites accueillir des enfants dans ta vie, une attente qui se rajoute aux mois déjà passé à t’espérer, avec cette fois une inquiétude supplémentaire ;
de quelle nature est ce kyste ?
Ces 6 mois finissent par s’écouler, avec 2 nouvelles ; la 1ere, le kyste est bénin, ouf. La 2nde, j’ai ce qu’on appelle un SOPK (Syndrome des Ovaires Polykystique). Je suis mal, j’ai la sensation que mon corps est défaillant, mais je reste confiante, je sais au fond de moi que j’aurai ma famille à moi.
Ton papa est avec moi, lui est fort, patient, ne me reproche rien. Notre couple se consolide.
Le 9 février 2023, soit déjà au bout de 2 longues années d’essais pour te concevoir, nous avons enfin un rendez-vous dans un centre de PMA.
La commence des tas d’examens pour ton papa et pour moi, certains sont moins agréables que d’autres ; nous avons eu droit à des analyses génétiques, des prises de sang, une échographie pelvienne, une
hystérosalpingographie, un spermogramme... Ce même mois, nous recevons petit à petit les résultats de nos premières analyses ; génétiquement tout est OK.
Papa reçoit son spermogramme ... c’est un coup dur pour lui tératospermie, oligozoospermie, asthénozoospermie... Il se retient avant de pleurer dans mes bras.
On nous annonce donc qu’à moins d’avoir recours à une FIV ICSI, nous n’arriverons jamais à avoir d’enfants.
Le rendez-vous avec le docteur de la PMA ne se passe pas bien. Je digère l’information assez rapidement à ma grande surprise, car je m’accroche très vite au simple fait que ; je serai maman un jour.
Alors soit, ça sera par une FIV. Maintenant nous sommes fixés, 2 ans après.
Vu les résultats de ton papa, il doit refaire des examens et nous devons attendre encore 3 mois supplémentaire avant de commencer tout protocole. C’est, parait-il, la procédure de refaire un spermogramme dans ces délais. En plus de cela son taux de
prolactine étant élevé, il doit passer une IRM cérébrale, une échographie scrotale, une de l’appareil urinaire et rencontrer un urologue.
Celui-ci trouvera une varicocèle sur un testicule, expliquera que cela altère la qualité du sperme, qu’il peut se faire opérer mais
que cela ne changerait pas vraiment la donne. Les mois passent, nouvel examen et notre rendez-vous avec le centre de PMA arrive.
Les résultats sont bons, voilà que maintenant on nous annonce que nous n’avons plus besoin d’aide !!! Et hop ! Comme ça ! Au revoir,
terminer. “Vous n’aurez qu’à aller consulter dans votre nouvelle région si dans 6 mois il n’y a toujours pas de grossesse”.
Je suis en colère.
Le 13 juillet 2023, nous voyons pour la première fois le Docteur D, celui qui nous permettra de te rencontrer ! Après la lecture de notre dossier, il nous explique que dans notre cas une FIV ICSI semble tout indiquée, mais il souhaite refaire quelques examens.
Par la suite, tout s’enchaine, nouveau spermogramme rencontre avec le Docteur L. Il nous dira schématiquement, qu’à nous deux, avec nos troubles, nous avons statistiquement une chance tous les deux ans de concevoir un enfant quand un couple normal à en moyenne entre 9 à 12 chances par an. Il nous explique en quoi consiste la méthode ICSI et semble vraiment confiant.
Rencontre avec la coordo de PMA le 20 octobre 2023, explication du protocole, comment faire les injections, conserver les produits... Je suis très positive, je le sais, cela va fonctionner, mais elle me rabâche qu’on n'en sait rien et cela m’agace.
Le 30 octobre 2023, nouveau cycle! Mais ... exceptionnellement tous les gynécologues sont en vacances, impossible de commencer un protocole. Nous sommes on ne peut
plus déçu. D’autant plus que depuis quelques mois, toute notre vie et son organisation tourne autour de notre parcours...
Nous refusons des invitations “au cas où”.
4 décembre 2023 , nouveau cycle, nouvel espoir !
Appel à la coordinatrice, et encore là,
PATATRAS... Il nous est impossible de commencer le protocole ce mois-ci car le laboratoire ferme en période des fêtes et la ponction tomberait en plein dedans...
Le 1er janvier 2024, nouveau cycle nous commençons donc enfin le 1er protocole et j’ai cette intime conviction que je répète à ton papa : à noël nous serons 3 !!
Je réagis très bien aux produits, un peu trop : hyperstimulation on diminue la dose. Je passe ces semaines à avoir quelques douleurs après les injections, à rire ou pleurer sans raisons ou alors dans des contextes inappropriés.
J’ai des douleurs au bas ventre, je prends également un peu de poids.
Le samedi 20 janvier est prévue la dernière injection,
l’ovitrelle, celle qui déclenche l’ovulation, mais à 16h mails du laboratoire et du docteur, nous stoppons tout.
Le taux est trop retombé, aller jusqu’à la ponction ne servirait à rien
nous n’aurions pas d’ovocytes de qualité. Je sombre. 15 injections pour rien.
Mon corps doit se remettre de cette stimulation, mais nous pourrons recommencer le prochain cycle si celui est OK.
Le 1er mars 2024 mon nouveau cycle, nouvelle tentative avec le traitement diminué dès le début.
Cette deuxième période de traitement est vraiment vraiment vraiment très difficile pour ton papa et moi. Cette fois je suis très agressive, à fleur de peau pour tout, parfois méchante. Tout cela me dépasse, comme les rires et les larmes mais cette fois c’est la méchanceté qui me gouverne, c’est horrible, je ne contrôle rien et ton papa, très solide, encaisse les coups...
Le 14 mars 2024... Mon bébé, je peux le dire, c’est jour-là que tu as été conçu. Bloc opératoire de la ligne bleue à 6h15, moi pour la ponction ovocytaire et ton papa à 7h15 au laboratoire pour le recueil de sperme.
9 ovocytes.
Je ressors quelques heures plus t**d en ayant avalé 2 dolipranes, 1 tramadol et l’information qu’il n’y avait, sur les 9 ovocytes que 5 de viables. J’ai peur pour la suite, presque la moitié déjà hors concours.
Lundi 18 mars au matin, je reçois un appel, nous avons perdu 2 blastocystes, il en reste 3 dont 1 de très bonne qualité (AA) et sauf changement, nous avons rendez-vous le lendemain à 14h au laboratoire PMA.
Mardi 19 mars 2024 à 14h30, plus de 3 ans après, mon bébé tu es enfin là, au creux de mon ventre. Il faut attendre 2 semaines pour faire la prise de sang qui confirmera que je suis bien enceinte. Ce jour-là nous apprenons qu’un autre blastocyste s’est bien
développé et qu’il sera cryogéniser, un AB.
Nous attendons ce qui nous semble être les
jours les plus longs de notre vie, ce qui est ridicule au vu de ces dernières années. Nous essayons de ne pas trop y penser, mais surtout de rester lucides ; tout peut arriver.
Et le 27 mars 2024 très tôt le matin je me réveille avec une douleur atroce dans le bas ventre.
Urgences gynécologiques, après des heures sous perfusion de tramadol, d’acupan, des examens qui ne montrent rien aux images, j’apprends que je suis bien enceinte, que tu t’es accroché. On me propose de la morphine, ce que je refuse sachant que tu es là.
Finalement cela se terminera en opération. Verdict double torsion de la trompe droite, torsion de l’ovaire droit et début d’hémopéritoine.
Mais tu es là. Tu t’accroches. Et à Noël, nous serons 3.
3 ans 10 mois;
16 consultations
8 examens spécifiques
5 spermogrammes et spermocultures
61 piqures dans mon corps
1 opération
2000 kilomètres
1 enfant