02/03/2026
Bonsoir à toutes et tous,
J’aime beaucoup cette période : l'approche du printemps. C’est pour moi l’occasion de me remettre en contact avec l’émerveillement. La bonne nouvelle, c'est que l'émerveillement est une faculté qui ne vieillit pas. Nous pouvons nous émerveiller à tout âge, même aux derniers instants de notre vie. Et la nature nous en offre de très nombreuses possibilités tout au long de l’année. Les rencontres, aussi.
L’émerveillement élargit les sens, ouvre le cœur, décille le regard, détend profondément le corps et surtout, il fait renaître l’Espérance lorsqu’elle s’est émoussée ou nous a quitté. Une Foi dans la Vie qui, malgré un état du monde et de la planète assez détériorés, continue de se renouveler chaque année à cette époque. C’est une ode à la vulnérabilité de l'éclosion, à l’humilité face à ce qui nous dépasse, à l'ouverture à de nouvelles possibilités, au jaillissement de la vie que nous pouvons ainsi célébrer.
C’est alors que nous pouvons nous ressaisir et nous (re)penser comme les véritables créateurs de notre vie et non les victimes endormies par un système oppresseur qui tente (illusoirement) de s’auto-convaincre de son omnipotence. Or, ce mouvement, ce sursaut découle d’une volonté farouche de rester un être humain conscient et vivant, certes confronté à des épreuves et des drames, mais un être humain qui ne se laisse déposséder ni de son libre-arbitre, ni de sa liberté, ni de son imaginaire, ni de ses rêves, ni de ses décisions, ni de ses émotions, ni de ses aspirations, ni de sa créativité, ni de sa sensibilité, ni de sa poésie, ni de ses richesses, ni de sa tendresse, ni de ses amours... Mais si c’était aussi facile et qu'il suffisait de le décréter pour que cela soit, sans doute n’en serions-nous pas là, tantôt découragé, tantôt frustré, tantôt triste ou déprimé, ou un peu tout à la fois…
Il est vrai que nous sommes — pour beaucoup — plus ou moins traumatisés, dans une société elle-même traumatisée (guerre, violence, massacres, viols, performance, compétition, diktats, injonctions...) et traumatisante (notamment via les médias qui vomissent toutes ces violences sans discernement). Le traumatisme ne fait pas seulement souffrir, il altère notre capacité à penser et à sentir. Il nous isole car il a fait effraction dans notre humanité, dans notre intégrité, dans notre corps, comme dans notre psyché et rend menaçante l’altérité même. Selon la façon et le degré dont nous avons été atteint, meurtri, abîmé, notre perméabilité à la peur autant que notre capacité de résilience ne sont pas les mêmes. La résilience ce n’est pas la capacité à tenir seul. Ça, nous arrivons à peu près à le faire, nous avons bien appris à nous débrouiller tout seul, à faire semblant, à serrer les dents, à courber le dos, à déporter le regard, à nier nos besoins et à nous taire alors que cela crie si fort en dedans.
La résilience, c’est la possibilité de retrouver du lien, avec soi, avec les autres, avec le vivant, avec ce qui est plus grand que nous parce qu’un autre a su apprivoiser nos défenses avec délicatesse, présence, douceur, lenteur et patience. Qu’il soit humain, fleur, papillon, rayon de soleil ou brin d’herbe. C’est à cet endroit que l’émerveillement intervient. Il est comme une clé magique qui ouvre au sensible, à la beauté, à l’authenticité. Il nettoie nos lunettes et désembue nos regards, il déchire le voile gris qui assombrissait notre cœur, il panse nos blessures profondes et permet de tendre la main et d’en rencontrer une autre.
Et cela est encore plus fort lorsque nous pouvons nous émerveiller ensemble. Nous sommes alors traversé d’une émotion d’une grande profondeur qui vient déposer un doux baume sur des endroits mutilés et nous permet de reprendre notre bâton de pèlerin de la vie et de poursuivre notre propre chemin.
Ce sont des moments précieux comme ceux-ci que l’on peut vivre en thérapie, en atelier, en groupe, en formation. Des moments d’humanité, de sensibilité, d’authenticité, de bonté, qui nous rendent plus forts et plus vaillants et nous permettent de nous (re)déployer dans notre puissance et notre rayonnement.
A bientôt
Carlotta