13/12/2025
Les Retrouvailles
Il existe, au-delà des gestes et des décisions, un lieu que rien ne peut abîmer :
Le lieu des retrouvailles.
Nous croyons souvent que les retrouvailles sont un retour vers l’autre.
Mais elles sont d’abord un retour vers soi,
vers cette part intérieure qui n’a jamais cessé de savoir,de sentir,et d’aimer.
Dans ce monde secoué par la peur,
où l’on tranche parfois trop vite,
où l’on prétend protéger en fermant,
les retrouvailles apparaissent comme un passage secret,une porte qui s’ouvre de l’intérieur.
Ce sont les retrouvailles avec la douceur,
celle que nous avions déposée quelque part sur le bord du chemin, quand la vie nous a demandé d’être forts avant de nous demander d’être vrais.
Ce sont les retrouvailles avec la présence,
cette manière d’habiter le monde sans se contracter,de respirer sans se défendre,
de regarder les êtres humains, bêtes, arbres, fleurs sans les réduire à des fonctions ou des dangers.
Ce sont aussi les retrouvailles avec le vivant,
celui qui se tient devant nous dans une vache tranquille,dans une prairie qui attend la pluie,
dans un souffle qui n’appartient à personne.
Retrouvailles avec ce lien ancien,
si ancien qu’il a été oublié,
et pourtant si proche :
La fraternité silencieuse qui unit tout ce qui respire.
Et puis, doucement, viennent les retrouvailles avec le sacré.
Non pas un sacré lointain, exalté, réservé aux élites du spirituel,mais un sacré simple,
posé dans le cœur comme une source profonde.
Un sacré qui murmure :
« Tu n’as jamais été séparé.
Tu ne fais que revenir à ce que tu es. »
Les retrouvailles ne réparent pas le monde d’un seul geste.
Elles réparent d’abord le regard.
Elles restaurent la capacité d’écouter,
d’accueillir,de marcher sans arme à la main.
Elles réapprennent la lenteur essentielle
qui permet de discerner entre la peur et l’amour.
Et lorsque deux êtres se retrouvent :
un humain et un autre humain,
un humain et un animal,
un humain et lui-même,
c’est tout le tissu du monde qui respire un peu mieux.
Une déchirure se referme,
une séparation se dissout,
un chemin perdu réapparaît sous les pieds.
Alors peut-être que le changement ne commencera pas par les lois,
par les protocoles, par les décisions imposées.
Peut-être qu’il commencera
là où se vivent les véritables retournements :
dans le cœur de ceux qui acceptent de revenir à la tendresse,à la conscience,l'écoute.
Car les retrouvailles ne sont pas un événement.
Elles sont un mouvement.
Un retour constant vers la lumière que nous avions oubliée.
Un retour vers la vie que nous ne savions plus honorer.
Un retour vers soi et par soi,
vers tous les autres.
Sakatori