13/12/2025
🎭 Se découvrir après des années de masking : pourquoi c’est si difficile de savoir qui on est vraiment?
Recevoir un diagnostic d’autisme à l’âge adulte, c’est un peu comme allumer la lumière dans une pièce où l’on a toujours vécu dans la pénombre. On reconnaît soudain les formes, les couleurs, les obstacles… mais on ne sait plus très bien où se placer, ni même qui on est vraiment dans cet espace enfin éclairé.
Pendant des années (des décennies pour ma part) on a appris à s’adapter, à se fondre, à observer, à copier. Non pas par stratégie consciente, mais parce que c’était la seule façon de survivre dans un monde où notre fonctionnement n’était pas compris. C’est ce qu’on appelle le masking. Et ce masquage permanent laisse une empreinte profonde : il devient tellement automatique qu’il finit par se confondre avec notre identité.
🤝 Vivre en miroir : quand l’identité se construit sur les autres!
Pendant longtemps, je n’ai pas su que mon comportement changeait selon les personnes. Tout semblait “normal”, jusqu’à ce que je réalise que je n’étais jamais réellement la même. Je devenais :
plus silencieux avec certaines personnes,
plus bavard avec d’autres,
plus sérieux, plus drôle, plus discret ou plus expressif selon ce qu’on attendait de moi.
Je ne jouais pas un rôle : j’étais un caméléon émotionnel. Sans m’en rendre compte, je me calquais sur les codes sociaux autour de moi pour éviter la différence, la critique, le rejet.
Le problème, c’est que lorsque l’on passe une vie entière à s’ajuster, à copier et à éviter de “déranger”, on ne développe pas vraiment le réflexe de se demander :
Et moi, qu’est-ce que j’aime ? Qu’est-ce que je veux ? Comment je fonctionne réellement ?
Ces questions arrivent souvent pour la première fois… après le diagnostic.
Une identité “incomplète” parce qu’elle a été construite à l’extérieur
Le masking agit comme une peau supplémentaire : on finit par ne plus savoir où s’arrête ce que les autres attendent de nous et où commence notre propre personnalité.
Quand le diagnostic arrive, il révèle soudain l’écart entre :
➡️la personne qu’on a appris à être pour correspondre,
➡️ la personne qu’on a toujours été, bien cachée, silencieuse, ignorée.
On découvre que nos goûts, nos réactions, nos manières de penser étaient souvent des adaptations. Que nos “qualités” étaient parfois des efforts surhumains. Que nos “défauts” étaient des signes non reconnus de notre neurodivergence.
Cette prise de conscience fait tomber des murs, mais elle laisse aussi un grand vide : si je retire le masque… qu’est-ce qu’il reste ?
Le diagnostic n’apporte pas toutes les réponses… il pose surtout de nouvelles questions
Quand on est diagnostiqué enfant, on apprend parfois à se connaître en même temps qu’on grandit.
Quand on est diagnostiqué adulte, on doit reconstruire une identité sur des fondations qui n’ont jamais été les nôtres. Et ça, c’est vertigineux.
On réalise que :
➡️beaucoup de choix (études, travail, relations) étaient dictés par la volonté de “faire comme il faut”,
➡️nos réactions émotionnelles étaient souvent étouffées pour ne pas déranger,
➡️notre fatigue sociale chronique était un signal ignoré,
➡️nos besoins sensoriels ont été camouflés,
➡️notre personnalité a été filtrée à travers les attentes sociales.
Se redécouvrir demande donc d’apprendre ce que personne ne nous a jamais enseigné : vivre sans se suradapter.
Savoir qui on est vraiment après des années de masking, c’est comme apprendre une langue qu’on aurait dû parler depuis l’enfance. On comprend certaines choses très vite ; d’autres demandent un véritable réapprentissage.
Cela implique :
🩵d’identifier ses vrais besoins (sensoriels, émotionnels, relationnels),
🩵d’explorer ses propres goûts sans se censurer,
🩵de tester de nouveaux comportements plus authentiques,
🩵de tolérer l’inconfort d’être perçu différemment,
🩵d’affronter la peur du rejet qui a façonné tant d’années de sa vie.
C’est un processus qui demande du courage — mais aussi beaucoup de douceur envers soi-même.
💛 Le masking a longtemps été un mécanisme de survie. Et il a rempli son rôle : il nous a permis d’avancer dans un monde pas toujours adapté. Mais aujourd’hui, il ne s’agit plus de survivre : il s’agit d’apprendre à exister, enfin, sans s’effacer.
Découvrir qui l’on est vraiment après des années de camouflage n’est pas simple, mais c’est une aventure profondément libératrice. Petit à petit, on apprend à reconnaître cette voix intérieure qui a été étouffée. On lui fait de la place. On l’écoute. Et un jour, elle finit par se faire entendre.
Ce n’est pas une transformation. C’est un retour à soi aussi compliqué qu'il peut être.