05/04/2026
5 avril 2026
Deux petits seins presque œufs sur le plat et un fessier affaissé ne la rangeaient pas dans la catégorie des déesses aux formes exquises. Non, le charme gigotait ailleurs.
Fallait voir. La façon qu’elle avait, de balancer, brusquement, la frange rebelle de son front, d’un coup sec de la tête, comme çà, malicieuse au diable, dégageait d’elle, une aura irrésistible.
Il est vrai que la nymphe arborait arguments. Les cheveux, blonds vénitiens, coupe Jeanne d’Arc, encadraient un visage angulaire aux traits délicats. Deux phares bleus aux auvents noirs et fins scintillaient au milieu de cette face d’ange. Elle effectuait, actrice de son cinéma muet, avec une telle spontanéité, le geste, que l’interlocuteur se pâmait au mouvement de sa figure radieuse.
C’était sa manière à elle, inconsciemment, d’augmenter le désir de l’autre, d’occuper l’attention sans prendre le micro et s’égosiller dedans. Elle aimait être convoitée, quoi de plus naturel ?
Je fus fan de ses lèvres cœur, dessinant une bouche fine, qui, lorsque qu’elle riait aux éclats, découvraient, une rangée de dents au milieu desquelles s’était glissé la chance.
Je ne lui ai pas dit mon penchant pour son minois. Elle n’était pas sotte. Elle l’avait deviné. Il n’y avait qu’à voir mon air idiot quand elle utilisait son atout maître, risette.
Je lui composais un acrostiche. L’inspiré évoquait son âme, c’est tout. Elle l’a aimé, a osé me le dire. Ce fut mon unique joie spirituelle avec elle.
Elle s’appelait. Je ne sais plus. Comme Bourvil, il n’a pas de nom, mon petit bal perdu. Ce que je me souviens, nos longues conversations que nous eûmes sur le sens de la vie. Nous partagions le beurre de la même tartine, être libres et restés, émerveillés. Elle assumait son casse-croûte, intermittente du spectacle. Elle bossait avec les chiffons, je crois, costumière. .
Je trouve toujours des alibis pour faire le fanfaron, moi. Aujourd’hui, ce fut elle parce que sa frimousse est venue se coller à la paroi de ma mémoire, sensible. Les mots, pas cons, ont utilisé l’apparition pour activer les lignes de l’introduction dominicale.
C’est un peu facile, direz vous. Je ne milité pas pour l’architecture compliquée. Une rampe imite un palais. Je suis. Je raconte.
- « Ah, t’es un bizarre » me lança la charmante. « Les autres mecs cherchent à me mettre au fond de leur lit, toi, non. ». Je répondis, tac au tac « le non, je me le fournis moi-même ». Elle éclata de rire pour mon ravissement.
Bon, la coquette n’avait pas tort. Je glaviote de l’étrange. Une intruse occupe ma calebasse. La prétentieuse veut faire sortir de mes neurones, le meilleur de ma personne.
Je me suis assoupli sous ses foucades. J’ai sorti d’un coup pied de ma tête, les imbécilités que génèrent l’affect, la convoitise, les honneurs, la gloire et autres calembredaines de la société ancienne ou moderne. Je mes suis mis en retrait du monde marchand.
J’honore dimanche. J’arrange mon charabia en langue poétique. Je taille mes haies, insiste sur leurs parfums. Je vous envoie les dernières compositions du jardin, nées à cheval entre mars et avril.
**************************************
FICHU DE PAILLE
Je suis immunisé contre la gloire. Aucune carotte ne motive mon comportement. Je ne cherche aucune récompense, qu’elle soit matérielle ou morale. Je traverse ce passage que pour éprouver jusqu’à l’os de la chair le vital de l’existence. Fait pour l’oubli, j’exige l’oubli !
Vie réussie, à mon sens n’est que s’extirper du jeu emberlificoté de la pensée, d’être entièrement tourné vers l’émotion et la sensation, d’écarter de soi le maléfice de la possession, d’accompagner ce monde en sa mystique et non de le vouloir à sa portée afin de le rabaisser qu’à une somme d’intérêts médiocres.
Je ne suis que fichu de paille dans un pré de grand vent.
***
SOIR
Le soir gravit
la nuque du jour
Il prépare la nuit
****
AVAL
Et je suis un peu vous
et tout autre
Je caracole saoul
au cou d’un cheval fou
J’avalise l’infini
***
TRÈFLE
Elle accrocha
sur son chandail rouge
un pin’s représentant
un trèfle
Ça l’a prise d’un coup
lors d’une saute d’humeur
pour savoir qui verrait
ce nouveau détail dans sa tenue
Personne ne lui fit la remarque
Je le vis Je lui dis
« Ça ne compte pas
tu es poète »
L’aède n’est pas grand chose
au salon du paraître
Son sens de l’observation
ne vaut rien
un peu comme une bicyclette
au sommet de l’Everest.
***
CORPS ET ÂME
Mon âme suit mon corps
où est-ce le contraire ?
Je ne saurais vous le dire
Ce que j’essaie
est d’unir les deux
pour rendre compte
du territoire de mes songes
***
JUSTIFICATION
Combien de livres ai-je lu dont une seule phrase justifiait l’édition ?
Serge Mathurin THÉBAULT