17/03/2026
Et si la querelle des modèles dissociatifs (dimensionnel versus structurel ) passait complètement à côté de l'essentiel ?
Il existe deux grandes conceptualisations de la dissociation, et pour ma part, j'utilise les deux parce que chacune répond à un besoin différent, dans un contexte différent, avec une fonction bien distincte.
Le modèle dimensionnel, continuum des phénomènes dissociatifs, conceptualise la dissociation comme un spectre allant des expériences les plus ordinaires jusqu'aux formes les plus pathologiques (Bernstein et Putnam).
Ce modèle, je l'utilise lorsque je veux créer des ponts, lorsque je cherche à faire comprendre ce qu'est le Trouble Dissociatif de l'Identité à des personnes qui n'en ont pas. Parce qu'il permet de trouver des exemples concrets, des expériences que presque tout le monde a traversées un jour (conduire en pilote automatique, déconnexion de soi après un choc...)
Ces points d'accroche créent un fil commun, une porte d'entrée pour commencer à parler, à expliquer, sans que l'interlocuteur se retrouve d'emblée face à quelque chose d'entièrement étranger à lui. C'est un outil de médiation, un pont entre deux mondes que tout semble séparer.
Mais c'est la Théorie de la Dissociation Structurelle de la Personnalité, dissociation d'origine traumatique (TDSP : Van der Hart, Nijenhuis et Steele) qui m'a le plus profondément permis de me comprendre. C'est elle qui a donné des mots à ce que je vis à l'intérieur de moi, qui a validé, nommé, verbalisé des réalités que je vivais.
Le modèle du continuum est pertinent pour parler de la dissociation en général, tandis que le modèle structurel représente et explique le fonctionnement propre du TDI dans toute sa complexité selon moi. Ce sont deux réalités qui partagent une base commune, certes, mais le TDI implique une fragmentation structurée de la personnalité en parties distinctes, chacune pouvant avoir ses propres états, mémoires, affects, perceptions du monde.
Il existe des conflits vifs entre professionnel.les sur ce sujet : certain .es ne croient qu'en l'un des modèles et rejettent l'autre avec force.
Je trouve cela non seulement contre-productif, mais surtout dommageable pour les personnes concernées. Parce que la vraie question n'est pas de savoir quelle théorie a raison dans l'absolu, c'est laquelle est la plus représentative de ce que vivent réellement les personnes avec TDI.
Et cette primauté-là n'appartient pas aux clinicien.nes, ni aux chercheurs et chercheuses. Elle appartient aux personnes elles-mêmes.
Si vous accompagnez des personnes ayant un TDI, faites-leur de la psychoéducation sur ces deux modèles. Laissez-les s'approprier ces concepts, les explorer.
Et laissez-les vous dire, à partir de leur propre réalité intérieure, ce qui est le plus parlant, le plus juste, le plus proche de ce qu'elles vivent. La personne concernée est la plus à même de dire si une théorie est représentative de son vécu. Et c'est de là que doit commencer tout accompagnement.