23/04/2026
Redonner de l'agentivité aux personnes qu'on accompagne, c'est le cœur du soin des traumatismes complexes.
J'ai fait beaucoup de prises de parole publiques. Certaines me rendent fière. D'autres, je les regrette. Je ne les révoque pas pour autant : chacune correspond à un moment de mon évolution, à ce que je pouvais comprendre et accepter à l'instant T.
Certaines fois, mes soignantes m'ont mise en garde et je n'étais pas en mesure d'entendre. Je ne mesurais pas encore certaines choses. Aujourd'hui oui, et c'est précisément parce que je suis passée par là. Ces prises de parole m'ont construite, elles sont devenues le savoir expérientiel que je transmets aux personnes paires que j'accompagne.
Mes soignantes n'ont jamais décidé à ma place. Elles sont restées dans leur rôle : m'aider à mesurer les risques et les conséquences, m'éclairer sans me dire quoi faire ni quoi dire. M'aider à réfléchir. Ça a été extrêmement aidant.
Cette posture, je la dois à des professionnelles qui avaient compris l'essentiel : dans mon histoire, comme dans celle des personnes que j'accompagne, il y a des mécanismes d'emprise et de contrôle coercitif. Quand on a grandi là-dedans, on vous a arraché le pouvoir de décider. Le soin consiste à vous le rendre. Un psy qui décide à la place d'une patiente si elle est prête ou non à témoigner reproduit exactement le mécanisme qu'il est censé aider à défaire.
Une autre règle vitale : for interne et for externe ne se mélangent pas. Je ne témoigne JAMAIS aux côtés des professionnelles qui me suivent en thérapie. La psychothérapie doit rester un espace neutre et safe. Témoigner en binôme avec sa soignante, c'est prendre le risque de créer des conflits qui compliquent ou mettent fin au travail thérapeutique.
Une personne concernée qui souhaite témoigner doit le faire avec des professionnels qui ne la prennent pas en charge. Avertir sans prescrire. Accompagner sans se substituer. C'est cette logique qui fait la différence entre réparer une emprise et la rejouer sous un autre visage.