14/01/2026
La crainte du silence et de la présence corporelle
Lors d’une séance de massage, en général, le silence s’installe.
Cela peut prendre du temps, notamment lorsque nous arrivons avec la tête pleine. Nous avons besoin de parler et de laisser un flot de paroles sortir de nous.
Peut-être que, de façon plus ou moins consciente, parler nous empêche aussi de nous laisser aller totalement :
- parce que le silence nous fait peur
- parce que nous sommes divisé.e : le toucher nous attire... mais nous fait peur aussi
- parce que nous avons toujours fait comme cela lors des séances de massage avec d'autres praticien.ne.s, parfois eux ou elles-mêmes peu à l'aise avec le silence.
Les masseuses et masseurs normalement formé.e.s, ou qui ont de l'expérience, savent qu'un massage qui commence à la tête, en particulier dans la région frontale, devrait apaiser les mentaux les plus excités. Parfois une parole, un défi ("Je vous propose une expérience : on va essayer de ne rien dire pendant une minute") sont précieux également. Enfin, l'entretien préalable au massage, que je pratique systématiquement en début de séance, est une occasion d'exprimer les pensées, les états intérieurs, les émotions avant la séance.
Pourquoi souhaiter le silence pendant le massage ?
Parce que si le silence peut inquiéter, l'enjeu en vaut la chandelle dans le bruit du monde ambiant, amplifié et démultiplié par les moyens de communication, auxquels tout un chacun peut avoir librement accès.
Dans le silence du corps et de l’esprit, on découvre en effet une profondeur insoupçonnée et la séance peut devenir une occasion d’observer ce qui se passe dans l’esprit. Cela peut être nouveau, agréable mais aussi plus ou moins inquiétant.
En effet, dans son fonctionnement quotidien, mises à part les périodes où nous le concentrons sur une tâche précise, le mental est comme un miroir sur lequel tout se reflète. Libéré de la contrainte matérielle, il va où il veut comme le vent.
Nous nous sommes habitué.es à ce fonctionnement automatique dans lequel "on est pensé.e" par ce mécanisme automatique, au moins autant qu'on ne pense.
C'est la triste et commune réalité humaine d'aujourd'hui.
Où en sommes-nous chacun.e en lisant ces lignes ?
La bonne nouvelle du toucher :
au cours d'un massage, le fait que le corps soit touché limite la capacité de l’esprit de vagabonder à sa guise, de façon automatique. Pour une part, toucher le corps calme le mental. Le toucher dirige l'attention, l'esprit vers le présent. je parle là du présent au moment de la séance : pas le présent d'avant la séance, ni la crainte des moments après. Non : juste là, "Hic et nunc" (ici et maintenant) comme disaient les épicuriens de l'antiquité et les sophrologues des premiers temps.
Chaque massage, reçu de façon consciente, devient alors une porte à ouvrir, une invitation à s’installer pleinement dans un espace intérieur au sein duquel tout - sensations corporelles, ressentis émotionnels et pensées - peut être amené à la conscience.
Pour la masseuse ou le masseur, il est important de regarder la personne, d'observer son visage, son front, ses yeux, il est important de lui demander comment elle va, comment "ça se passe". Cela peut l'aider à adapter son massage.
Cela peut aussi aider la personne massée à s'habituer au silence et à voir que ce n'est pas dangereux pour elle.
Alors le grand repos, celui qui attend toujours de se donner à vous, lorsque vous êtes stressé.e, est là.
Il arrive comme la récompense inattendue.
Il se donne à vous et vous êtes bien.
Lavoieducorps.com