03/02/2026
Chandeleur : fête des chandelles : Allumer la bougie de l’autel.
Vivons-nous, dans la lumière ou dans l’obscurité ? S’agit-il de se débarrasser de nos illusions pour parvenir à la lumière ? Quelles illusions ? Celle de la séparation, celle de notre arrogance de penser que notre vie ne dépend que de nous ; illusion de la permanence continue, alors que notre vie est flux et impermanence… Pour maître Dôgen, nous vivons dans la réalité entière, lumière et illusion ; la Voie du Bouddha n’est pas d’aller vers la lumière, mais de voir notre obscurité.
La lumière et l’obscurité, autrement dit l’illusion et l’Éveil, sont-ils des polarités contraires qui doivent lutter l’une contre l’autre, ou bien les deux faces d’une même pièce ? En fait, la lumière n’existe que par rapport à l’obscurité, et ce qui fait voir l’obscurité, c’est la lumière. Exactement comme la lumière de la Lune illumine la Terre. Dans la nuit, voyons l'illumination comme une lumière rayonnante qui éclaire les illusions partout et toujours. Cette lumière radieuse pénètre et dévoile les profondeurs et les dimensions de l'illusion (nature humaine, condition humaine) qui jusque-là n'étaient pas vues, étaient inconnues ou insondées. Les pratiquants spirituels deviennent alors conscients de leurs propres angoisses, doutes et ambiguïtés, émotionnels, existentiels et moraux.
Plus il y a de lumière, plus l'obscurité est profonde et plus l'étendue de l'obscurité se révèle. Nous pouvons en faire l'expérience lorsque nous allumons une lampe dans les ténèbres.
Maître Dôgen enseigne : « Rien de caché dans l'univers entier ». Ceci ne veut pas dire que la lumière efface les ténèbres et que par conséquent des choses jusque-là cachées deviennent visibles, mais qu’à l'origine, rien n'est caché et que donc la lumière n'a pas besoin de faire disparaître les ténèbres.
C’est contre-intuitif, car on se sert de la lumière pour faire disparaître l’obscurité, pour nous débarrasser de nos peurs, en quelque sorte… Plus nous entrons profondément dans l'illumination, plus nous nous considérons clairement nos fragilités et limites. Nous ne devenons pas plus « illusionnés » que nous ne devenons « illuminés », puisque nous sommes à la fois illusionnés et illuminés.
Quelle merveilleuse lumière que celle de la Lune ! Elle illumine sans éblouir, d’une lumière douce et qui pourtant révèle. La lumière de la Lune brille et éclaire l'obscurité nocturne, comme une brillante lucidité éclairant notre obscurité/illusion/ignorance. La lumière de la Lune se reflète dans la plus petite goutte de rosée, ou dans les vagues de l’océan, et lorsque les vagues s’agitent, la Lune n'en est pas affectée. C’est une métaphore de la lumière de nos consciences éclairées. Cette lumière de la Lune (symbolique de l’émotionnel) est parfois obscurcie par les nuages, mais en fait, elle reste toujours là et nous permet de mieux voir (lucidité). On pourrait avoir l'illusoire idée qu'il faut chasser les nuages à coups d’efforts spirituels et qu'à ce moment-là, la lumière brillera sans cesse, que notre lumière intérieure dissoudra définitivement nos afflictions !
Plus que d’aller vers la lumière, la Voie spirituelle commence par voir clairement notre obscurité.
En fait, entre lumière et obscurité, c’est un dialogue, pas un combat. Comprenons, réalisons, cette non-dualité : lumière et obscurité ne sont pas deux et l’un ne peut exister sans l’autre (Unité). Dans la lumière, il y a aussi l'obscurité, mais ne la voyons pas comme obscurité. Dans l'obscurité, il y a aussi la lumière, mais ne la voyons pas comme lumière.
Vivant en unité dans le cosmos entier, nous n’avons ni à perdre ni à gagner.
« Dans la lumière, il y a aussi l’obscurité », dit un vers d’un vieux poème chinois (le Sandokaï).
« Comme le reflet de la lune dans l'eau, la lune n'est jamais mouillée, l'eau n'est jamais troublée. Bien que la lune soit une vaste et grande lumière, elle se reflète dans une goutte d'eau. La lune entière et même le ciel entier sont réfléchis dans une goutte de rosée sur un brin d'herbe .../… La lune et le ciel tout entiers sont à l'aise dans une goutte de rosée. »
Maître Dôgen dans le Genjokoan