20/12/2025
De nos jours, c’est un phénomène sociétal qui concerne jeunes et vieux, mais les enfants et adolescents s’y livrent avec une insouciance apparente confondante : lorsqu’on les croise sur un trottoir, ils ne dévient pas de leur trajectoire à notre passage.
Comment expliquer cela ? On peut utilement mobiliser les travaux d’Edward T. Hall sur la proxémie, c’est-à-dire la manière dont les individus organisent inconsciemment l’espace autour d’eux.Traditionnellement, marcher sur un trottoir impliquait une négociation implicite de l’espace, une anticipation de l’autre,un léger déplacement corporel réciproque (micro-ajustement). Or, chez beaucoup de jeunes aujourd’hui, on observe une non-négociation de l’espace partagé : « Je suis là, je continue, à l’autre de se pousser. » L’espace public n’est plus vécu comme relationnel, mais comme un couloir individuel. Il ne s’agit pas d’un simple manque de politesse, mais d’une « egocentration » incarnée, plus perceptive que volontaire : l’espace devient une extension du Moi, non un espace commun, l’autre est perçu t**divement, parfois seulement au moment de l’impact potentiel. L’hyper-connexion (smartphone, écouteurs, scroll permanent) contribue à ce phénomène, par réduction drastique de l’attention périphérique,dissolution du champ social immédiat, instauration d’une sorte de bulle perceptive. Le trottoir devient un décor traversé, non un espace partagé. L’autre est une interférence, pas un sujet.
Que faire ? La question éducative n’est pas de « réapprendre la politesse » au sens moral, mais de réintroduire du tiers, du commun et du perceptif dans des corps devenus trop autocentrés. En réintroduisant notamment très tôt des microcodes explicites là où régnait l’implicite, et en encourageant les activités qui exigent une coordination spatiale avec autrui (sports collectifs, danse, théâtre, arts martiaux). Mais ne faudrait-il pas d’abord nous remettre en question lorsque nous transmettons aux jeunes nos propres incivilités ?