22/03/2026
Dans nos villes, les tags prolifèrent.
Signatures cryptées, slogans, insultes, messages codés…
Ils agacent, dégradent, inquiètent parfois.
Beaucoup de ces inscriptions sont le fait de jeunes hommes.
Et si certains garçons écrivaient sur les murs ce que d’autres adolescents inscrivent sur leur peau ?
Chez les adolescentes, l’expression de la souffrance passe souvent par le corps :
scarifications, troubles alimentaires, attaques contre soi.
Chez les garçons, elle trouve plus volontiers des voies où le corps devient vecteur d’actions extériorisées :
passages à l’acte, conduites à risque… ou marquage de l’espace.
Le tag devient alors :
• une trace laissée dans un monde où l’on se sent invisible,
• une tentative d’exister aux yeux des autres,
• une appropriation d’un territoire quand on ne se sent chez soi nulle part,
• une signature identitaire à défaut de parole possible.
C’est une écriture qui dit :
« Je suis là »
« J’existe »
« Je laisse une trace »
Bien sûr, il ne s’agit pas de romantiser la dégradation de l’espace public.
Ni de réduire les différences filles/garçons à des caricatures.
Mais peut-être de rappeler ceci :
Quand les mots manquent,
le corps propre ou le corps social deviennent des surfaces d’inscription.
La peau ou le mur.
Deux lieux pour tenter de déposer ce qui ne peut se dire.
Lorsque le tag est calligraphié, les lettres se tordent, s’imbriquent, explosent, débordent du cadre.
L’écriture bascule vers le dessin — une esthétique du geste, jamais neutre :
rapide, clandestin, sous tension.
On y voit la fulgurance, l’urgence, parfois la précipitation —
comme si la limite elle-même faisait partie de l’œuvre.
Souvent relégué aux marges, sur des friches ou des espaces abandonnés,
comme pour exister là où plus personne ne regarde ou ne vit.
Reste alors une question collective :
que faisons-nous de ces traces ?
Les effacer est nécessaire lorsque l’espace commun est dégradé.
Mais effacer ne suffit pas.
Car derrière ces marques, il y a moins une volonté de nuire
qu’un besoin de s’inscrire.
Peut-être nous faut-il alors penser des lieux, des cadres,
où cette énergie puisse se transformer —
passer de la trace clandestine à une forme d’expression reconnue.
Non pour tout autoriser, mais pour offrir à certains jeunes d’autres surfaces que le mur brut où éprouver leur existence.
social