26/01/2026
« Être psy, c’est juste écouter… »
Non pas vraiment.
« Être psy, c’est écouter. »
C’est ce qu’on entend souvent.
Souvent avec un sourire. Parfois avec légèreté. Comme si c’était simple. Comme si ça ne demandait rien.
Comme si écouter, c’était juste tendre l’oreille…
Mais écouter, ce n’est pas juste entendre des mots.
Vous pensiez peut-être à une oreille attentive, à une discussion posée,
à quelqu’un qui hoche la tête, à base de « mh mh ».
Mais être psy, ce n’est pas écouter des histoires. C’est écouter des vies parfois fracturées, les accueillir et les contenir, en direct. Et les aider à comprendre, cicatriser, avancer. Retrouver l’équilibre.
C’est écouter ce patient qui n’a pas pu sauver un enfant renversé sur la route, et qui revit cette scène sans répit.
Qui répète :
« J’aurais dû. »
« C’est ma faute. »
Alors que, rationnellement, non.
Mais émotionnellement, la culpabilité est une tentative de reprendre le contrôle sur l’incontrôlable.
C’est écouter cette patiente qui raconte les attouchements, l’inceste qu’elle a subis. Et entendre la confusion, la honte, la dissociation. Le corps qui se fige pendant qu’elle parle. Dans le trauma, le récit n’est jamais linéaire.
Le psy écoute ce qui est dit, mais aussi ce qui se bloque, ce qui déborde, ce qui revient en flashs ou par fragments.
C’est écouter cette femme qui décrit la température de la pièce, l’odeur du formol, le bracelet autour du poignet de son mari. Et rester là. Présente. Stable.
Parce que, dans le deuil traumatique, le cerveau cherche à fixer le réel pour ne pas sombrer.
C’est écouter cette patiente qui dit :
« Je me déteste. Je suis qu’une m***e. J’ai envie de me faire du mal. J’ai peur de ce que je pourrais faire. »
Et ne pas paniquer. Ne pas moraliser.
C’est écouter ce patient qui se pique là où personne ne regarde. Entre les orteils. En cachette. Dans la survie. C’est entendre cette régulation émotionnelle désespérée, sans réduire la personne à son symptôme.
C’est écouter cet adulte qui dit :
« J’ai tout pour être heureux, mais je ne ressens rien. » Et entendre des besoins jamais reconnus, un attachement insécure, une hypervigilance depuis l’enfance. Être témoin d’un système émotionnel qui confond passé et présent.
C’est écouter cette patiente qui explique, encore, qui s’épuise à poser ses limites à sa famille et qui n’est jamais entendue. La voir s’en vouloir de dire non, de s’écouter. Et voir aussi à quel point ne pas être entendu peut être aussi violent qu’une agression.
Écouter tout cela, sans corriger, sans écourter ni presser le récit, sans détourner les yeux.
Ce n’est pas passif. C’est mobiliser des connaissances cliniques, réguler ses propres émotions, maintenir un cadre sécure.
Alors oui, être psy, c’est écouter.
Mais écouter ça.
Jour après jour.
Avec humanité.
Avec rigueur.
Avec responsabilité.