01/04/2026
Et si le problème n’était pas le problème ?
En lisant « Thérapie existentielle » de Irvin D. Yalom, je me suis fait une réflexion simple… presque dérangeante :
Et si certaines souffrances que l’on cherche à faire disparaître… étaient en réalité des passages obligés ?
Dans notre culture, on a tendance à considérer l’angoisse, le doute, le vide… comme des anomalies.
Quelque chose qu’il faudrait corriger, apaiser, faire taire.
Mais Yalom propose un autre regard.
Il nous rappelle que certaines angoisses ne sont pas des “troubles”…
mais des réponses profondément humaines à des questions incontournables :
Le fait que nous allons mourir
Que nous sommes libres… et donc responsables de nos choix
Que, malgré les liens, nous sommes seuls à vivre notre vie
Le fait qu’aucun sens n’est donné d’avance, sauf dans des répétitions de schéma familiaux qui bien souvent deviennent enfermant.
Et là, déjà, quelque chose change.
Ce que j’observe souvent en séance
Derrière une anxiété persistante, il y a parfois… une peur du temps qui passe.
Derrière une difficulté à s’engager, il y a parfois… le poids de la liberté.
Derrière un sentiment de vide, il y a parfois… une question restée sans réponse :
“Pourquoi je vis, au fond ?”
Et bien sûr, on peut essayer de calmer tout ça.
Ça marche, parfois.
Mais il arrive aussi que la souffrance revienne… autrement… ailleurs… plus subtilement.
Comme si quelque chose insistait.
Ce que j’aime dans cette approche, c’est qu’elle ne cherche pas forcément à faire disparaître l’angoisse.
Elle propose plutôt de s’en approcher.
Pas pour s’y enfermer.
Mais pour comprendre ce qu’elle vient dire.
Dans cette perspective, le travail thérapeutique devient moins une réparation… qu’un accompagnement.
Un espace où l’on peut, petit à petit :
Regarder certaines réalités en face
Leur donner une forme, des mots
Et parfois… changer la relation que l’on entretient avec elles
Ce qui change, concrètement.
Ce n’est pas forcément la disparition de l’angoisse.
C’est autre chose.
Quelque chose de plus discret… mais souvent plus profond :
Une capacité à vivre avec certaines incertitudes
Une manière plus libre de faire des choix
Une relation à soi… un peu plus apaisée
Et parfois, presque paradoxalement :
"C’est en acceptant certaines limites de l’existence… que la vie devient plus vivante."
Peut-être que…
Peut-être que certaines souffrances ne demandent pas à être supprimées.
Mais à être écoutées autrement.
Peut-être qu’elles ne sont pas des erreurs du système…
mais des tentatives d’ajustement face à des questions essentielles.
Et peut-être que le travail thérapeutique commence vraiment…
à partir du moment où l’on cesse de vouloir aller “mieux” à tout prix.
Et si, parfois, comprendre ce que l’on vit… était déjà une manière de se transformer ?
--------------------------------------------------------------------------
Jean-Jacques Fabre - 2026