11/03/2026
Alain Dhers- mon parcours.
je suis parfois amusé par la lecture des biographies que rédigent certains de mes collègues chiropracteurs sur leur site web. J'y découvre des gens qui, à 8-10 ans, rêvaient de soigner et d'aider la planète entière. Il y a des gens pour croire cela? Moi, quand j'étais enfant, j'avais des rêves d'enfant et je faisais des trucs d'enfants: je jouais aux cow-boys et aux indiens, au gendarme et au voleur, je faisais du vélo, du patin à roulettes (il n'y avait pas de roller), je n'aimais pas le foot, je tirais les couettes des filles en rigolant, je n'avais pas le droit de dire des gros mots et je n'en disais pas, je disais bonjour, merci, je tenais la porte aux personnes âgées, j'allais au catéchisme et au patronage de l'église le jeudi et à la messe le dimanche avec mes parents.
Je suis né à Cherbourg (le bout du monde). Issu d'une lignée de Bretons, je suis la 2ème génération née hors de Bretagne. Mon père, d'abord militaire, nous a fait voir du pays. Il a continué, une fois redevenu civil, en tant qu'ingénieur dans l'industrie du verre. 38 déménagements en tout jusqu'à aujourd'hui. Sénégal, Paris, Lyon, Marseille, Toulon, Orange ...Puis, les Etats-Unis pour y étudier la chiropractie. L'overdose. Un besoin viscéral de m'enraciner.
Adolescent, j'ai aimé les sports mécaniques; la moto, les courses de Kart, la passion de la formule 1. Jackie Stewart, François Cevert, Niki Lauda étaient mes idoles. Mon rêve, c'était devenir pilote de formule 1. Rien d'autre. Ça ne s'est pas fait. Poussé dans les études par mes parents, j'ai obtenu facilement un bac C. C'est après qu'il a fallu décider de mon avenir. Comme beaucoup de jeunes de l'époque, je n'avais ni envie, ni vocation. Mes parents étaient patients de chiropracteur et y voyaient un métier prometteur. Je parlais très bien l'anglais. L'affaire fut réglée en 2 temps, 3 mouvements. Par un matin de septembre, je prenais l'avion pour rejoindre la Caroline du sud et rentrer au Sherman College of Chiropractic de Spartanburg, dans le vieux sud des Etats-Unis. Ce furent des années fantastiques. Une autre culture, beaucoup moins guindée, les voitures américaines, la country music, les grands espaces, les études très cool, mes collègues étudiants Américains sympas, puis l'amour avec un A majuscule avec une Américaine, mais aussi la connerie de mes collègues étudiants Français à l'étranger avec leur complexe de supériorité sur les Américains qui fait qu'ils restaient toujours entre eux - je retrouverai cet état d'esprit si franchouillard dans les communautés Françaises rencontrées dans les autres pays étrangers ou j'ai séjourné.
Et un jour le retour en France. La réalité. Les premiers patients, la difficulté à être bon, à obtenir de bons résultats. Et donc le passage dans d'autres cabinets de chiropractie et pas des moindres, celui de Jean-Dominique Leullier à Caen, un maitre des techniques structurelles, celui de Pierre-Louis Gaucher au Mans, et surtout celui de Pierre Gruny à Poitiers, un homme d'une grande rigueur et d'un grand professionnalisme mais surtout le fondateur de l'école de chiropractie à Paris. Tous les jeunes chiros diplômés de cette école ne savent pas ce qu'ils doivent à ce grand homme altruiste qui a donné beaucoup de temps et d'argent pour que notre profession existe, soit reconnue et possède une école en France.
Les années passent. Le métier rentre. J'obtiens des résultats. L''expérience acquise fait que l'école de Paris me recrute pour être clinicien du centre de soins chiropractiques rattaché à l'école et encadrer les étudiants de 4ème et 5ème année dans leurs premiers pas de thérapeutes avec des vrais patients à Paris. Les aléas de la vie font qu'à un moment j'éprouve le besoin d'aller respirer un autre air que celui de la France. Toujours ce besoin viscéral de reprendre la route et donc cette difficulté à s'enraciner. Je pose mes valises en Espagne avec ma nouvelle femme. Une expérience qui durera 16 années. Cette aventure m'a beaucoup apporté : - en premier lieu, une progression technique dans mon métier grâce aux formations et recherches entreprises à l'époque. - en deuxième lieu la mise en place et l'écriture de séminaires professionnels que je vais présenter en Espagne , au Portugal et en France. L'envie est venue à Paris lors de mon expérience de clinicien formateur. - en dernier lieu et c'est le point le plus important: j'ai compris que l'on se crée des racines avec la femme qui partage notre vie. Courir le monde pour les trouver est une chimère. Tant d'années passées pour le comprendre. La paix enfin trouvée.
Retour en France et installation à Perpignan. Annick et moi allons nous enraciner ici. Je rentre dans une phase de ma vie plus sereine, apaisée. Et c'est tout naturellement que me vient l'idée de considérer que les problèmes de colonne vertébrale ne sont pas causés par des blocages vertébraux mais par des lésions des disques intervertébraux. Il ne faut doc pas ajuster les vertèbres "bloquées", mais au contraire traiter les protrusions et hernies discales. Je partage mon hypothèse avec certains de mes meilleurs élèves et nous collaborons ainsi avec notre entourage pour développer et mettre au point la technique que je nomme "le recentrage discal". La technique est au point et mes confrères et moi-même avons commencé à l'appliquer avec succès dans nos cabinets respectifs.
La vie est un éternel recommencement. Chaque étape de la vie nous fait avancer. Jacques Chirac répétait souvent cette phrase: "Chaque pas est un projet". Pour moi, elle s'est avérée vraie.