Roxana Mihalache Psychanalyste

Roxana Mihalache Psychanalyste J’accompagne toutes celles et ceux qui sont sur un chemin de découverte de soi et de libération

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28/03/2026

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Vivre à la manière de la « gentille fille », c’est souvent répondre à un appel intérieur ancestral… celui d’abriter, dan...
27/03/2026

Vivre à la manière de la « gentille fille », c’est souvent répondre à un appel intérieur ancestral… celui d’abriter, dans le sanctuaire fragile de la psyché, une forme de pureté originelle. Ce rôle immaculé, presque sacré, se déploie comme une armure de douceur destinée à conjurer les assauts du monde extérieur. Être bonne, toujours prête à apaiser, sourire, protéger, ce n’est pas seulement une aspiration altruiste, c’est un stratagème psychique subtil — un véritable « mode d’emploi » anti-agression. En quelque sorte, la gentille fille s’arme de ses bonnes intentions comme on brandit un bouclier magique convaincu qu’il repoussera les flèches du « mal » ambiant.

Elle se persuade que sa constance dans l’aide, son sourire irréprochable, son « oui » indéfectible, finiront par engendrer une justice équitable : les autres, inéluctablement charmés par sa sainteté domestique, devront lui rendre la pareille. Quel ennemi pourrait bien vouloir s’en prendre à une telle figure ? Difficile à concevoir ! Et pourtant, lorsque la trahison frappe, la déception est d’autant plus large que son cocon materno-laiteux était dense et protecteur, tissé de projections tendres, mais fragile face aux réalités cruelles.
Car au fond, la « gentille fille » s’abrite derrière un écran de fumée psychique contre une « Autre » bouleversante — sa jumelle inversée, son double obscur, la fameuse « fille-méchante ». Celle-ci, au contraire, est un feu indompté qui gronde et frappe du poing sans préavis contre les portes closes de son sous-sol intérieur. Elle est cette force irrépressible, brute, sans nuances, qui refuse les compromis. Là où la gentille fille marche prudemment en évitant les dérapages, la méchante file droit, quitte à brûler quelques ponts en chemin.

L’« Autre », c’est la rebelle tapie dans l’ombre, perçue comme une menace aux contours incertains. Pas de codes, pas de rassurances, juste un souffle fougueux, cru et vivant… un monde intérieur aussi imprévisible que fascinant, où la liberté se décline sans gants de velours. Parfois, une telle intensité peut faire peur, il faut bien l’avouer. Qui a envie de sauter dans l’inconnu lorsque la douceur rassurante tend les bras ?
Pourtant, nier ou réprimer cette part sombre ne fait que l’alimenter davantage, attisant un feu intérieur que la gentille fille tente d’étouffer. L’« Autre » surgit alors sous forme de tempête, prête à réduire en cendres l’édifice soigneusement construit de la gentillesse passive. Elle ne cherche ni à plaire ni à déplaire, elle cherche simplement à exister — intensément, sans filet, à coups d’authenticité brutale.

Roxana Mihalache Psychanalyste

photo : pinterest

Du pic à glace à la mante religieuseBasic Instinct ou la femme fatale comme scène de l’angoisse masculineJoëlle Lanteri ...
27/03/2026

Du pic à glace à la mante religieuse

Basic Instinct ou la femme fatale comme scène de l’angoisse masculine

Joëlle Lanteri – Psychanalyste

I. Quand un objet banal devient mythe

Dans Basic Instinct, le pic à glace n’est pas seulement une arme. Il est l’exemple parfait de ce que le cinéma sait faire de mieux : arracher un objet domestique à sa banalité pour le hisser au rang de fétiche tragique. Rien, au départ, de plus ordinaire. Et pourtant, par la mise en scène, par la lumière, par l’érotisation du danger, il devient le prolongement d’une figure féminine fascinante et redoutée.
C’est là toute la force fantasmatique du film : faire basculer un accessoire neutre dans une dramaturgie du désir et de la mort. L’objet entre alors dans une logique sacrificielle. Il ne sert plus simplement à tuer. Il sert à condenser une peur archaïque : celle d’une femme qui ne serait plus objet du désir masculin, mais sujet de son propre désir, sujet de sa jouissance, sujet de sa loi.

II. La femme fatale : un vieux scénario culturel

Le cinéma n’a pas inventé cette figure. Il l’a magnifiée. Avant lui, la littérature, les mythes, les récits religieux et moraux avaient déjà longuement travaillé cette silhouette : la belle meurtrière, la séductrice insaisissable, la femme double, attirante et dangereuse.
Depuis Ève, une certaine tradition imaginaire fait de la femme l’annonciatrice d’une transgression. Elle tend le fruit, ouvre la porte, conduit hors du paradis. Elle serait celle par qui la chute advient, celle qui confronte l’homme à la perte d’un monde ordonné, maîtrisé, protégé. La faute ne serait plus seulement morale ; elle deviendrait ontologique. La femme ferait entrer le sujet dans le réel : celui du manque, du désir, de la finitude.
Hollywood a repris ce fil ancien avec une redoutable efficacité. Il ne cesse de recycler l’idée que la beauté féminine, lorsqu’elle échappe à la maîtrise, devient menace. Tant que la femme aime, attend, dépend, rassure, elle reste tolérable. Mais dès qu’elle désire pour elle-même, dès qu’elle semble n’avoir besoin de personne pour j***r, elle devient suspecte.

III. Catherine Tramell : une femme qui échappe

Catherine Tramell n’est pas seulement une criminelle possible. Elle est, plus profondément, une femme qui déjoue les assignations. Elle ne se laisse ni définir, ni attraper, ni moraliser. Elle écrit, manipule les signes, anticipe le regard des autres, retourne contre eux leurs propres fantasmes. Elle ne se contente pas d’être regardée : elle regarde le regard qui se pose sur elle.
C’est ce point qui la rend si troublante. Elle ne tient pas la place passive à laquelle une longue tradition imaginaire a voulu réduire le féminin. Elle ne se présente ni comme victime, ni comme amante dépendante, ni comme simple énigme romantique. Elle pense, elle met en scène, elle avance masquée, mais sans jamais donner l’impression d’être perdue dans son masque. Elle en joue.
Autrement dit, elle n’est pas simplement désirée : elle est sujet du dispositif. Et cela, pour l’imaginaire masculin classique, est insupportable.

IV. Angoisse de castration : ce que le film met en scène

On peut lire Basic Instinct comme une grande machine cinématographique au service d’une angoisse de castration. Non pas au sens réducteur ou scolaire du terme, mais au sens psychanalytique profond : l’homme y est confronté à une femme qui lui rappelle qu’il n’est ni tout-puissant, ni maître du désir, ni garant de la vérité.
La castration, dans cette perspective, n’est pas simplement la peur d’une atteinte corporelle. C’est l’effondrement d’une illusion narcissique : celle d’être centre, mesure, référence. Catherine Tramell fait vaciller cette fiction. Avec elle, le masculin n’est plus souverain. Il ne sait plus s’il désire, s’il enquête, s’il domine, s’il est déjà pris dans le piège.
Le danger n’est donc pas seulement d’être tué. Le danger est d’être décentré. D’être réduit à son trouble. D’être renvoyé à une faille. D’être mis en présence d’une jouissance féminine qui ne demande pas d’autorisation, qui ne se règle pas sur le désir de l’homme, qui peut même se déployer hors de lui.
C’est là que surgit la question essentielle : la femme qui jouit sans dépendre, que menace-t-elle chez l’homme ?
Elle menace son illusion d’être nécessaire.
Elle menace son pouvoir de nomination.
Elle menace son fantasme de maîtrise.
Elle menace enfin le privilège imaginaire d’être celui qui conduit la scène.

V. La femme qui tue : qui tue-t-elle, psychiquement ?

Dire que “la femme qui jouit est suspectée de tuer” ouvre une question très forte : que tuerait-elle au juste ?
Dans l’économie fantasmatique masculine, elle tue d’abord l’enfant-roi qui voudrait être l’unique objet du désir. Elle tue le rêve d’une féminité entièrement offerte, lisible, rassurante. Elle tue le fantasme d’une mère inépuisable et douce, toute tournée vers l’apaisement. Elle tue aussi, parfois, une certaine représentation virile de l’homme comme détenteur de la loi, du savoir et du contrôle.
Plus encore, elle tue peut-être une fiction narcissique : celle d’un masculin qui pourrait traverser le désir sans jamais y perdre quelque chose. Or désirer, c’est toujours risquer une perte. Aimer, c’est consentir à ne pas tout posséder. Être face à une femme libre, c’est être rappelé à cette vérité que beaucoup de défenses cherchent précisément à éviter.
La meurtrière fascinante condense alors cette peur : non seulement elle peut prendre la vie, mais elle peut enlever au sujet masculin ses certitudes les plus profondes. Elle le met au bord d’un vide : celui où l’autre n’est plus une garantie, mais une altérité irréductible.

VI. La mante religieuse : figure animale du fantasme masculin

La référence à la mante religieuse n’est pas anodine. Elle appartient à tout un bestiaire culturel où le féminin est animalisé pour être pensé comme menace. La mante attire, s’unit, puis détruit. Elle est devenue l’emblème d’un imaginaire où la sexualité féminine serait prédatrice.
Mais ce bestiaire en dit souvent davantage sur la peur masculine que sur les femmes elles-mêmes. Ce qu’il met en image, ce n’est pas une vérité du féminin, c’est une difficulté du masculin à symboliser une altérité qui ne lui obéit pas.
La femme devient alors insecte, sphinge, vampire, v***e noire, sirène. Toutes ces figures ont un point commun : elles incarnent une séduction qui conduit l’homme à sa perte. Or cette “perte” mérite d’être entendue autrement. Ce qui se perd, ce n’est pas seulement la vie, c’est le pouvoir. C’est la position de surplomb. C’est l’assurance d’être sujet face à un objet.
La mante religieuse n’est donc pas un portrait du féminin. C’est la projection dramatisée d’une angoisse masculine face à une jouissance autre.

VII. Le féminin comme confrontation au réel

Il existe dans Basic Instinct une dimension presque métaphysique. Catherine Tramell est moins un personnage psychologique qu’une figure de bord. Elle amène les hommes au bord de ce qu’ils ne maîtrisent pas. Elle les pousse vers une zone où les catégories vacillent : vérité ou mensonge, innocence ou culpabilité, amour ou manipulation, plaisir ou anéantissement.
En ce sens, elle fonctionne comme une confrontation au réel. Non pas le réel factuel de l’enquête, mais le réel au sens psychanalytique : ce qui échappe à la maîtrise, ce qui résiste à la mise en ordre, ce qui vient trouer les récits sécurisants.
Face à elle, les hommes du film se débattent moins avec un crime qu’avec leur propre désarroi. Ils voudraient savoir, classer, posséder, conclure. Or Catherine ne cesse de déplacer la scène. Elle laisse entendre que le désir est un territoire sans garantie, que la vérité ne se livre pas complètement, que le sexe touche à quelque chose de plus sombre et de plus instable que les codes sociaux.

VIII. Le regard, le contrôle, l’humiliation

L’une des grandes réussites du film est d’avoir déplacé le rapport de pouvoir vers le regard. Dans les scènes célèbres d’interrogatoire, ce n’est pas seulement Catherine qui est observée : ce sont les hommes qui sont exposés dans leur propre regard. Leur fascination les trahit. Leur maîtrise se fissure. Leur autorité institutionnelle vacille sous l’effet d’un trouble qu’ils ne peuvent pas contenir.
Autrement dit, la scène ne montre pas simplement une femme dangereuse ; elle montre des hommes déstabilisés par leur propre désir. Et c’est là que se loge une humiliation narcissique profonde. Le sujet masculin découvre qu’il n’est pas maître chez lui. Ni dans son corps, ni dans son regard, ni dans son enquête.
Le film joue brillamment de cette inversion. La femme qui devait être examinée devient celle qui révèle. Elle met à nu la fragilité des défenses viriles. Elle renvoie chacun à la part obscure de sa propre excitation, de sa propre dépendance, de sa propre faille.

IX. Beauté meurtrière ou mythe défensif ?

Il faut ici faire un pas de côté. Car Basic Instinct ne dit pas seulement quelque chose des femmes ; il dit surtout quelque chose de la manière dont une culture construit certaines femmes pour se défendre d’elles.
La “beauté meurtrière” peut être lue comme un mythe défensif. Lorsqu’une femme fascine, dérange, pense, désire, échappe, il devient tentant de l’identifier à un danger. On la transforme en péril afin de ne pas reconnaître ce qu’elle met en crise. Ce procédé protège le narcissisme masculin : si elle est dangereuse, alors il n’est pas nécessaire d’interroger ce qu’elle révèle.
Ce qu’elle révèle, pourtant, est précieux : l’impossibilité de réduire l’autre à une fonction rassurante. Le féminin libre vient rappeler que le désir n’est jamais complètement domestiquable. Et c’est peut-être cela, au fond, que le film dramatise derrière ses codes de thriller érotique : la difficulté à supporter une femme qui ne consent pas à être contenue dans le fantasme masculin.

X. Une clinique du soupçon porté sur la femme libre

Sur un versant plus clinique, cette figure résonne avec de nombreuses formes de soupçon dont les femmes peuvent encore faire l’objet. Une femme trop autonome sera dite froide. Une femme trop intelligente sera dite manipulatrice. Une femme qui assume sa sexualité sera dite dangereuse. Une femme qui ne dépend pas affectivement sera parfois vécue comme humiliante.
Le soupçon naît alors non d’un acte réel, mais d’un trouble provoqué chez l’autre. Ce n’est pas tant ce qu’elle fait qui dérange que ce qu’elle ne demande pas. Ne pas demander à être validée, protégée, guidée, contenue : voilà qui peut être vécu comme une offense dans certaines économies psychiques.
À cet endroit, Basic Instinct rejoint quelque chose de très ancien : la tendance à criminaliser symboliquement les femmes qui ne se soumettent pas à l’ordre imaginaire attendu.

XI. Le cinéma, machine à fantasmes

Le génie du cinéma est de donner corps à ces fantasmes. Il les habille de chair, de lumière, de musique, de montage. Il leur donne un visage inoubliable. Mais il faut alors tenir les deux dimensions ensemble : la puissance esthétique de cette figure, et la structure imaginaire qu’elle reconduit.
Car Basic Instinct fascine précisément parce qu’il met en scène avec raffinement une peur archaïque. Il ne se contente pas de raconter une intrigue criminelle. Il met à l’écran une vieille fable : celle selon laquelle la femme trop belle, trop libre, trop opaque, finit par devenir mortifère.
Et pourtant, ce n’est pas le film qu’il faudrait accuser simplement. Il faut plutôt l’écouter comme un symptôme culturel. Il rend visible une organisation fantasmatique persistante. Il montre combien la liberté féminine reste, dans certains récits, associée à la menace, à la déliaison, à la perte.

XII. Au bord de la crête

C’est sur cette ligne de crête que Basic Instinct reste intéressant cliniquement. Non parce qu’il dirait la vérité sur les femmes, mais parce qu’il expose avec éclat les peurs qu’elles suscitent lorsqu’elles sortent de la place assignée.
Du pic à glace à la mante religieuse, il y a tout un trajet imaginaire. Un objet banal devient arme mythique. Une femme libre devient prédatrice symbolique. Une jouissance non soumise devient péril. Et l’homme, face à elle, découvre qu’il ne risque pas seulement sa vie : il risque sa souveraineté imaginaire.
C’est peut-être cela que le film grave si profondément dans les mémoires : la beauté n’y devient meurtrière que parce qu’elle échappe à la maîtrise. Elle ne tue pas seulement un corps. Elle atteint une croyance plus intime : celle qu’un homme pourrait désirer sans jamais être désarmé.
Or aimer, désirer, rencontrer l’autre, c’est toujours consentir à être désarmé un peu. Là où cette vérité devient intolérable, la femme libre peut être transformée en monstre. Non parce qu’elle tue, mais parce qu’elle rappelle à l’homme qu’il n’est pas tout.

Joëlle Lanteri – Psychanalyste

photo : pinterest

Nous vivons chaque jour avec les fantômes de notre famille, ces présences invisibles qui habitent notre monde intérieur ...
26/03/2026

Nous vivons chaque jour avec les fantômes de notre famille, ces présences invisibles qui habitent notre monde intérieur sans que nous en ayons toujours conscience. Ces fantômes — qu’ils soient issus des relations passées, des proches vivants ou disparus — nous retiennent parfois prisonniers d’un passé qui semble figé. On pourrait dire, familièrement, « tu es resté bloqué dans le passé ». Pourtant, ce passé n’est pas seulement derrière nous ; il vit aussi en nous, dans un « au-delà » intérieur, un espace secret où se mêlent murmures, désirs non dits et souvenirs enfouis.

Si tu prends un moment pour observer ta vie avec attention, tu verras que tu es la continuation d’un membre de ta famille, souvent d’un parent ou d’un grand-parent. Un peu comme un doigt qui prolonge la main, tu es à la fois une part distincte et une suite directe. Les médecins parlent du « membre fantôme » quand une personne amputée continue d’avoir la sensation que la partie disparue est toujours là. De la même manière, notre psyché garde la trace des blessures et des désirs non réalisés de ceux que nous avons précédés, comme des parties invisibles mais bien présentes de nous-mêmes.
Si tes ancêtres ont rêvé toute leur vie d’une chose qu’ils n’ont jamais pu atteindre, il se peut que tu sois aujourd’hui en train de réaliser, à ta manière, ces souhaits laissés en suspens. S’ils ont porté certaines luttes compliquées durant des générations, tu risques de vivre ces mêmes combats, parfois sans comprendre pourquoi ils te semblent si difficiles, alors qu’ils paraissent si naturels pour les autres. Ce conflit intérieur qui existe parfois depuis ton plus jeune âge, cette tension entre deux désirs contraires — où il faut concilier la chèvre et le chou — est en réalité un signe de cette double appartenance. Une partie de ces désirs t’appartient vraiment, tandis qu’une autre partie ne vient ni de toi, ni du présent, mais appartient à ta famille, à ton histoire.

Tu es tiraillé, divisé entre ce que tu es — incarnation actuelle des actions et volontés conscientes de tes prédécesseurs — et celui que tu te rêverais d’être, porteur des douleurs et des désirs projetés dans un futur souvent incertain.
Dans les paroles, les gestes et les silences de tes proches se dissimule la clé secrète de ton existence. Sois attentif : c’est là, dans ce langage familier et souvent tacite, que réside l’énigme profonde de ton être. Ce langage, tissé d’ombre et de nuances implicites, peut être déchiffré, à condition de plonger au cœur de la dynamique familiale, là où se négocie ton identité.
Tu incarnes un mélange singulier d’actions concrètes posées dans le présent, de rêves inachevés portés en héritage, et de fantasmes inconscients transmis au fil des générations. En toi s’entrelacent les désirs, les frustrations et les voix silencieuses de tes ancêtres, ceux qui t’ont espéré, qui t’ont appelé avant même ta naissance.
Ainsi, tu es à la fois la revanche des non-dits et la gloire des silences révélés, le creuset vivant où s’incarnent leurs histoires inachevées. Porter cet héritage, c’est tenir la responsabilité d’un espace psychique où se joue, au plus intime, la transmission des affects, des mémoires et des fonctions symboliques.

Roxana Mihalache Psychanalyste

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L’Éclipse du Sujet - Clinique de l’emprise et miroirs inconscientsToute relation d’emprise repose sur un pacte silencieu...
17/03/2026

L’Éclipse du Sujet - Clinique de l’emprise et miroirs inconscients

Toute relation d’emprise repose sur un pacte silencieux, noué dans les profondeurs de l’inconscient. Le joug d’un dominant ne perdure, en réalité, qu’à la faveur d’une cécité, celle du dominé face à sa propre puissance psychique.
Qu’est-ce qu’un dominant, sinon un sujet qui s’efforce de combler sa propre faille en dépouillant l’autre ? Par la séduction, l’intimidation ou la manipulation, il opère une véritable vampirisation. Mais que dérobe-t-il au juste ? Il ne s'empare pas de biens matériels, mais de l'essence même du sujet : l’estime de soi, l’élan vital, l’autorité intime, la capacité d’énonciation, le désir et l'enthousiasme.
Cette avidité trahit une angoisse fondamentale. Si le dominant cherche ainsi à amputer autrui, c’est qu’il se heurte au gouffre de son propre manque. Persuadé d’être exsangue de ces qualités – ou les ayant si profondément refoulées qu'elles lui sont inaccessibles –, il traque chez l'autre la substance qui lui fait défaut.

C’est ici qu’intervient le mécanisme de l’introjection, qui est un m mécanisme de défense.

À travers ce processus archaïque, le dominant "avale" symboliquement les attributs de l’autre (le dominé) pour s'en parer. Tel un rituel totémique où les membres d'une tribu se drapent de peaux de bêtes pour s’incorporer la bravoure de l'animal, le dominant s'habille de l'âme de l'autre. Il se laisse posséder par ce qu'il a volé. Mais cette greffe narcissique ne prend jamais vraiment. Ces vertus, arrachées et non cultivées de l'intérieur, se consument vite. Le dominant est alors condamné à la compulsion de répétition, il lui faut sans cesse "refaire le plein". Cette faim insatiable, typique de ce que l'on nomme les "complexes de pouvoir", démasque une réalité clinique troublante… le tyran est la créature la plus dépendante de cette relation.

Si l’introjection opère comme un rempart défensif, c’est parce qu'en phagocytant l'autre, le dominant s'épargne la rencontre terrifiante avec son propre vide. En fixant son obsession sur l’Autre, il fuit cette béance intérieure, ce néant de pouvoir personnel. Il évite une introspection qui risquerait de faire voler en éclats la fragile architecture de son Moi.
Dès lors, l'équilibre de cette névrose à deux est entièrement suspendu au sommeil du dominé. Que ce dernier s'éveille, qu'il prenne conscience de sa souveraineté, et la personnalité du dominant s’effondre comme un château de cartes, privée de l'objet qui la soutenait.

Mais alors, reste à élucider l'énigme du dominé.. pourquoi consent-il à cette aliénation ?
Parce que lui aussi erre dans les limbes de son identité. En quête de lui-même, il porte cependant une conviction inverse à celle du dominant, il se croit intrinsèquement impuissant. Frappé d'amnésie quant à sa propre valeur, il déploie un autre mécanisme de défense majeur - la projection.
La projection est un mécanisme de défense inconscient par lequel un sujet expulse hors de lui-même des défauts ou des qualités qu’il refuse de reconnaître comme siennes, pour les attribuer à l’Autre. Le dominé pare ainsi le dominant de ses propres forces et de sa propre autorité. En luttant contre l'emprise du tyran, le dominé se bat en réalité contre sa propre puissance originelle, qu’il perçoit à tort comme extérieure et menaçante.
Pourtant, ce transfert est riche de promesses. Le dominant fait office d'écran de projection, agissant comme un miroir clinique qui révèle au dominé l'ampleur de ce qu'il a exilé en lui-même. La levée de cette projection est un travail de deuil douloureux, car il exige de renoncer au confort de la soumission. Mais la traversée de cette douleur est la condition d'une métamorphose absolue… le retour, enfin, du sujet à sa propre autorité.

Roxana Mihalache Psychanalyste

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« La source de l'amour, c'est la curiosité, la passion.Il ne s'épanouit pas dans la monotonie.Sans émotion, sans inventi...
10/03/2026

« La source de l'amour, c'est la curiosité, la passion.

Il ne s'épanouit pas dans la monotonie.

Sans émotion, sans invention, sans l'inspiration, sans surprises, il est impossible.

L'amour doit se mêler aux larmes, aux rires, aux mots, aux promesses, aux scènes, à la jalousie, à l'envie, à toutes sortes de peurs, aux voyages à l'étranger, aux rencontres, aux romans, aux histoires, aux rêves, aux fantasmes, à la musique, à la danse, à l'opium et au vin. »

Anais Nin

Ahhh la passion… ce mot rouge et ailé, chargé de promesses souvent murmurées par des êtres "féminins-chuchotants" – une projection idéalisée, peut-être, de nos désirs les plus archaïques. Elle brûle, s'envole avec une légèreté déconcertante, puis revient – ou pas –, tel un esprit capricieux. Elle se fait désirer, en jouant magistralement avec les distances inconnues et cette imprévisibilité qui nous tient en haleine, un jeu cruel où chacun devient maître et esclave à la fois. Et entre ces distances, que reste-t-il? Une braise qui brûle doucement en toi. Celle qui, on te l'a dit, donne la vie… mais qui, avec une ironie certaine, est aussi très douée pour te consumer lentement. Une illusion poétique, sans doute, jusqu'à ce que l'on réalise être soi-même la matière consumée.

Alors, la question qui démange… combien de scènes de jalousie intenses, de promesses emphatiques, de larmes de toutes les peurs – du ridicule à l'abandon – faut-il s'infliger pour échapper à la monotonie? Est-ce que vivre sous une tension émotionnelle qui ferait pâlir un équilibriste, c'est vraiment cela, aimer? Ou bien est-ce le scénario bien rodé d'un traumatisme précoce, une sorte de pièce de théâtre inconsciente que notre psyché adore rejouer?
Vous savez, l'éternel "quand papa et maman étaient parfois présents… et parfois totalement absents". Une affection fluctuante, une présence intermittente. Un jour ils t'aimaient d'un amour débordant, le lendemain, ils te regardaient comme une chaise. Un moment ils te rassuraient avec des mots doux, l'instant d'après, la punition ou le silence. Ce cocktail d'attention et de déni a gravé en nous, à l'encre indélébile de l'inconscient, l'idée que l'amour, le vrai, le vibrant, eh bien… il doit avoir un petit goût d'insécurité pour être authentique.

Il n'est alors guère surprenant que beaucoup – et l'on observe parfois une prévalence notable chez les femmes – confondent stress, anxiété, et cette bonne vieille insécurité avec la passion. « Même s'il ne répond pas au téléphone depuis des jours, je sais qu'il reviendra. Il me l'a promis, et nos retrouvailles, elles, sont toujours si passionnées! » Voilà le narratif parfait… l'absent devient promesse, l'indifférence devient mystère, et le manque se mue en preuve d'amour. Une équation parfaite pour le drame.

Vivre sous ce régime émotionnel de montagnes russes pendant quelques années, c'est la recette garantie pour un système nerveux qui frôle la rupture de câble. Bientôt, un simple sourire te fera froncer les sourcils : « Est-il vraiment sincère, celui-là? Que cache-t-il? Et pour combien de temps est-il programmé dans mon existence? » Les caresses se transforment en potentiels mensonges, et les départs, même pour acheter le pain, en un vide abyssal menaçant. Bienvenue dans l'hypervigilance, un état où même le bonheur vous donne la chair de poule.

C'est là que notre chère passion dévoile son jeu le plus sombre. Longuement vécue, elle est exactement comme cette drogue qui promet la lune, les étoiles, et le sens de la vie. Sauf qu'au réveil, tu te retrouves fatigué, désorienté, marqué, et avec l'âme en vrac. Et puis les questions qui suivent tournent en boucle… « pourquoi n'a-t-elle pas duré plus longtemps… et où est-elle passée? Était-ce réel? Ai-je été aimé, ou juste un accessoire? » Ces interrogations sans fin transforment la vie en une quête perpétuelle, digne d'un Graal jamais trouvé, une vraie victime de la passion. Et cerise sur le gâteau, la passion est jalouse comme pas deux. Elle ne tolère aucune concurrence, pas d’autres hobbies… un seul passe-temps amoureux à la fois, merci bien, car elle a ce caractère obsessionnel, exclusif.
Alors, si cet amour insiste tant pour être un mélange étrange de stress, d'imprévisibilité, de promesses grandiloquentes et de larmes salées… qui diable nous a appris à doser les ingrédients? Et surtout, à quels dosages? Car, avouons-le, nous avons souvent confondu la recette de l'amour avec celle du chaos. Le vrai travail ne serait-il pas de désapprendre le scénario pour écrire le nôtre?

Roxana Mihalache Psychanalyste

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Le film Lo**ta (1997), avec Jeremy Irons, Dominique Swain et Melanie Griffith, est un véritable chef-d’œuvre qui dépeint...
08/03/2026

Le film Lo**ta (1997), avec Jeremy Irons, Dominique Swain et Melanie Griffith, est un véritable chef-d’œuvre qui dépeint avec une justesse saisissante la relation complexe et troublante entre Humbert, pédophile et beau-père de la jeune Dolores, orpheline depuis son plus jeune âge après la mort de sa mère.

À travers des images puissantes, des paysages empreints de mélancolie et une musique enveloppante, le film parvient à restituer avec précision les expériences intérieures des personnages. Le jeu des acteurs capte l’essence même d’une perversité qui, loin d’être une réalité évidente et tangible, existe d’abord dans l’imaginaire tourmenté d’Humbert.

Ce dernier construit autour de Lo**ta un fantasme obsessionnel où se mêlent désir, malaise et aliénation, une dynamique subtile qui questionne la frontière poreuse entre réalité et fiction intérieure. Ainsi, l’histoire ne se réduit pas à une « simple » relation d’abus, mais prend la forme d’un récit où se confrontent l’intime et le monstrueux, la subjectivité déformée d’Humbert et la réalité fragile de la jeune fille.

« Lo**ta la nymphette n’existe qu’à travers la hantise qui détruit Humbert. Sans lui, il n'y a pas et il n'y a jamais eu de nymphette. Lo**ta est une pauvre enfant, et dont les sens ne s’éveillent jamais sous les caresses de l’immonde monsieur Humbert. » (Vladimir Nabokov, l’auteur du livre « Lo**ta »)
Je recommande le film en version originale.

CE N'ETAIT PAS TA FAUTELa culpabilité et la honte ressenties par l’enfant abusé et traumatisé plongent leurs racines dan...
10/02/2026

CE N'ETAIT PAS TA FAUTE

La culpabilité et la honte ressenties par l’enfant abusé et traumatisé plongent leurs racines dans la pensée magique propre à l’enfance. Dans cet univers psychique encore peu différencié, l’enfant est convaincu que ses désirs peuvent se réaliser « comme par magie », sans médiation ni limite. Penser ou désirer quelque chose suffit, à ses yeux, à le rendre réel. Lorsque le traumatisme survient, cette pensée magique se retourne contre lui... il en vient à croire qu’il en est l’instigateur, que ses propres désirs ont provoqué ce qui lui est arrivé.

Au moment où se déploie sa vie pulsionnelle, lorsque sa libido commence à s’organiser, si un adulte l’abuse sexuellement ou psychologiquement, l’enfant se persuade qu’il a « déclenché » cet événement par le seul pouvoir de ses pensées.

Les désirs qu’il éprouve en lui semblent se matérialiser à l’extérieur, comme si l’adulte venait répondre à ces désirs naissants. Cette apparente coïncidence crée une confusion vertigineuse... l’enfant se dit que l’adulte ne peut pas se tromper, puisqu’il semble s’adresser à quelque chose de « vrai » en lui. Mais à ce stade, l’enfant ne connaît pas encore l’altérité.

Pour lui, il n’existe pas encore de frontière stable entre lui et le monde, tout demeure dans une forme de fusion.
Il ne sait pas encore que ses désirs, aussi intenses et aussi vivants soient-ils, n’ont pas vocation à se réaliser dans la réalité concrète. Pourtant, l’expérience imposée par l’adulte vient comme sceller et « confirmer » cette pseudo-vérité intérieure, au point de la rendre inattaquable. L’enfant ne peut pas encore penser que ce qu’il subit ne vient pas de lui, mais de l’autre, de l’adulte.

Cette impossibilité à distinguer ses propres mouvements pulsionnels de l’action de l’autre l’empêche de se protéger, de poser un non, de rejeter ce qui lui est imposé.

Pour tenter de survivre psychiquement, l’enfant met alors en place une honte et une culpabilité massives. Ces affects semblent, en surface, introduire une séparation entre lui et l’adulte – comme si, en se jugeant, il pouvait se distinguer. En réalité, ils se referment sur lui comme un piège. L’enfant se dit : « Comment ai-je pu faire cela ? Ce n’est pas moi. » Il renie ses désirs, qu’il vivait au départ comme beaux, innocents, porteurs de vie, parce qu’ils sont désormais contaminés par la douleur et la souffrance. Il se sent trahi par son propre corps, par ses propres élans.

Cette trahison supposée fracture son unité psychique. La dissociation apparaît : pour continuer d’exister, l’enfant rejette ces désirs qu’il considère comme immondes, et se coupe ainsi de lui-même.

Les abuseurs savent, consciemment ou non, exploiter ces mécanismes psychiques. Ils s’appuient sur la culpabilité de l’enfant pour le maintenir sous emprise, le manipuler, le faire taire, le menacer ou le séduire. La culpabilité devient alors un faux allié - au lieu de l’aider à se protéger, elle le retourne contre lui-même.

En grandissant, il devient son propre bourreau intérieur, incapable de se faire confiance. Sa sexualité, autrefois espace de curiosité, de jeu et de plaisir, se transforme en territoire miné, dangereux, saturé de peur et de suspicion.

L’enfant, lui, ne peut pas se protéger seul. Il ne dispose ni des outils psychiques, ni des repères symboliques, ni même des mots pour comprendre et dire ce qu’il vit. Il est prisonnier de son corps, avec la sensation diffuse qu’« une vérité dérangeante » existe, mais qu’elle lui échappe. La vérité de ses désirs et le mensonge de l’adulte s’enchevêtrent dans un duo pervers qu’il ne peut pas décoder. Il se retrouve, intérieurement, comme devant un tribunal imaginaire... accusé, jugé, sans avocat, sans défense.

Comprendre que « ce n’était pas ta faute » constitue l’un des axes majeurs du travail thérapeutique. Cette élaboration ne se réduit pas à une simple correction cognitive de la culpabilité ; elle engage une transformation profonde du rapport du sujet à ses désirs. Il s’agit de défaire l’amalgame entre vie pulsionnelle et scène traumatique, entre désir et intrusion de l’autre. Les désirs, loin d’avoir été la cause de l’abus, apparaissent alors pour ce qu’ils sont… des mouvements psychiques naturels, légitimes, porteurs de vie.

Le travail analytique vise à restaurer la continuité de l’histoire interne là où le traumatisme a produit rupture et clivage. L’image de « l’ami arraché » peut servir de métaphore de ce processus, une part intime du sujet – sa capacité à désirer, à j***r, à se sentir vivant – a été discréditée par le discours de l’abuseur, puis internalisée sous forme de honte et de méfiance de soi.

En thérapie, cette part refoulée, déniée ou dissociée est progressivement accueillie, nommée, mise en mots. L’espace thérapeutique devient le lieu où cet « ami intérieur » peut être réintroduit dans le champ du pensable et du dicible. La honte, la culpabilité et la terreur peuvent maintenant se déposer, se déplacer, se transformer… Ce mouvement permet au sujet de passer d’une position d’accusé – devant ce tribunal imaginaire qui le condamne sans cesse – à une position de témoin de sa propre histoire.

Reprendre le pouvoir sur ses désirs, dans ce contexte, signifie dénouer l’emprise de l’autre sur la vie pulsionnelle. Ce n’est pas réhabiliter le traumatisme, mais réhabiliter le sujet là où le traumatisme l’a dépossédé de lui-même. À mesure que le processus thérapeutique avance, les désirs cessent d’apparaître comme dangereux ou contaminés et retrouvent leur statut de force vitale.

Roxana Mihalache Psychanalyste

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La terr-en-l’airpeute

Ecrire sur soi-même n'est pas évident, surtout dans l'espace où tu prépares un espace pour les autres. L'espace de la dé-nommination prendra donc la forme de la nomination, et moi j'étais nommée par la famille, énumérée par la société, je me suis verbalisée par l'éducation afin de pouvoir me ré-nommer après, m'énumérer et me re-définir par tous ceux à qui je vais créer un espace où ils vont pouvoir se miroiter et se redéfinir pour pouvoir être-avec le monde. Avec leur monde, de là d'où commence la semence qui ne peut être définie que par un nom "propre".