21/12/2025
Les toc et les non-dits familiaux
Nous sommes là, nous demandant d’où viennent ces TOC qui la poussent à se laver les mains, presque jusqu’à la brûlure de la peau « regardez comme elles sont rouges, mes pauvres mains, bientôt il ne me restera plus de peau ! » Elle raconte tous les rituels en détail, des détails grands, petits, des détails infimes, les détails qu’on ne peut ignorer, les détails qu’il faut dire car cela semble important, des détails dont elle a honte mais qu’elle doit dire, les détails qui la font rougir, détourner le regard, trembler la voix. Tout est important, mais tout semble embarrassant et accablant à ses yeux, au point de l’exaspérer au maximum.
Sa mère l’a rendue responsable très tôt (aujourd’hui elle a 24 ans), lui confiant beaucoup de tâches. Elle s’est efforcée de les accomplir sans trop se plaindre, « tout le monde me croit forte et capable de gérer beaucoup de choses. Personne dans ma famille ne se doute de ma sensibilité et de mes faiblesses, car je donne toujours l’impression d’être forte. » Sous la do**he, la première chose qu’elle lave, c’est son visage. Elle commence toujours par le visage, puis le reste du corps, chaque partie ayant son propre « nombre de fois ». Sa famille est exaspérée par ses TOC dont elle est aujourd’hui envahie, par la facture d’eau qui ne cesse d’augmenter, et les troubles obsessionnels s’aggravent à mesure que les non-dits s’accumulent.
La fusion maternelle est intrusive, le discours est anxiogène, et la fille doit être « présente » aux rendez-vous médicaux et sociaux de sa mère. La mère a besoin d’être accompagnée, car « c’est leur relation, fusionnelle mais ambivalente », dit-elle. La vie de la mère, et surtout celle du couple, est partagée avec la fille dans de nombreux détails, mais la famille, exaspérée par les TOC, prend la situation à la légère : « Ohhhh, ça te passera un jour. » Et la jeune femme se lave encore plus souvent, et les situations où elle doit changer quelque chose chez elle, comme une petite réparation chez le dentiste, l’effraient, puisqu’elle « ne sera plus comme avant ». 🦋
Depuis sa plus tendre enfance, sa mère lui confie des tâches familiales, des grandes, des petites, des tâches que la jeune femme aurait pu négliger, des tâches dont il faudrait parler mais qu’on n’aborde pas, des tâches qui l’accablent et dont elle doit maintenant se nettoyer, des tâches qui pèsent sur sa vie comme ces TOC, des tâches qui l’ont exaspérée et épuisée, à l’image de sa famille aujourd’hui, épuisée et exaspérée par ses rituels, mais sourde. 🙈🙉🙊
— Et comment auriez-vous aimé que votre mère soit ?
Elle baisse les yeux, le menton tremblant, les larmes coulant à flots :
— Plus responsable…
Roxana Mihalache
Psychanalyste
photo : Pinterest