Clémence Grange Psychothérapeute - Hypnothérapeute - Psychanalyste

Clémence Grange Psychothérapeute - Hypnothérapeute - Psychanalyste Diplômée Master (Bac+5)
Psychothérapie/Accompagnement psychologique
Thérapie cognitive comportementale (TCC)
Hypnose Ericksonienne
Psychanalyse
Art-thérapie

Il existe une fatigue dont on parle très peu.Une fatigue qui ne vient ni du travail, ni du manque de sommeil, ni des res...
26/01/2026

Il existe une fatigue dont on parle très peu.
Une fatigue qui ne vient ni du travail, ni du manque de sommeil, ni des responsabilités.
Une fatigue plus subtile, plus profonde, presque invisible.

La fatigue de voir clair.

À force d’observer les mécanismes humains, on finit par ne plus pouvoir regarder certaines scènes de la vie avec la même naïveté qu’avant. On ne voit plus seulement une dispute, une vexation, une susceptibilité. On voit la projection, l’interprétation, la blessure ancienne qui parle à la place du présent. On voit le film en accéléré, le scénario avant même que les personnages aient compris dans quoi ils jouent.

Et parfois, cela épuise.

Ce qui use, ce n’est pas la souffrance des gens.
C’est cette tendance profondément humaine à confondre ce que l’on ressent avec ce qui est.

« C’est blessant. »
« C’est choquant. »
« C’est terrible. »

Non pas parce que c’est faux.
Mais parce que c’est vécu comme tel. Et la nuance est immense. Et cette nuance, à force, devient terriblement fatiguante à porter seul.

Nous faisons tous cela, souvent sans même nous en rendre compte. C’est un réflexe ancien, presque automatique, du psychisme humain : interpréter le monde à travers nos blessures, nos peurs, notre histoire.

Parce que lorsque l’on a compris que ce que l’on ressent est une lecture du monde, pas le monde lui-même, on ne peut plus faire semblant de ne pas voir que la majorité des tensions humaines naissent précisément de cette confusion.

Alors on regarde les gens et parfois soi-même se débattre dans des interprétations, exiger des autres qu’ils s’ajustent en permanence à leurs émotions respectives, demander au monde d’être parfait pour ne pas avoir à apprendre à se réguler.

Et un jour, une pensée surgit, un peu brutale, un peu honnête, un peu drôle malgré tout :

« Mais réveillez-vous, bon sang. »

Pas par mépris.
Par saturation.

Saturation de voir des adultes demander une délicatesse infinie des autres alors qu’ils peinent eux-mêmes à se montrer cette délicatesse intérieure. Saturation de cette hypersensibilité non régulée qui transforme le moindre détail en drame existentiel. Saturation de cette culture où tout devient « problématique », où tout devient « blessant », où tout devient « insupportable ».

Tout semble grave.
Tout semble excessif.
Tout semble demander une adaptation constante de l’extérieur.

Et plus personne ne semble se demander :
« Qu’est-ce qui, dans ce que je ressens, m’appartient ? »

Le paradoxe, c’est que cette lassitude touche souvent ceux qui ont beaucoup travaillé sur eux. Ceux qui savent ce que coûte l’introspection. Ceux qui ont appris, parfois dans la douleur, à faire cette phrase simple et pourtant révolutionnaire :
« Ce que je ressens m’appartient. »

Et qui se retrouvent entourés de personnes qui, sans malveillance, font l’inverse :
« Ce que je ressens est ta responsabilité. »

À force, cela donne une impression étrange.
Comme si l’immaturité émotionnelle était devenue la norme sociale.

On ne devient pas dur.
On devient lucide… sans avoir encore retrouvé l’énergie d’être indulgent.

Habituellement, la lucidité s’accompagne de patience. On comprend, on contextualise, on excuse. Mais quand la fatigue s’installe, il ne reste plus que la lucidité. Et elle devient tranchante.

On ne supporte plus le bruit émotionnel ambiant.
On ne supporte plus la dramatisation chronique.
On ne supporte plus l’absence totale de recul sur soi.

On ne supporte plus d’être celui qui comprend pendant que les autres exigent.

Et pourtant, cette lassitude n’est pas un défaut.
C’est un signal.

Le signal que l’on ne peut plus vivre en sur-adaptation permanente. Le signal que l’on ne peut plus, seul, porter la maturité émotionnelle de tout un groupe. Le signal que nos limites relationnelles ont besoin d’être réajustées.

Moins d’indulgence automatique.
Moins de disponibilité psychique.
Moins d’efforts pour expliquer ce qui, au fond, ne demande qu’une chose : que chacun, à son rythme, grandisse un peu.

Et surtout plus de place pour soi.

Il y a même une pointe d’humour dans cette prise de conscience. Parce qu’on réalise qu’on a passé des années à apprendre à mieux se réguler… pour finir par ne plus supporter que les autres ne le fassent pas.

Ironie splendide de la lucidité.

Mais cette étape est saine. Profondément saine.

Elle marque le moment où l’on cesse de compenser l’immaturité émotionnelle des autres. Où l’on accepte que chacun soit responsable de ce qui se passe à l’intérieur de lui. Où l’on arrête de vouloir être l’adulte mature émotionnellement parlant dans toutes les pièces.

Ce n’est pas un rejet des autres.
C’est un retour à soi.

Une économie psychique nécessaire.

Et paradoxalement, c’est souvent à ce moment-là que quelque chose s’apaise. Parce que l’on cesse de vouloir que les autres comprennent. On cesse de vouloir les réveiller. On cesse de vouloir leur apprendre ce qu’ils ne sont pas prêts à apprendre.

On se contente de cette vérité simple, presque libératrice qui est que l'intelligence émotionnelle ne consiste pas à exiger que le monde soit doux avec nous.
Elle consiste à apprendre à être solide à l’intérieur de soi.

Et cela, personne ne peut le faire à la place de quelqu’un.

A bientôt au cabinet ✨

Clémence

Il existe un moment très particulier dans certaines relations dont on parle peu, parce qu’il est déroutant, blessant, et...
24/01/2026

Il existe un moment très particulier dans certaines relations dont on parle peu, parce qu’il est déroutant, blessant, et terriblement difficile à comprendre quand on le vit.

Ce moment où la veille, tout était là.

La présence.
La chaleur.
L’amour.
La connexion.
Les regards qui disent plus que des phrases entières.
La sensation rare d’être profondément rejoint.

Et le lendemain…

Rien.

Comme si l’épisode avait été effacé du disque dur.
Comme si la personne qui vous tenait la main la veille avait été remplacée par son cousin éloigné, vaguement poli, émotionnellement sous anesthésie.

Ce phénomène n’est ni de l’indifférence, ni de la manipulation, ni un manque de sentiments.
C’est quelque chose de beaucoup plus subtil, beaucoup plus profond, et surtout beaucoup plus neurologique que relationnel.

Ce que l’on appelle, en psychologie de l’attachement, une désactivation post-intimité.

Pendant les moments de grande proximité affective, le système d’attachement s’active fortement. Le cerveau libère de l’ocytocine, de la dopamine, les structures limbiques s’ouvrent, la personne est réellement là, réellement engagée, réellement sincère. Ce n’est pas du théâtre. Ce n’est pas une stratégie. Ce n’est pas un rôle.

C’est un état neuro-émotionnel authentique.

Puis, une fois l’intensité passée, un autre système entre en scène : le système de protection.

Et ce système, chez certaines personnes notamment celles qui ont un style d’attachement évitant ou ambivalent-évitant considère l’intimité prolongée comme une zone de danger.

Danger de dépendre.
Danger d’avoir besoin.
Danger de perdre le contrôle.
Danger d’être vulnérable.
Danger de ressentir trop.

Alors le cerveau fait ce qu’il sait faire de mieux pour survivre : il coupe.

Pas consciemment.
Pas volontairement.
Pas par méchanceté.

Il désactive l’accès émotionnel à ce qui vient de se passer.

Là où, pour l’un, le lien est continu, pour l’autre, il devient intermittent.

Ce qui est vécu comme une incohérence insupportable par celui qui est resté dans l’ouverture :
« Comment peut-il faire comme si rien ne s’était passé ? »

La réponse est dérangeante :
il ne fait pas semblant.
Il ne se force pas.
Il ne joue pas.

Il est simplement revenu dans sa zone de sécurité psychique.

Plus le moment partagé a été intense, plus la coupure du lendemain peut être brutale. Parce que plus l’activation affective a été forte, plus le système de protection ressent le besoin de rétablir une distance.

C’est un mécanisme décrit de manière très précise par les travaux de Mikulincer et Shaver sur l’attachement adulte, par Allan Schore sur la régulation droite/gauche du cerveau relationnel, et par Gillath sur la suppression cognitive des affects d’attachement.

Mais vécu dans une relation, cela ressemble à une scène presque comique… si elle n’était pas aussi douloureuse.

On passe d’un homme capable de vous regarder comme si vous étiez l’unique personne au monde à quelqu’un qui, douze heures plus t**d, répond à vos messages comme s’il réservait un créneau chez le dentiste.

Et le plus troublant, c’est qu’aucun des deux états n’est faux.

Il ne ment pas quand il est proche.
Il ne ment pas quand il est distant.

Il change simplement d’état neurologique.

C’est là que beaucoup de femmes et certains hommes se mettent à douter d’eux-mêmes. Elles cherchent l’erreur, la faute, le moment où elles auraient « trop demandé », « trop aimé », « trop été ».

Alors que ce qu’elles observent n’a rien à voir avec elles.

Elles assistent à un cerveau qui tente de réguler sa propre tolérance à l’intimité.

Et cela change absolument tout.

Parce que ce n’est plus une question d’amour.

C’est une question de capacité à rester dans l’amour sans se sentir en danger.

Certaines personnes savent nager longtemps dans l’océan de la connexion.
D’autres ont besoin de retourner très vite sur la plage, reprendre leur souffle, et faire semblant que l’eau n’était pas si chaude que ça.

Ce qui rend la situation encore plus déstabilisante, c’est que ces personnes ne comprennent souvent pas elles-mêmes ce qui se passe. Elles peuvent sincèrement vous dire :
« Mais je suis pareil, je n’ai pas changé. »

Et dans leur expérience intérieure, c’est vrai.

Elles ne se rendent pas compte qu’elles viennent de refermer la porte émotionnelle qu’elles avaient grande ouverte la veille.

Ce phénomène explique pourquoi certaines relations donnent l’impression d’être magnifiques dans l’instant et impossibles dans la continuité.

Ce n’est pas l’intensité qui manque.
C’est la stabilité.

Ce n’est pas la profondeur qui fait défaut.
C’est la capacité à y rester.

Et comprendre cela permet quelque chose de fondamental :
cesser de se sentir f***e.

Cesser de chercher une logique relationnelle là où il y a une logique neuro-protectrice.

Cesser de croire que si l’on était « suffisamment aimable », l’autre resterait dans cet état d’ouverture.

Non.

Il ne s’agit pas de quantité d’amour.
Il s’agit de tolérance à l’intimité.

Et cela, malheureusement, personne ne peut le faire à la place de l’autre.

Mais le comprendre permet de ne plus s’y perdre.

Et parfois, c’est déjà immense.

A bientôt ✨

Clémence

La sécurité intérieure n’est pas un état. C’est une capacité.Elle ne dépend pas du silence autour de soi, ni de la douce...
22/01/2026

La sécurité intérieure n’est pas un état. C’est une capacité.

Elle ne dépend pas du silence autour de soi, ni de la douceur du monde, ni même de l’absence de menaces réelles. Elle dépend de la manière dont le système nerveux, l’histoire affective, les expériences relationnelles et les représentations internes ont appris ou non à reconnaître qu’un danger peut exister sans que l’être entier se sente en péril.

C’est une architecture invisible.

Un enfant qui a été accueilli, contenu, regardé avec constance ne développe pas seulement de l’attachement, il développe une carte intérieure du monde. Une carte dans laquelle la peur ne signifie pas la perte, la frustration ne signifie pas l’abandon, et l’incertitude ne signifie pas l’effondrement. Cette carte devient, à l’âge adulte, ce que nous appelons la sécurité intérieure.

Elle ne se voit pas. Mais elle s’entend dans la voix. Elle se lit dans la posture. Elle se ressent dans la manière dont une personne traverse une épreuve sans se dissoudre dedans.

La neuroscience affective nous apprend que cette sécurité n’est pas une croyance, mais une organisation neurobiologique. Le nerf vague ventral, décrit par Stephen Porges, permet l’engagement social, la régulation émotionnelle, le sentiment de sûreté corporelle. Quand il est fonctionnel, le corps sait avant même que la pensée n’intervienne, que tout ne menace pas l’intégrité de l’être. Quand il est défaillant, la personne peut être en sécurité objectivement, mais vivre subjectivement comme si elle ne l’était jamais.

C’est là que la thérapie devient un lieu de reconstruction et non d’explication.

Car la sécurité intérieure ne se transmet pas par des arguments. Elle se réapprend par l’expérience.

Elle se tisse dans la relation.

Elle se reconstruit lorsque, face à un thérapeute stable, prévisible, contenant, le système nerveux du patient découvre peu à peu une réalité nouvelle : il est possible d’exister, d’éprouver, de parler, de douter, sans que cela mette en péril le lien. Cette répétition silencieuse modifie les circuits neuronaux profonds impliqués dans la détection de menace, notamment l’amygdale, l’insula, le cortex préfrontal médian. Ce que l’on nomme « sécurité intérieure » est en réalité une diminution progressive de l’hypervigilance neurobiologique.

Allan Schore parle de « régulation affective dyadique » : avant d’être capable de se réguler seul, l’être humain apprend à se réguler avec l’autre. Et lorsque cela n’a pas été suffisamment possible dans l’enfance, la thérapie devient ce lieu t**dif où cette compétence se construit enfin.

C’est pour cela que certaines personnes comprennent parfaitement leur histoire, leurs traumas, leurs mécanismes… et restent pourtant profondément insécurisées. Comprendre n’apaise pas un système nerveux qui n’a jamais appris la sûreté.

La sécurité intérieure ne naît pas de l’analyse. Elle naît de l’expérience répétée de ne pas être en danger.

Daniel Siegel décrit cela comme une intégration, c'est à dire lorsque les différentes parties du cerveau cessent de fonctionner en mode survie pour coopérer en mode présence. L’individu n’est plus en lutte constante contre l’environnement. Il peut ressentir sans se défendre. Penser sans se méfier. Être sans anticiper.

C’est alors qu’apparaît quelque chose de particulier chez ces personnes : elles ne cherchent plus à contrôler le monde pour se sentir bien. Elles savent qu’elles iront bien même si le monde ne se comporte pas comme prévu.

Voilà le cœur de la sécurité intérieure.

Ce n’est pas l’assurance que tout ira bien. C’est la certitude intime que, quoi qu’il arrive, on ne se perdra pas soi-même.

Cette sécurité transforme radicalement la manière d’aimer, de travailler, de traverser les conflits, de vivre les séparations, de supporter l’incertitude. Elle permet de rester entier dans des contextes qui, auparavant, auraient provoqué un effondrement.

On reconnaît les personnes qui en manquent à leur besoin constant de réassurance, à leur difficulté à tolérer l’attente, à leur hypercontrôle, à leur anxiété diffuse, à leur peur du rejet, à leur besoin de comprendre avant de ressentir. Leur cerveau tente désespérément de fabriquer, par la pensée, une sécurité que le corps ne connaît pas.

Et l’on reconnaît celles qui la possèdent à une forme de calme discret. Elles ne cherchent pas à prouver. Elles ne cherchent pas à maîtriser. Elles avancent.

La sécurité intérieure est une base. Une base qui permet le courage, la créativité, l’amour, la liberté.

Sans elle, toute l’énergie psychique est consacrée à survivre.

Avec elle, l’énergie peut enfin servir à vivre.

C’est précisément ce que permet un travail thérapeutique profond : offrir à une personne, parfois pour la première fois de sa vie, l’expérience répétée, stable et incarnée de la sûreté. Jusqu’à ce que cette expérience devienne une structure interne. Jusqu’à ce qu’elle n’ait plus besoin du cadre pour exister.

Alors, un jour, sans même s’en rendre compte, la personne ne vient plus en thérapie pour se sentir en sécurité.

Elle vient parce qu’elle l’est devenue.

A bientôt au cabinet ✨

Clémence

Sources scientifiques (sélection concise)
Porges, S. (2011). The Polyvagal Theory. Norton.
Schore, A. (2003). Affect Regulation and the Repair of the Self. Norton.
Siegel, D. (2012). The Developing Mind (2nd ed.). Guilford Press.

Il y a une chose que l’on découvre tôt quand on va mal, et t**d quand on va bien : ce ne sont pas les grandes trahisons ...
21/01/2026

Il y a une chose que l’on découvre tôt quand on va mal, et t**d quand on va bien : ce ne sont pas les grandes trahisons qui blessent le plus, mais les silences bien polis. Ceux qui savent. Qui ont compris. Qui ont vu les signaux faibles, la voix moins stable, le regard qui s’éteint un peu trop vite, les mots qui trébuchent et qui, pourtant, n’ont pas pris de nouvelles. Pas parce qu’ils ne pouvaient pas. Parce qu’ils ne voulaient pas déranger leur confort.

Ils ne sont pas méchants. C’est plus subtil, et donc plus intéressant. Ils sont absorbés. Repliés. Englués dans ce que les neurosciences appellent une attention auto-centrée, un cerveau occupé à se commenter lui-même en permanence, incapable de déplacer son projecteur intérieur vers l’autre sans effort conscient. Leur empathie existe, bien sûr. Mais elle est conditionnelle. Elle fonctionne quand elle ne coûte rien. Quand elle ne demande ni disponibilité émotionnelle, ni décentrage, ni remise en question de leur propre récit.

Parce que voir que quelqu’un va mal, vraiment mal, ce n’est jamais neutre. Cela crée une dissonance. Cela oblige à sentir quelque chose. Et le cerveau humain, quand il n’a pas appris à réguler ses affects, préfère souvent l’évitement à la présence. C’est plus économique. Moins risqué. Alors on rationalise. On minimise. On interprète. On se raconte que « ça va passer », que « de toute façon, il ou elle est comme ça », ou, plus élégant encore : que « ce n’est pas à moi d’intervenir ». Une grande phrase pour dire : je vois, mais je détourne le regard.

Il y a aussi ceux qui snobent. Ceux qui, face à la vulnérabilité, choisissent la hauteur. Une posture défensive très répandue qui est de se placer au-dessus pour ne pas être contaminé par la fragilité de l’autre. Psychologiquement, c’est limpide. La souffrance de l’autre active leur propre peur de l’effondrement. Alors ils prennent de la distance, comme on mettrait des gants pour ne pas toucher quelque chose de brûlant. Ce n’est pas de l’indifférence. C’est une panique bien déguisée.

Et puis il y a les ruminants. Ceux pour qui la réalité n’existe qu’à travers leur filtre interne. Tout passe par eux, revient à eux, se plie à leur lecture du monde. Si tu vas mal, c’est forcément en lien avec eux, ou en contradiction avec ce qu’ils croient. Ils n’entendent pas ce que tu vis ; ils entendent ce que cela provoque chez eux. Leur cerveau est saturé par des boucles cognitives auto-référencées. Ce n’est pas de l’égoïsme au sens moral. C’est un enfermement psychique. Mais vu de l’extérieur, cela ressemble furieusement à un manque total de considération.

Ce qui est troublant, c’est que ces comportements ne sont pas l’exception. Ils sont la norme dans une société où l’on valorise la performance émotionnelle mais pas la présence réelle. Où l’on sait parler de bienveillance mais où l’on ne sait pas rester quand ça tremble. Où l’on confond le fait de ne pas nuire avec le fait de prendre soin.
Spoiler : ce n’est pas la même chose.

Ce que peu de gens comprennent, c’est que prendre des nouvelles de quelqu’un qui va mal n’exige pas de solution, ni de compétence particulière. Cela exige surtout un système nerveux capable de tolérer l’inconfort. De rester là sans réparer. Sans expliquer. Sans ramener à soi. Et cette capacité-là, elle ne s’improvise pas. Elle se construit. Elle s’apprend. Elle se travaille.

Alors oui, certains ne prennent pas de nouvelles. Pas parce que tu ne comptes pas. Mais parce que leur monde intérieur est trop étroit pour contenir ta douleur sans se fissurer. Ce n’est pas une excuse. C’est un constat clinique.

Et si ce texte dérange, tant mieux. Il n’est pas là pour rassurer. Il est là pour nommer. Pour redonner de la dignité à ceux qui ont senti, un jour, que leur silence social n’était pas une imagination, mais une réalité psychique collective. Il est là aussi pour rappeler une chose essentielle : quand quelqu’un va mal, la question n’est pas « est-ce que je sais quoi dire ? », mais « est-ce que je suis capable d’être là ? ».

C’est souvent à cet endroit précis que tout se joue. Et c’est exactement là que commence le travail thérapeutique.

Avec bienveillance ✨

Clémence

Sources

– Decety, J. & Jackson, P. L. (2004). The functional architecture of human empathy. Behavioral and Cognitive Neuroscience Reviews.
– Eisenberger, N. I. (2012). The neural bases of social pain. Current Directions in Psychological Science.
– Watkins, E. (2008). Rumination-focused cognitive-behavioral therapy. Behaviour Research and Therapy

20/01/2026
Phrases qu’un psy ne devrait jamais dire. Jamais.(Sinon, il faut fuir. Calmement. Mais fuir) 🤣Un psy reste un être humai...
15/01/2026

Phrases qu’un psy ne devrait jamais dire. Jamais.
(Sinon, il faut fuir. Calmement. Mais fuir) 🤣

Un psy reste un être humain.
Il peut chercher ses mots. Reformuler. Se tromper parfois.
Mais il y a des phrases qui ne sont pas des maladresses.
Ce sont des phrases qui donnent envie de regarder l’horloge.
Ou la sortie.
Ou de se dire : « Ah. Donc c’est ça la thérapie. »

Petit best-of.
À lire en souriant. Si possible.

« Il faut positiver. »
Merci.
Je n’y avais pas pensé.
C’est fou comme, depuis que vous l’avez dit, tout va mieux.
(Non.)

« Vous exagérez un peu. »
Parfait.
Me voilà donc triste et pénible.
Combo gagnant.

« D’autres vivent pire que vous. »
Oui.
Et d’autres vivent mieux.
Mais rassurez-moi : ici, on est bien en thérapie, pas au classement général de la souffrance ?

« Vous êtes trop sensible. »
Ah.
Donc ce n’est pas que la situation est difficile.
C’est juste moi qui suis mal réglé(e).
Je note.

« C’est dans votre tête. »
Effectivement.
C’est d’ailleurs pour ça que je suis venu(e) voir… un psy. Pas un plombier.

« Il faut tourner la page. »
Bien sûr.
Dès que vous m’expliquez où se trouve la page.
Et comment on la tourne sans arracher le livre.

« Vous devriez pardonner. »
Ah oui.
Donc maintenant, en plus d’aller mal, j’ai un devoir moral à rendre.
Super ambiance.

« Moi, à votre place, je ferais… »
Heureusement que vous n’y êtes pas.
Parce que sinon, je serais venu(e) pour quoi, exactement ?

Un bon psy ne juge pas.
Il ne juge pas les émotions.
Il ne les classe pas en “exagérées”, “inadéquates” ou “inacceptables”.
En revanche, il peut les nommer, les normaliser et les rendre compréhensibles au regard de l’histoire et de la situation de la personne.
Il ne dit pas ce qu’il faut ressentir, faire ou devenir.

Mais non, un bon psy ne fait pas que hocher la tête en silence non plus.
Il est vivant. Présent. Engagé.
Il écoute, il pense, il communique.
Il comprend et il aide à comprendre.
Il soutient sans infantiliser.
Il questionne sans écraser.

Et surtout, un bon psy ne fait jamais sentir à quelqu’un qu’il est “trop”, “pas assez”.

Si, en séance, tu ressors avec l’impression d’être jugé(e), corrigé(e), ou un peu honteux(se) d’aller mal…
Ce n’est probablement pas un manque de motivation.
C’est peut-être juste le mauvais psy. Et c'est OK 😅

(Et non, rassure-toi : les bons existent.
Ils sont humains. Empathiques. Bienveillants.
Et bizarrement… on se sent mieux en leur parlant.)

A bientôt au cabinet 😊

Clémence

La nostalgie n’est pas une faiblesse de l’âme ni un refuge pour esprits fragiles. Elle est une fonction psychique sophis...
13/01/2026

La nostalgie n’est pas une faiblesse de l’âme ni un refuge pour esprits fragiles. Elle est une fonction psychique sophistiquée, l’une des plus complexes que le cerveau humain ait élaborées pour composer avec le temps, la perte et la continuité de soi. Elle n’est ni le passé qui revient, ni le présent qui fuit : elle est l’instant précis où la conscience tente de recoudre ce qui a été vécu avec ce qui ne le sera plus.

D’un point de vue neuropsychologique, la nostalgie mobilise un réseau particulièrement dense : l’hippocampe, gardien de la mémoire autobiographique ; le cortex préfrontal médian, impliqué dans l’identité narrative ; l’amygdale, qui teinte le souvenir d’émotion ; et les circuits dopaminergiques, paradoxalement activés non par ce qui est présent, mais par ce qui est absent. Ce n’est pas un hasard si la nostalgie fait à la fois mal et du bien. Le cerveau, face à la perte irréversible, libère de la dopamine non pour nier la douleur, mais pour maintenir la cohésion du sujet. La nostalgie est une tentative de stabilisation interne.

Psychiquement, elle apparaît lorsque le sentiment de continuité est menacé. Elle surgit aux carrefours de l’existence : transitions, séparations, changements identitaires, crises existentielles, parentalité, vieillissement, deuils visibles ou invisibles. Elle ne parle pas tant de ce qui a été que de ce qui a compté. Elle désigne, avec une précision silencieuse, les lieux où le sujet s’est senti vivant, aligné, relié. En ce sens, la nostalgie est un révélateur clinique d’une immense finesse : elle indique les besoins fondamentaux qui ont été nourris un jour et qui ne le sont plus de la même façon.

Contrairement à l’idée reçue, la nostalgie n’est pas une idéalisation naïve du passé. Les études en psychologie cognitive montrent qu’elle est sélective, certes, mais non mensongère. Le cerveau ne falsifie pas : il condense. Il extrait l’essence émotionnelle d’un vécu pour la rendre transportable dans le présent. Ce que la nostalgie convoque, ce n’est pas la réalité historique d’un moment, mais sa valeur affective. Le souvenir nostalgique n’est pas une archive ; c’est un signal.

Cliniquement, la nostalgie devient pathologique non lorsqu’elle est intense, mais lorsqu’elle est figée. Lorsqu’elle cesse d’être un pont et devient une tombe. Lorsqu’elle n’informe plus le présent, mais l’empêche. Là, elle se transforme en mélancolie, en inhibition, en retrait. Mais lorsqu’elle circule, lorsqu’elle est pensée, symbolisée, accompagnée, elle devient une force de transformation remarquable. Elle permet au sujet de reconnaître ce qu’il a perdu sans se perdre lui-même.

La nostalgie n’est pas orientée vers le passé, elle est orientée vers le sens. Elle demande qu’est-ce qui, dans ce moment révolu, répondait à quelque chose d’essentiel en moi ? Était-ce la sécurité ? La liberté ? La reconnaissance ? L’intensité du lien ? Le sentiment d’exister pleinement ? Derrière chaque nostalgie se cache un besoin psychique fondamental qui cherche à être réactualisé autrement.

Dans le travail thérapeutique, la nostalgie est une alliée précieuse. Elle ouvre un accès direct à l’identité profonde, à la mémoire émotionnelle, à la structure du désir. Elle permet de travailler la perte sans la nier, de transformer l’attachement sans l’arracher, de redonner du mouvement là où la vie s’est rigidifiée. Elle n’appelle pas à retourner en arrière, mais à comprendre ce qui, en nous, appelle encore.

Il y a, dans la nostalgie, une immense dignité. Elle prouve que le sujet a aimé, qu’il a investi, qu’il a été touché. Elle est la trace laissée par le vivant. Elle est le prix à payer pour avoir été relié au monde. Un être qui ne ressent jamais de nostalgie est un être qui n’a jamais vraiment habité sa propre existence.

La nostalgie, lorsqu’elle est accueillie et pensée, ne nous emprisonne pas dans ce qui n’est plus. Elle nous rappelle ce que nous sommes capables de ressentir. Elle devient alors une boussole intime, discrète mais fiable, indiquant non pas où aller, mais comment vivre avec profondeur, avec attachement, avec présence. Et surtout, sans renier ce qui a compté et qui compte souvent encore...

A bientôt au cabinet ✨

Clémence

Nous fêtons les trois ans du cabinet ! Trois ans, ce n’est pas un anniversaire.C’est une traversée. Trois ans à tenir un...
12/01/2026

Nous fêtons les trois ans du cabinet !

Trois ans, ce n’est pas un anniversaire.
C’est une traversée.

Trois ans à tenir un lieu où l’on ne vient pas quand tout va bien. Trois ans à accueillir ce que le monde ne veut pas voir : l’effondrement discret, la fatigue d’exister, la violence rentrée, la peur nue, la honte muette, la lucidité qui isole. Trois ans à être là quand les certitudes tombent, quand les rôles se fissurent, quand l’on ne sait plus comment continuer sans se perdre davantage.

Ce métier ne commence pas le jour où l’on ouvre un cabinet.
Il commence le jour où l’on accepte d’être affecté sans être englouti.
D’être traversé sans se défendre.
D’entendre sans détourner le regard.

Depuis trois ans, j’ai vu ce que peu de lieux acceptent encore de contenir. J’ai vu des êtres humains lutter contre eux-mêmes avec une précision chirurgicale. J’ai vu des intelligences se retourner contre leur propre porteur. J’ai vu des corps tenir debout par loyauté, par habitude, par survie, bien après que le sens se soit absenté. J’ai vu des personnes qui n’allaient pas « mal », mais qui n’allaient plus nul part.

Ce cabinet est devenu un espace où l’on cesse de tricher.
Pas avec les autres.
Avec soi.

Ici, on ne vient pas pour être rassuré. On vient pour comprendre. Comprendre ce qui, en soi, a été organisé pour survivre. Comprendre pourquoi ça tient encore alors que ça fait mal. Comprendre pourquoi lâcher fait plus peur que souffrir. Comprendre ce que l’on a appris trop tôt, trop vite, trop seul.

Il n’y a rien de romantique dans ce travail.
Il y a de la précision.
Du courage.
Une exigence intérieure absolue.

Car accompagner quelqu’un, ce n’est pas le porter. Ce n’est pas le réparer. C’est accepter de marcher à côté, là où les défenses tombent, là où les discours se détruisent, là où l’on ne peut plus se raconter d’histoire sans se mentir. C’est soutenir l’instant exact où une personne cesse de fuir ce qu’elle est devenue pour commencer à se rencontrer.

Trois ans m’ont appris une chose essentielle : la souffrance n’est jamais un accident. Elle est une solution ancienne, devenue trop étroite. Elle a une logique implacable. Et tant que cette logique n’est pas reconnue, respectée, pensée, rien ne change vraiment. Tout le reste n’est que déplacement.

Ce lieu existe pour cela.
Pour ralentir ce qui fuit.
Pour mettre de la pensée là où il n’y avait que de la réaction.
Pour redonner de la cohérence à ce qui a été morcelé.

Ici, on ne demande pas d’être fort. On demande d’être vrai.
Ici, on ne cherche pas à aller mieux vite. On cherche à aller juste.
Ici, on ne supprime pas les symptômes comme on efface une erreur. On écoute ce qu’ils protègent, ce qu’ils disent, ce qu’ils empêchent de s’effondrer.

En trois ans, j’ai vu des vies se réorganiser sans bruit. Pas dans l’euphorie. Dans la solidité. J’ai vu des personnes cesser de se violenter intérieurement. J’ai vu des choix apparaître là où il n’y avait que des impasses. J’ai vu cette transformation rare, celle où l’on n’a plus besoin de se nier pour continuer à vivre.

Tenir ce cabinet, c’est tenir un cadre quand tout vacille. C’est être le point fixe quand l’autre perd ses repères. C’est accepter de ne pas être applaudi, de ne pas être remercié, parfois même de ne pas être compris. Parce que ce qui se joue ici dépasse largement le confort, les mots polis, les récits lisses.

Trois ans.
Et cette certitude désormais ancrée qui démontre que quand un être humain cesse de se mentir, même douloureusement, quelque chose d’irréversible commence. Une liberté intérieure qui ne fait pas de bruit, mais qui ne disparaît plus.

Ce cabinet n’est pas un lieu de promesses.
C’est un lieu de vérité.
Et c’est précisément pour cela qu’il soigne.

Merci à tous pour votre confiance 🙏🏼

Avec le cœur ❤️

Clémence

Adresse

187 Impasse De L'école
Cendras
30480

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Lundi 09:00 - 20:00
Mardi 09:00 - 20:00
Mercredi 10:00 - 20:00
Jeudi 09:00 - 20:30
Vendredi 09:00 - 20:00
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