Clémence Grange Psychothérapeute - Hypnothérapeute - Psychanalyste

Clémence Grange Psychothérapeute - Hypnothérapeute - Psychanalyste Diplômée Master (Bac+5)
Psychothérapie/Accompagnement psychologique
Thérapie cognitive comportementale (TCC)
Hypnose Ericksonienne
Psychanalyse
Art-thérapie

La maternité est un révélateur psychique majeur.Chez les femmes autistes, elle agit rarement comme une simple transition...
16/02/2026

La maternité est un révélateur psychique majeur.
Chez les femmes autistes, elle agit rarement comme une simple transition développementale. Elle fonctionne comme un facteur de stress neurobiologique intense, capable de faire émerger ou d’effondrer des stratégies adaptatives construites parfois depuis l’enfance.

L’autisme féminin est aujourd’hui largement reconnu comme sous-diagnostiqué, notamment en raison de capacités élevées de camouflage social, d’imitation, d’hyper-contrôle comportemental et de suradaptation relationnelle. Ces stratégies, efficaces dans un cadre structuré, deviennent extrêmement coûteuses sur le plan neurophysiologique.
La maternité vient précisément mettre ces stratégies en échec.

D’un point de vue neuropsychologique, la femme autiste présente souvent une hypersensibilité sensorielle (auditive, tactile, proprioceptive, interoceptive), une vulnérabilité accrue à la surcharge cognitive, une régulation émotionnelle plus dépendante de la prévisibilité et de la routine, une fatigue de fond liée à l’hypervigilance permanente.

La grossesse, puis la période post-partum, introduisent une instabilité radicale dans chacun de ces domaines.

Sur le plan sensoriel, les stimuli deviennent continus, imprévisibles et non modulables. Les pleurs, le contact corporel prolongé, les variations de sommeil, les odeurs, la lumière, les sollicitations sociales répétées activent de façon chronique les circuits de stress. Le système nerveux autonome reste en alerte prolongée, avec un risque accru d’épuisement, de shutdown ou de meltdown souvent mal interprétés par l’entourage comme de la “fragilité” ou un défaut d’adaptation maternelle.

Sur le plan cognitif, la maternité impose une charge exécutive massive : anticiper, planifier, décider rapidement, gérer plusieurs flux d’information simultanément. Or, chez de nombreuses femmes autistes, les fonctions exécutives sont performantes en environnement stable mais rapidement saturables en contexte chaotique. Ce n’est pas un manque de compétence. C’est une limite neurofonctionnelle.

Sur le plan émotionnel, la situation est paradoxale. Contrairement à un préjugé encore tenace, les femmes autistes ne présentent pas un déficit d’empathie. Elles présentent souvent une hyper-empathie émotionnelle, non filtrée, difficile à hiérarchiser. Elles ressentent intensément les signaux émotionnels de leur enfant, parfois au point de s’y confondre. Cela crée un lien extrêmement fin, mais aussi une vulnérabilité majeure à l’épuisement compassionnel.

D’un point de vue clinique, on observe fréquemment chez les mères autistes une anxiété élevée, souvent somatisée, des troubles du sommeil sévères et persistants, des épisodes dépressifs atypiques, parfois sans tristesse apparente mais marqués par un retrait, une perte d’élan vital, une anesthésie émotionnelle, un sentiment massif d’inadéquation maternelle, renforcé par des normes sociales implicites auxquelles elles ne peuvent se conformer.

Il est essentiel de dire que ce ne sont pas leurs compétences parentales qui posent problème, mais l’absence d’ajustement de l’environnement à leur fonctionnement neurobiologique.

Cliniquement, ces mères sont souvent extrêmement attentives aux besoins réels de leur enfant. Elles repèrent précocement les signaux de stress, les difficultés de régulation, les particularités sensorielles. Elles proposent des réponses cohérentes, constantes, sécurisantes. Leur parentalité est souvent structurée, réfléchie, profondément engagée.
Mais cette qualité relationnelle s’exerce à un coût interne considérable lorsqu’elle n’est pas soutenue.

Un phénomène central, bien documenté aujourd’hui, est celui de l’effondrement du camouflage après la maternité. De nombreuses femmes découvrent leur autisme à cette période de vie. Non pas parce qu’il apparaît, mais parce que le corps ne peut plus compenser. La fatigue devient chronique. Les symptômes anxieux augmentent. Les capacités d’adaptation sociale s’effondrent. Ce moment est souvent vécu comme une décompensation, alors qu’il s’agit en réalité d’une révélation clinique.

Le diagnostic t**dif, lorsqu’il est posé avec justesse, a un effet thérapeutique majeur. Il permet une réattribution correcte des difficultés, une réduction de la culpabilité, et surtout la mise en place d’aménagements réalistes comme la réduction de la surcharge, le respect des besoins sensoriels, la réorganisation du quotidien et le soutien psychologique adapté.

Accompagner une mère autiste ne consiste jamais à lui apprendre à être “plus maternelle”.
Il s’agit de l’aider à protéger son système nerveux, à reconnaître ses limites sans honte, à sortir des injonctions normatives, et à comprendre que sa façon d’aimer, bien que différente, est profondément sécurisante pour l’enfant.

La maternité chez la femme autiste n’est ni un échec, ni une exception héroïque.
C’est une expérience exigeante, neurobiologiquement coûteuse, psychiquement profonde, qui peut devenir extraordinairement ajustée lorsqu’elle est comprise, soutenue et respectée.

Et lorsque la clinique est juste, lorsque l’accompagnement est fin, cette maternité devient non seulement viable, mais souvent remarquablement saine pour l’enfant, pour la mère, et pour la relation elle-même.

A bientôt au cabinet

Clémence

Nous soutenir ça peut se faire aussi comme ça, ça coûte rien mais ça fait déjà beaucoup ! Grâce à cela nous gagnons en v...
16/02/2026

Nous soutenir ça peut se faire aussi comme ça, ça coûte rien mais ça fait déjà beaucoup ! Grâce à cela nous gagnons en visibilité et c'est déjà énorme 😊🙏🏼
Merci à tous !

Il existe une illusion très moderne, très élégante, très bien emballée, qui fait beaucoup de dégâts dans les cabinets de...
10/02/2026

Il existe une illusion très moderne, très élégante, très bien emballée, qui fait beaucoup de dégâts dans les cabinets de thérapie.

C’est l’illusion de la vitesse.

Nous vivons dans une époque où tout doit aller vite. Les réponses, les livraisons, les messages, les carrières, les relations, la réussite, le bien-être. Nous avons appris à tolérer l’attente pour un colis, mais plus pour notre propre transformation intérieure.

Alors, quand quelqu’un commence une thérapie, il arrive avec, souvent sans le savoir, cette attente silencieuse : « Si je viens chaque semaine, je devrais déjà me sentir mieux. »

Comme si l’esprit humain fonctionnait comme une application qu’on met à jour.

Comme si ving, trente ou cinquante années de fonctionnement psychique pouvaient se réécrire à la vitesse d’un téléchargement en Wi-Fi.

Comme si les circuits neuronaux qui se sont consolidés jour après jour, émotion après émotion, expérience après expérience, pouvaient être remplacés par un simple « changement de perspective ».

Le cerveau n’est pas pressé.

Et c’est une très bonne nouvelle.

Car ce qui va vite dans le psychisme ne tient jamais longtemps.

Ce qui va vite rassure.
Ce qui va lentement transforme.

Un changement durable, un changement qui s’intègre, un changement qui se consolide, un changement qui ne s’effondre pas à la première contrariété, repose sur un phénomène très précis que les neurosciences décrivent avec une grande clarté : la plasticité neuronale.

La plasticité n’est pas spectaculaire. Elle n’est pas bruyante. Elle ne fait pas de promesses. Elle travaille dans l’ombre, par répétition, par consolidation, par renforcement progressif de nouvelles voies.

Elle demande du temps.

Pas parce que vous êtes « difficile ».
Pas parce que la thérapie « ne marche pas ».
Mais parce que votre cerveau fait exactement ce qu’il est censé faire quand on lui demande de changer profondément.

Il résiste.

Et cette résistance est un signe de santé.

Le cerveau est programmé pour la survie, pas pour le développement personnel. Il préfère une souffrance connue à une paix inconnue. Il préfère un schéma ancien, même dysfonctionnel, à un mode de fonctionnement nouveau, même plus apaisant.

Alors, quand vous dites : « J’ai l’impression de ne pas avancer », ce qui est souvent en train de se produire, c’est exactement l’inverse.

Vous êtes en train de désapprendre.

Et désapprendre prend toujours plus de temps qu’apprendre.

Parce qu’il faut d’abord démonter.

Défaire des réflexes émotionnels.
Défaire des croyances construites depuis l’enfance.
Défaire des automatismes relationnels.
Défaire des stratégies de protection qui, à un moment, vous ont sauvé la vie.

C’est un travail d’architecture intérieure.

Et personne ne s’étonne qu’une maison ne se reconstruise pas en une semaine.

Mais avec soi-même, nous sommes d’une impatience extraordinaire.

Nous voulons aller mieux plus vite que nous n’avons appris à aller mal.

Il y a aussi un autre phénomène, très discret, qui rend la thérapie « lente » en apparence : vous ne voyez pas vos propres micro-changements.

Vous ne remarquez pas que vous réagissez un tout petit peu moins fort qu’avant.
Vous ne remarquez pas que vous vous jugez un tout petit peu moins.
Vous ne remarquez pas que vous vous arrêtez une seconde avant de reproduire un vieux schéma.

Parce que ce sont des millimètres.

Mais ces millimètres, répétés semaine après semaine, finissent par devenir des kilomètres.

La thérapie n’est pas un sprint.
C’est une dérive lente du cap.

Et un jour, sans savoir exactement quand, vous vous retournez et vous réalisez que vous n’êtes plus du tout au même endroit.

Le paradoxe, c’est que plus une thérapie est profonde, plus elle donne l’impression d’être lente.

Les changements spectaculaires sont souvent superficiels.
Les changements solides sont souvent invisibles pendant longtemps.

C’est comme faire pousser une forêt. Ce n’est pas spectaculaire. C’est silencieux, lent, patient. Et pourtant, un jour, il y a des arbres.

La société actuelle valorise la performance, l’efficacité, la rapidité. Elle nous a appris à mesurer le progrès en résultats visibles.

La thérapie, elle, travaille dans un espace qui ne se mesure pas bien : la sécurité intérieure, la capacité à ressentir, la solidité émotionnelle, la liberté de ne plus être prisonnier de ses anciens réflexes.

Et ces choses-là ne se voient pas tout de suite.

Elles se sentent.

Puis elles se vivent.

Puis elles deviennent la nouvelle normalité.

Alors, quand vous avez l’impression de ne pas avancer, il est très possible que vous soyez exactement là où il faut être.

Dans cette zone étrange où rien ne semble bouger… alors que tout est en train de se réorganiser.

C’est le moment où l’on ne construit pas encore le nouveau, mais où l’ancien est déjà en train de se fissurer.

Et c’est souvent le passage le plus inconfortable.

Parce que vous n’êtes plus tout à fait comme avant, mais pas encore tout à fait comme après.

Et cette zone, c’est le cœur même du travail thérapeutique.

Ce n’est pas un re**rd.

C’est une traversée.

Si la thérapie va « trop vite », c’est souvent qu’on reste en surface.

Si elle prend du temps, c’est souvent qu’elle travaille là où cela compte vraiment.

Et la bonne nouvelle, c’est que ce temps n’est jamais perdu.

Il est en train de fabriquer une solidité que vous n’avez peut-être jamais connue auparavant.

Une solidité qui ne dépend pas des circonstances.
Une solidité qui ne s’effondre pas au premier choc.
Une solidité qui ne demande plus d’efforts permanents pour tenir debout.

Alors oui, cela prend du temps.

Mais c’est précisément pour cela que cela tient.

A bientôt au cabinet

Clémence

Il existe une forme d’amour qui ne s’adresse pas à la personne telle qu’elle est, mais à la personne telle qu’elle pourr...
03/02/2026

Il existe une forme d’amour qui ne s’adresse pas à la personne telle qu’elle est, mais à la personne telle qu’elle pourrait être.

Un amour qui ne regarde plus l’être présent, mais l’être potentiel.
Un amour qui voit clair… mais qui voit trop loin.

On reconnaît cet amour à un détail très simple : il est rempli d’espoir… et parfois déconnecté de la réalité vécue.

Car aimer le potentiel de quelqu’un, c’est tomber amoureux d’une promesse. D’une hypothèse. D’un futur possible. Un futur qui peut exister, oui mais qui demande un chemin que l’autre n’a, pour l’instant, ni l’énergie, ni la conscience, ni parfois même la disponibilité d’entreprendre.

C’est aimer une version « débloquée » de la personne.
Une version qui n’est pas encore accessible.

Et le cerveau humain adore cela.

Il adore combler les vides. Il adore prédire. Il adore projeter. Les neurosciences montrent que notre cortex préfrontal imagine en permanence ce qui pourrait advenir, et notre système émotionnel réagit à ces scénarios comme s’ils étaient déjà là. Nous pouvons ainsi ressentir un attachement profond, sincère, vibrant… pour une version de quelqu’un qui n’est pas encore présente dans la relation.

Et le plus fascinant, c’est que cela semble très lucide.

On ne se dit pas : « J’invente ».
On se dit : « Je vois ce qu’il ou elle peut devenir ».

Et c’est vrai.

On le voit très bien.

On voit l’intelligence derrière les défenses.
La douceur derrière l’agressivité.
La sensibilité derrière le cynisme.
L’enfant blessé derrière le masque.
La lumière derrière les traumatismes.

On voit tout.

Sauf une chose.

On ne voit pas que cette lumière, pour l’instant, n’est pas disponible dans la relation.

Parce qu’entre le potentiel et la personne, il y a les blessures.
Les traumas.
Les stratégies de survie.
Les mécanismes de protection devenus des habitudes de fonctionnement.

Et ces mécanismes ne sont pas des détails.

Ils font partie de la personne actuelle.

Ce que beaucoup confondent, c’est qu'ils pensent aimer quelqu’un en profondeur, alors qu’ils aiment surtout ce qu’ils perçoivent de son potentiel.

Ils aiment la version guérie.
La version régulée.
La version consciente.
La version qui a déjà fait un travail sur elle-même.

Ils aiment la personne après le chemin.

Mais ils vivent avec la personne au début du chemin.

Et l’écart entre les deux peut devenir un terrain de fatigue intérieure immense.

Car aimer le potentiel de quelqu’un demande une énergie psychique considérable. Il faut sans cesse « voir au-delà » de ce qui est là. Traduire certains comportements. Réinterpréter certaines absences. Donner du sens à des incohérences. Espérer que, bientôt, « cela va évoluer ».

Et parfois, cela évolue.

Car l’amour peut être un puissant moteur de transformation. Les relations sécurisantes, les liens stables, la co-régulation émotionnelle peuvent offrir un terrain favorable à l’évolution personnelle. Les êtres humains changent, grandissent, mûrissent, se transforment et l’amour peut y contribuer de manière réelle.

Mais cela ne fonctionne que si l’amour s’adresse d’abord à la personne telle qu’elle est, et non uniquement à la personne telle qu’elle pourrait être.

C’est toute la nuance.

Aimer quelqu’un pour ce qu’il pourrait devenir en attendant qu’il devienne enfin cette version épuise.
Aimer quelqu’un pour ce qu’il est, tout en croyant profondément en ce qu’il peut devenir, soutient.

Dans la première posture, on vit dans l’attente.
Dans la seconde, on vit dans la présence.

Et cette présence est souvent ce qui permet le changement.

Car une des plus belles preuves d’amour n’est ni de conforter l’autre dans ses fonctionnements limitants, ni de vouloir le réparer. C’est de lui offrir un miroir suffisamment sécurisant pour qu’il puisse, s’il le souhaite, voir ses zones de travail sans se sentir jugé ou rejeté.

Les relations font bouger. Elles révèlent. Elles confrontent. Elles font grandir.

Mais elles ne peuvent le faire que si l’on aime quelqu’un réellement, pas hypothétiquement.

Sinon, on ne vit pas une relation.
On vit une anticipation.

Et une anticipation finit par épuiser le système nerveux. Car le corps, lui, perçoit très bien ce qui est réellement présent dans la relation, même si l’esprit continue de croire en ce qui pourrait être.

Cette nuance est essentielle, notamment dans les situations où des personnes subissent des violences, des abus, des dynamiques destructrices. Dans ces contextes, ce n’est jamais l’amour qui fait rester. C’est souvent l’attachement à un potentiel, à la croyance que « l’autre, au fond, est quelqu’un de bien ».

L’amour véritable, lui, ne demande jamais de nier ce qui est vécu.
Il ne demande jamais de tolérer l’intolérable.
Il ne demande jamais d’attendre que l’autre devienne quelqu’un d’autre pour mériter la sécurité.

L’amour peut accompagner une évolution.
Il ne peut pas vivre à la place d’elle.

Comprendre cela change profondément le regard que l’on porte sur les autres.

On cesse de voir des projets.
On commence à voir des réalités vivantes.

Et paradoxalement, c’est là que l’amour devient plus doux, plus stable, plus sécurisant.

Parce qu’il ne repose plus uniquement sur une promesse.

Il repose sur une présence.

Sur quelqu’un qui est déjà là. Avec ses forces. Ses limites. Son histoire. Son rythme.

Et c’est souvent à partir de cette acceptation-là que l’évolution devient possible.

Aimer quelqu’un, c’est voir ce qu’il est.
Croire en ce qu’il peut devenir.
Et ne jamais confondre les deux.

Et cela, c’est infiniment apaisant.

Avec le coeur

Clémence

L’émerveillement est une compétence psychique que nous perdons sans nous en rendre compte.Pas parce que la vie devient m...
29/01/2026

L’émerveillement est une compétence psychique que nous perdons sans nous en rendre compte.

Pas parce que la vie devient moins belle. Mais parce que notre cerveau devient plus efficace.

Il apprend. Il classe. Il reconnaît. Il prédit.

Et à force de prédire, il ne voit plus.

Ce que nous appelons « grandir » est, du point de vue neuropsychologique, une réduction progressive de la surprise perceptive. Le cortex préfrontal affine ses modèles internes, l’hippocampe compare en permanence le présent au déjà-vu, et l’amygdale, rassurée, cesse de s’activer pour ce qui n’est ni dangereux ni nouveau. Tout devient familier. Donc invisible.

Un ciel n’est plus un événement. Un visage n’est plus une découverte. Un moment n’est plus une apparition.

C’est ainsi que l’on devient fonctionnel. Et c’est aussi ainsi que l’on cesse d’être émerveillé.

L’émerveillement naît exactement à l’endroit où la prédiction échoue. Là où le cerveau ne peut plus anticiper, plus ranger, plus expliquer. Il se produit une micro-suspension du temps cognitif. Une désorganisation douce des schémas internes. Une sorte de bug merveilleux dans la machine à interpréter le monde.

Et ce bug est profondément thérapeutique.

Car, pendant quelques secondes, nous ne sommes plus dans l’analyse, ni dans la mémoire, ni dans l’anticipation. Nous sommes entièrement dans l’expérience. Présents, non pas par effort, mais par incapacité de faire autrement.

C’est pour cela que l’émerveillement apaise l’anxiété sans passer par la raison. Il court-circuite la rumination. Il met en veille le discours intérieur.

Il ne rassure pas. Il fait taire.

Les études en neurosciences affectives montrent que l’état d’« awe », cet état de saisissement émerveillé, diminue l’activité du réseau du mode par défaut (DMN), ce réseau cérébral impliqué dans l’auto-référentialité, les ruminations, les scénarios mentaux incessants (Yaden et al., 2018 ; Keltner & Haidt, 2003). Autrement dit, pendant l’émerveillement, le « moi » bavard se tait. Et cela, pour beaucoup de patients, relève du miracle.

L’émerveillement est une expérience où l’ego n’a plus rien à commenter.

C’est pour cela que les enfants y ont accès en permanence : ils ne savent pas encore. Ils ne prévoient pas. Ils ne comparent pas. Leur cerveau ne reconnaît pas assez vite pour empêcher la surprise.

Ils voient.

Nous, adultes, savons trop. Donc nous voyons trop peu.

En thérapie, on cherche souvent à modifier les pensées, à réguler les émotions, à restructurer les croyances. Et c’est précieux. Mais il existe un chemin beaucoup plus discret, presque invisible, qui passe par la restauration de la capacité d’émerveillement.

Apprendre à quelqu’un à s’émerveiller, ce n’est pas lui apprendre à « positiver ». C’est lui réapprendre à percevoir sans interpréter. À regarder sans conclure. À vivre sans commenter.

C’est une rééducation perceptive.

Et cette rééducation a des effets cliniques mesurables : diminution du stress, augmentation du sentiment de connexion, réduction du sentiment d’isolement, amélioration de l’humeur, élargissement de la flexibilité cognitive (Stellar et al., 2015).

Mais au-delà des chiffres, il y a quelque chose de plus simple.

Quand une personne est émerveillée, elle ne souffre pas.

Parce qu’elle n’est plus en train de penser à elle.

Ce n’est pas une fuite. C’est une sortie momentanée de la prison du soi.

L’émerveillement est une respiration pour la conscience.

Et ce qui est fascinant, c’est qu’il ne dépend ni de l’argent, ni du succès, ni des circonstances exceptionnelles. Il dépend uniquement de la capacité à laisser le réel redevenir mystérieux.

Un patient me dit souvent : « Je ne ressens plus rien. » Ce qu’il veut dire, en réalité, c’est : « Plus rien ne me surprend. »

Or, le cerveau humain n’est pas fait pour vivre dans un monde entièrement prévisible. La surprise n’est pas un luxe esthétique. C’est un besoin neuropsychique fondamental.

Sans surprise, la vie devient plate. Et une vie plate fatigue.

C’est pour cela que l’émerveillement redonne de l’énergie. Il réactive les circuits dopaminergiques liés à la découverte, à la curiosité, à l’exploration. Il remet du mouvement là où tout était devenu figé.

C’est un antidote discret à l’ennui existentiel.

Et c’est peut-être l’un des leviers thérapeutiques les plus sous-estimés.

Parce qu’on ne peut pas s’émerveiller et ruminer en même temps. On ne peut pas s’émerveiller et s’auto-critiquer. On ne peut pas s’émerveiller et anticiper le pire.

L’émerveillement rend momentanément impossible tout ce qui alimente la souffrance psychique.

C’est une suspension naturelle du symptôme.

Alors oui, parfois, en thérapie, le travail ne consiste pas à analyser plus, mais à réapprendre à regarder. À ralentir suffisamment pour que le monde redevienne étonnant.

À permettre au patient de redevenir celui qui découvre, plutôt que celui qui sait.

Et c’est souvent à cet endroit précis que quelque chose recommence à circuler.

Pas une solution. Pas une compréhension. Pas une technique.

Une sensation.

La sensation que la vie est encore capable de surprendre.

Et cette sensation, contre toute attente, suffit parfois à redonner envie de continuer.

A bientôt au cabinet ✨

Clémence

Il existe une fatigue dont on parle très peu.Une fatigue qui ne vient ni du travail, ni du manque de sommeil, ni des res...
26/01/2026

Il existe une fatigue dont on parle très peu.
Une fatigue qui ne vient ni du travail, ni du manque de sommeil, ni des responsabilités.
Une fatigue plus subtile, plus profonde, presque invisible.

La fatigue de voir clair.

À force d’observer les mécanismes humains, on finit par ne plus pouvoir regarder certaines scènes de la vie avec la même naïveté qu’avant. On ne voit plus seulement une dispute, une vexation, une susceptibilité. On voit la projection, l’interprétation, la blessure ancienne qui parle à la place du présent. On voit le film en accéléré, le scénario avant même que les personnages aient compris dans quoi ils jouent.

Et parfois, cela épuise.

Ce qui use, ce n’est pas la souffrance des gens.
C’est cette tendance profondément humaine à confondre ce que l’on ressent avec ce qui est.

« C’est blessant. »
« C’est choquant. »
« C’est terrible. »

Non pas parce que c’est faux.
Mais parce que c’est vécu comme tel. Et la nuance est immense. Et cette nuance, à force, devient terriblement fatiguante à porter seul.

Nous faisons tous cela, souvent sans même nous en rendre compte. C’est un réflexe ancien, presque automatique, du psychisme humain : interpréter le monde à travers nos blessures, nos peurs, notre histoire.

Parce que lorsque l’on a compris que ce que l’on ressent est une lecture du monde, pas le monde lui-même, on ne peut plus faire semblant de ne pas voir que la majorité des tensions humaines naissent précisément de cette confusion.

Alors on regarde les gens, et parfois soi-même, se débattre dans des interprétations, exiger des autres qu’ils s’ajustent en permanence à leurs émotions respectives, demander au monde d’être parfait pour ne pas avoir à apprendre à se réguler.

Et un jour, une pensée surgit, un peu brutale, un peu honnête, un peu drôle malgré tout :

« Mais réveillez-vous, bon sang. »

Pas par mépris.
Par saturation.

Saturation de voir des adultes demander une délicatesse infinie des autres alors qu’ils peinent eux-mêmes à se montrer cette délicatesse intérieure. Saturation de cette hypersensibilité non régulée qui transforme le moindre détail en drame existentiel. Saturation de cette culture où tout devient « problématique », où tout devient « blessant », où tout devient « insupportable ».

Tout semble grave.
Tout semble excessif.
Tout semble demander une adaptation constante de l’extérieur.

Et plus personne ne semble se demander :
« Qu’est-ce qui, dans ce que je ressens, m’appartient ? »

Le paradoxe, c’est que cette lassitude touche souvent ceux qui ont beaucoup travaillé sur eux. Ceux qui savent ce que coûte l’introspection. Ceux qui ont appris, parfois dans la douleur, à faire cette phrase simple et pourtant révolutionnaire :
« Ce que je ressens m’appartient. »

Et qui se retrouvent entourés de personnes qui, sans malveillance, font l’inverse :
« Ce que je ressens est ta responsabilité. »

À force, cela donne une impression étrange.
Comme si l’immaturité émotionnelle était devenue la norme sociale.

On ne devient pas dur.
On devient lucide… sans avoir encore retrouvé l’énergie d’être indulgent.

Habituellement, la lucidité s’accompagne de patience. On comprend, on contextualise, on excuse. Mais quand la fatigue s’installe, il ne reste plus que la lucidité. Et elle devient tranchante.

On ne supporte plus le bruit émotionnel ambiant.
On ne supporte plus la dramatisation chronique.
On ne supporte plus l’absence totale de recul sur soi.

On ne supporte plus d’être celui qui comprend pendant que les autres exigent.

Et pourtant, cette lassitude n’est pas un défaut.
C’est un signal.

Le signal que l’on ne peut plus vivre en sur-adaptation permanente. Le signal que l’on ne peut plus, seul, porter la maturité émotionnelle de tout un groupe. Le signal que nos limites relationnelles ont besoin d’être réajustées.

Moins d’indulgence automatique.
Moins de disponibilité psychique.
Moins d’efforts pour expliquer ce qui, au fond, ne demande qu’une chose : que chacun, à son rythme, grandisse un peu.

Et surtout plus de place pour soi.

Il y a même une pointe d’humour dans cette prise de conscience. Parce qu’on réalise qu’on a passé des années à apprendre à mieux se réguler… pour finir par ne plus supporter que les autres ne le fassent pas.

Ironie splendide de la lucidité.

Mais cette étape est saine. Profondément saine.

Elle marque le moment où l’on cesse de compenser l’immaturité émotionnelle des autres. Où l’on accepte que chacun soit responsable de ce qui se passe à l’intérieur de lui. Où l’on arrête de vouloir être l’adulte mature émotionnellement parlant dans toutes les pièces.

Ce n’est pas un rejet des autres.
C’est un retour à soi.

Une économie psychique nécessaire.

Et paradoxalement, c’est souvent à ce moment-là que quelque chose s’apaise. Parce que l’on cesse de vouloir que les autres comprennent. On cesse de vouloir les réveiller. On cesse de vouloir leur apprendre ce qu’ils ne sont pas prêts à apprendre.

On se contente de cette vérité simple, presque libératrice qui est que l'intelligence émotionnelle ne consiste pas à exiger que le monde soit doux avec nous.
Elle consiste à apprendre à être solide à l’intérieur de soi.

Et cela, personne ne peut le faire à la place de quelqu’un.

A bientôt au cabinet ✨

Clémence

Il existe un moment très particulier dans certaines relations dont on parle peu, parce qu’il est déroutant, blessant, et...
24/01/2026

Il existe un moment très particulier dans certaines relations dont on parle peu, parce qu’il est déroutant, blessant, et terriblement difficile à comprendre quand on le vit.

Ce moment où la veille, tout était là.

La présence.
La chaleur.
L’amour.
La connexion.
Les regards qui disent plus que des phrases entières.
La sensation rare d’être profondément rejoint.

Et le lendemain…

Rien.

Comme si l’épisode avait été effacé du disque dur.
Comme si la personne qui vous tenait la main la veille avait été remplacée par son cousin éloigné, vaguement poli, émotionnellement sous anesthésie.

Ce phénomène n’est ni de l’indifférence, ni de la manipulation, ni un manque de sentiments.
C’est quelque chose de beaucoup plus subtil, beaucoup plus profond, et surtout beaucoup plus neurologique que relationnel.

Ce que l’on appelle, en psychologie de l’attachement, une désactivation post-intimité.

Pendant les moments de grande proximité affective, le système d’attachement s’active fortement. Le cerveau libère de l’ocytocine, de la dopamine, les structures limbiques s’ouvrent, la personne est réellement là, réellement engagée, réellement sincère. Ce n’est pas du théâtre. Ce n’est pas une stratégie. Ce n’est pas un rôle.

C’est un état neuro-émotionnel authentique.

Puis, une fois l’intensité passée, un autre système entre en scène : le système de protection.

Et ce système, chez certaines personnes notamment celles qui ont un style d’attachement évitant ou ambivalent-évitant considère l’intimité prolongée comme une zone de danger.

Danger de dépendre.
Danger d’avoir besoin.
Danger de perdre le contrôle.
Danger d’être vulnérable.
Danger de ressentir trop.

Alors le cerveau fait ce qu’il sait faire de mieux pour survivre : il coupe.

Pas consciemment.
Pas volontairement.
Pas par méchanceté.

Il désactive l’accès émotionnel à ce qui vient de se passer.

Là où, pour l’un, le lien est continu, pour l’autre, il devient intermittent.

Ce qui est vécu comme une incohérence insupportable par celui qui est resté dans l’ouverture :
« Comment peut-il faire comme si rien ne s’était passé ? »

La réponse est dérangeante :
il ne fait pas semblant.
Il ne se force pas.
Il ne joue pas.

Il est simplement revenu dans sa zone de sécurité psychique.

Plus le moment partagé a été intense, plus la coupure du lendemain peut être brutale. Parce que plus l’activation affective a été forte, plus le système de protection ressent le besoin de rétablir une distance.

C’est un mécanisme décrit de manière très précise par les travaux de Mikulincer et Shaver sur l’attachement adulte, par Allan Schore sur la régulation droite/gauche du cerveau relationnel, et par Gillath sur la suppression cognitive des affects d’attachement.

Mais vécu dans une relation, cela ressemble à une scène presque comique… si elle n’était pas aussi douloureuse.

On passe d’un homme capable de vous regarder comme si vous étiez l’unique personne au monde à quelqu’un qui, douze heures plus t**d, répond à vos messages comme s’il réservait un créneau chez le dentiste.

Et le plus troublant, c’est qu’aucun des deux états n’est faux.

Il ne ment pas quand il est proche.
Il ne ment pas quand il est distant.

Il change simplement d’état neurologique.

C’est là que beaucoup de femmes et certains hommes se mettent à douter d’eux-mêmes. Elles cherchent l’erreur, la faute, le moment où elles auraient « trop demandé », « trop aimé », « trop été ».

Alors que ce qu’elles observent n’a rien à voir avec elles.

Elles assistent à un cerveau qui tente de réguler sa propre tolérance à l’intimité.

Et cela change absolument tout.

Parce que ce n’est plus une question d’amour.

C’est une question de capacité à rester dans l’amour sans se sentir en danger.

Certaines personnes savent nager longtemps dans l’océan de la connexion.
D’autres ont besoin de retourner très vite sur la plage, reprendre leur souffle, et faire semblant que l’eau n’était pas si chaude que ça.

Ce qui rend la situation encore plus déstabilisante, c’est que ces personnes ne comprennent souvent pas elles-mêmes ce qui se passe. Elles peuvent sincèrement vous dire :
« Mais je suis pareil, je n’ai pas changé. »

Et dans leur expérience intérieure, c’est vrai.

Elles ne se rendent pas compte qu’elles viennent de refermer la porte émotionnelle qu’elles avaient grande ouverte la veille.

Ce phénomène explique pourquoi certaines relations donnent l’impression d’être magnifiques dans l’instant et impossibles dans la continuité.

Ce n’est pas l’intensité qui manque.
C’est la stabilité.

Ce n’est pas la profondeur qui fait défaut.
C’est la capacité à y rester.

Et comprendre cela permet quelque chose de fondamental :
cesser de se sentir f***e.

Cesser de chercher une logique relationnelle là où il y a une logique neuro-protectrice.

Cesser de croire que si l’on était « suffisamment aimable », l’autre resterait dans cet état d’ouverture.

Non.

Il ne s’agit pas de quantité d’amour.
Il s’agit de tolérance à l’intimité.

Et cela, malheureusement, personne ne peut le faire à la place de l’autre.

Mais le comprendre permet de ne plus s’y perdre.

Et parfois, c’est déjà immense.

A bientôt ✨

Clémence

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