12/12/2025
Texte de fond (5–6 minutes de lecture) pour celles et ceux qui souhaitent aller en profondeur.
Nous vivons une époque où la différence inquiète… et est instrumentalisée.
Différence religieuse, culturelle, spirituelle.
À commencer, très souvent, par la peur de l’islam et des musulmans, devenue l’un des symptômes les plus visibles des crispations contemporaines.
Or, ce qui fait peur n’est presque jamais la réalité profonde d’une tradition, mais ce qu’on nous fait croire, ce que nous projetons sur elle lorsque nous n’en connaissons plus le cœur vivant. Lorsque la religion est réduite à des marqueurs identitaires, politiques ou culturels, elle devient opaque, inquiétante, parfois instrumentalisée… par les “religieux” eux-mêmes. Elle cesse d’être une voie intérieure pour devenir un système extérieur.
C’est ici que la mystique joue un rôle décisif.
La mystique est le lieu où les différences cessent de faire peur et illuminent.
Non parce que les différences disparaissent, mais parce qu’elles cessent d’être perçues comme des menaces. Quel régal par exemple de vivre de l’intérieur les nombreux rituels hindous en Inde, ou les célébrations musulmanes dans les quartiers ou confréries du 93 quand j’étais professeur des écoles!
La mystique ne gomme pas les formes, elle en révèle la profondeur. Elle ne demande pas de croire pareil, mais d’entrer en contact avec ce qui transforme réellement l’être humain de l’intérieur…. en profondeur.
Dans toutes les grandes traditions religieuses, la mystique constitue ce cœur battant, souvent discret, parfois marginalisé, mais toujours vivant. Elle est ce lieu où l’expérience intérieure prime sur l’appartenance, où la Réalisation prime sur l’identité, où la transformation prime sur le discours.
Toutes les grandes religions sont nées de l’illumination authentique (Réalisation) de ses “fondateurs”.
L’islam n’échappe pas à cette réalité.
Et pourtant, il est peut-être l’une des traditions dont la dimension mystique est aujourd’hui la plus méconnue, voire la plus occultée dans l’espace public occidental. Elle est même sévèrement menacée par certains musulmans.
Le soufisme, la voie mystique de l’islam, est un trésor de sagesse immense.
Un trésor de poésie, de profondeur, de raffinement spirituel, de connaissance intérieure. Rûmî, Hâfez, Ibn ‘Arabî, Attâr, Al-Ghazâlî, et tant d’autres ont transmis une vision de l’islam où l’amour de Dieu, la connaissance du cœur et la transformation intérieure sont centrales.
Croiser leurs textes avec les profonds écrits de Milarépa, Longchènpa… est du nectar à la puissance 10!
Pour le soufi, Dieu n’est pas d’abord un concept flou à défendre, mais une Présence ineffable à Réaliser.
La foi n’est pas une identité à afficher, mais un chemin de dépouillement de l’ego.
La Loi elle-même n’est pas niée, mais comprise comme un cadre au service d’une métamorphose intérieure, et non comme une fin en soi.
Lorsque l’on entre en contact avec cette dimension, quelque chose bascule.
L’islam cesse d’être perçu comme un bloc monolithique, quelque soit notre horizon spirituel on peut s’y lover pour déguster le miel de l’expérience.
L’islam redevient une voie intérieure, plurielle, vivante, traversée par les mêmes questions fondamentales que toutes les autres traditions : Qui suis-je ? Qu’est-ce que l’amour ? Qu’est-ce que la liberté intérieure ? Comment traverser la peur, la violence, le désir de domination ? Qu’est-ce que la Réalisation?
La peur de l’autre naît précisément lorsque cette profondeur est absente du regard; lorsque nous ne voyons plus que des systèmes, des slogans, des images déformées. Et qu’on nous aide à rester accrochés à nos croyances comme une moule sur le rocher. Mas nous sommes un peu moins à l’abri qu’elle…
La peur naît lorsque l’expérience intérieure est remplacée par des récits simplifiés, souvent instrumentalisés. Ce fut mon cas !
La mystique, elle, ne nie pas les tensions du monde.
Elle ne naïfie pas la réalité; mais elle opère un déplacement radical : elle nous invite à rencontrer l’autre à partir de ce qui, en lui, est déjà en chemin vers la Réalisation.
Et si nous tendions l’oreille, nous serions très surpris !!!
C’est pourquoi le dialogue interreligieux authentique ne peut pas se limiter à des échanges institutionnels ou à des discours de tolérance abstraite.
Il doit devenir un Dialogue Interreligieux Profond, enraciné dans la reconnaissance mutuelle des expériences mystiques. Là où des pratiquants réellement engagés dans une transformation intérieure peuvent se reconnaître, au-delà des formes, sans jamais les confondre.
Dans cet espace, les différences ne disparaissent pas.
Elles cessent simplement d’être des frontières menaçantes.
Les différences deviennent des lumières complémentaires, des langages multiples pour dire une profondeur qui excède tous les mots.
Redonner sa place à la mystique, y compris — et peut-être surtout — dans l’islam à travers la redécouverte du soufisme, n’est pas un luxe spirituel. C’est une nécessité culturelle, humaine, presque vitale à notre époque.
Non pour effacer les tensions du monde, mais pour en transformer la racine.
Car ce n’est pas la différence qui engendre la violence,
c’est la peur qui s’y accroche lorsque le cœur est coupé de sa profondeur.
La mystique nous rappelle ceci :
là où l’expérience intérieure est reconnue, les murs commencent à tomber.
Et ce qui faisait peur… commence à illuminer.