02/02/2026
Il y a quelque temps, je me suis inscrite sur un groupe qui mêle 𝐠𝐞́𝐧𝐞́𝐚𝐥𝐨𝐠𝐢𝐞 𝐞𝐭 𝐢𝐧𝐭𝐞𝐥𝐥𝐢𝐠𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐚𝐫𝐭𝐢𝐟𝐢𝐜𝐢𝐞𝐥𝐥𝐞. Les membres y testent activement et cherchent à répondre aux questions que tout un chacun se pose face à cette nouvelle révolution. Certains s’inquiètent pour la protection des données, d’autres pour l’avenir du 𝐠𝐞́𝐧𝐞́𝐚𝐥𝐨𝐠𝐢𝐬𝐭𝐞 𝐟𝐚𝐦𝐢𝐥𝐢𝐚𝐥, amateur ou professionnel. Que deviendra notre profession quand une IA saura retrouver des ancêtres en un seul prompt, quand elle se sera faite 𝐩𝐚𝐥𝐞́𝐨𝐠𝐫𝐚𝐩𝐡𝐞 ?
Je ne fais pas partie des effarouchés. Oui, l’IA transforme déjà nos pratiques. Mais je reste convaincue que notre métier a encore — et aura toujours — une place essentielle.
Quand j’ai commencé la 𝐫𝐞𝐜𝐡𝐞𝐫𝐜𝐡𝐞 𝐠𝐞́𝐧𝐞́𝐚𝐥𝐨𝐠𝐢𝐪𝐮𝐞, le temps où l’amateur déambulait de mairie en mairie pour dénicher ses ancêtres touchait déjà à sa fin. Les registres paroissiaux, l’état-civil numérisé, les bases collaboratives… Tout cela faisait presque partie du quotidien.
Cette évolution rapide me rappelle mon premier métier, la comptabilité publique.
Je n’y ai jamais connu la fameuse machine comptable, la Ruf, à double introduction frontale. Je n’en ai même pas vu une, seulement entendu parler par mes prédécesseurs. Dans les années 80, cette machine, progrès technique incontournable, n’était plus qu’un souvenir, quoiqu’ayant relégué le registre manuscrit des dépenses et recettes des premiers intendants de lycée, à la préhistoire.
En 𝐠𝐞́𝐧𝐞́𝐚𝐥𝐨𝐠𝐢𝐞, même combat. Les logiciels existaient déjà, certains avaient rangé leurs fiches au grenier. Et pourtant, cela ne m’a jamais empêchée de plonger dans les archives départementales, de manipuler les papiers de famille, de croiser les sources, de construire des dossiers solides et sourcés.
La technologie ne remplace pas la méthodologie généalogique. Elle l’amplifie.
Depuis longtemps, nous avons accès à des outils d’indexation puissants, des bases de données internationales, des bibliothèques numériques, des musées en ligne, et la presse ancienne est accessible en quelques clics.
Aujourd’hui, l’IA permet de déchiffrer des écritures manuscrites anciennes - un peu - d’analyser, d’organiser, de restaurer des photos, de cartographier, de réaliser des infographies bluffantes…
Chaque jour, nous avançons, de nouvelles applications voient le jour, sont développées, deviennent plus précises.
Mais aucune 𝐢𝐧𝐭𝐞𝐥𝐥𝐢𝐠𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐚𝐫𝐭𝐢𝐟𝐢𝐜𝐢𝐞𝐥𝐥𝐞 ne fait le travail sans nous. La machine n’avance pas sans nous. Il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton. La machine, nous la gérons, nous devons en garder le contrôle.
Parce que c’est là que réside la valeur du généalogiste, amateur bien sûr, mais surtout professionnel : dans l’analyse, dans la cohérence, dans la prudence, dans la narration. Dans la capacité à transformer des données brutes en histoire familiale intelligible, sensible et fiable.
Alors, oui, l’IA appliquée à la généalogie va continuer de bouleverser nos pratiques. Il faudra rester vigilants, garder notre esprit critique, éviter les “hallucinations” et les raccourcis.
Mais, je vois surtout une formidable opportunité : celle d’un métier qui évolue, qui se renforce, qui gagne en temps, qui nous dégage du fastidieux pour mieux se concentrer sur ce qui fait sa valeur profonde. L’humain. L’interprétation. La transmission.
Aucune intelligence artificielle ne remplacera cela.
́moiresfamiliales