19/03/2026
Ces derniers jours, j’ai accompagné le départ de ma mamie.
Je me suis demandé si je devais en parler ici…
et puis j’ai senti que je ne pouvais pas faire comme si de rien n’était.
Alors je vous partage ces quelques mots,
ceux que j’ai écrits pour elle.
Pas pour parler de la perte,
mais pour honorer ce qui reste…
et ce qui continue de se transmettre.
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Mamie…
un bien joli mot.
Deux petites syllabes remplies de tendresse et d’amour.
Deux petites syllabes que l’on a tant dites…
et que l’on croyait un peu naïvement éternelles.
Mamie, je pourrais revenir sur tous mes souvenirs d’enfance,
sur ton amour,
sur ta bienveillance,
sur ta façon d’être grand-mère.
Mais j’ai promis que je ferais court.
Parce qu’il faut laisser la place à chacun…
et puis parce qu’il faut bien se faire à l’idée qu’aujourd’hui…
il faut te laisser partir.
Partir…
Mais partir pour aller où ?
Quelle drôle de question.
Une question à laquelle nous avons souvent essayé de répondre…
sans jamais vraiment y parvenir.
Alors aujourd’hui, je me plais à t’imaginer dans cet ailleurs.
Je t’imagine assise sur le banc,
dans le jardin,
sous le pommier en fleurs,
avec l’odeur entêtante du lilas
et celle plus délicate du chèvrefeuille.
Autour de toi, les oiseaux chantent.
Les œillets d’Inde sont là…
il faut bien que papy te fasse un peu râler.
Et puis,
je peux te l'avouer maintenant,
je les aime bien moi, ces œillets d'Inde, dans votre jardin.
Dans ce jardin…
le jardin de mon enfance,
de nos enfances.
Ce beau jardin où tant d’enfants se sont succédé
à aller manger des framboises,
à faire des cabanes sous la table,
à jouer au patronage,
à rire, se chamailler et... s’amuser.
Et toi…
tu es là.
Assise sur ton banc.
Toi qui aimais tant que tout soit droit,
bien aligné,
rectiligne…
tu étais pourtant toujours assise un peu de traviole,
légèrement décalée...
les fesses sur le bord du fauteuil...
Une jambe pliée,
l’autre détendue,
les épaules un peu tombantes,
les mains posées entre tes cuisses.
Et ce petit sourire…
un sourire discret,
avec tes petits yeux espiègles.
Alors si je devais imaginer l’endroit où tu es aujourd’hui…
ce serait celui-là.
Et puis…
Et puis, je te retrouve.
Je te retrouve dans le regard de maman,
dans les yeux de Dominique,
quand quelque chose la contrarie
et que son regard devient… disons… particulièrement expressif.
Ton fameux regard.
Parce que derrière ton air de petite fille sage…
tu savais avoir de sacrés yeux mitrailleurs.
Je te retrouve aussi dans le sourire timide de Laurence.
Ce sourire un peu retenu,
comme si montrer ses dents…
ou ses émotions…
était toujours un peu compliqué.
Ce sourire qui creuse vos joues
et fait apparaître ces petites fossettes
au coin de vos lèvres.
Je te retrouve aussi dans les traits de Christelle,
dans ce visage arrondi,
dans toute cette coquetterie,
cette grâce,
cette féminité.
Des traits doux,
bienveillants,
et rassurants…
qui cachent pourtant un caractère bien affirmé.
Et enfin…
je te retrouve dans les gestes et les postures de Nadège.
Dans cette façon si délicate de s’effacer légèrement,
les épaules un peu abaissées,
dans cette manière de ne pas vouloir déranger.
Si proche de la tienne.
Et pourtant…
derrière cette discrétion…
il y avait une femme de caractère.
Ah ça oui ! Du caractère, tu en avais.
Et il t’en fallait
pour mener à bien ta petite tribu féminine.
Telle une louve protectrice,
tu as toujours veillé au grain.
Car ce n’est pas simple d’élever quatre filles.
Mais tu as fait de ton mieux…
et surtout…
tu as réussi.
Tu as réussi parce que bien avant que l’on parle partout
du féminin sacré
et de toutes ces choses un peu à la mode aujourd’hui…
bien avant l’heure…
toi,
tu l’incarnais déjà.
À une époque bien plus patriarcale qu’aujourd’hui,
tu avais ton permis de conduire.
Tu travaillais…
en élevant tes quatre enfants.
Tu faisais tourner la maison,
non sans rechigner…
mais toujours avec bienveillance.
Tu portais,
sans même que l’on mette encore des mots dessus…
ce que l’on appelle aujourd’hui
la charge mentale.
Tu portais tout...
et tu nous as transmis cette énergie féminine forte et puissante.
La beauté,
la gentillesse,
la bienveillance
et l'intelligence du cœur...
mais aussi l’indépendance,
la fierté de travailler,
et la liberté de faire ses choix.
Toi, tu incarnais à merveille cette force féminine.
Et ce sont ces valeurs
que tu nous as transmises à toutes.
Alors oui…
j’ai aussi une petite pensée pour les hommes de la famille.
Mes cousins,
mes oncles,
papa
et papy.
Je suis bien consciente que cela n’a pas toujours dû être simple
d’être au milieu d’une famille de femmes…
et surtout de femmes de caractère telles que nous.
Mais si cette force existe aujourd’hui…
cette marque de fabrique
et ce respect des femmes
que tu as transmis aux hommes de la famille…
c’est grâce à toi.
Et aujourd’hui…
tu te retrouves dans chacun
et chacune d’entre nous.
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Et de façon plus personnelle…
de façon plus subtile…
mais tellement évidente,
tellement logique…
que je ne m’en suis vraiment rendu compte
que ces dernières heures.
Tu m’accompagnes
dans presque tous mes gestes du quotidien.
Tu es là.
Même si tu ne seras plus là…
tu resteras là.
En réalité, tu es dans beaucoup de choses
qui font ma vie.
C’est toi qui m’as transmis
le goût des médecines douces…
des plus rationnelles
aux plus farfelues.
L’homéopathie,
la sophrologie,
le yoga,
le pilate…
Je pense qu’il n’y a pas une méthode
que tu n’aies pas essayée.
Bon, soyons clair, je ne parle pas du jardinage, hein…
Je ne vais pas commencer à mentir maintenant.
Tu étais en stress
à chaque fois que j’allais m’occuper de tes plantes.
La main verte…
ce n’est clairement pas mon truc.
Ce n’est pas mon domaine.
Et puis le jardinage
et la culture des plantes…
ça, c’était papy.
Mais toi…
toi tu m’as transmis autre chose.
Tu m’as transmis l’amour des plantes
et la façon de les utiliser.
Je me souviens encore
de ton huile de pâquerette,
celle que tu faisais avec celles de ton jardin…
ou de ta fameuse huile à la rose musquée du Chili.
J’étais tellement fière le jour où j’ai enfin réussi à en trouver
pour pouvoir te faire tes soins.
Et beaucoup des livres de médecine douce
qui ornent aujourd’hui ma bibliothèque…
les plantes médicinales,
le grand guide de l’homéopathie,
la naturopathie
et bien d’autres…
c’est toi ... qui me les as transmis.
Et puis il y a la sophrologie.
La première fois que j’ai entendu ce mot…
c’était avec toi.
Tu revenais d’un de tes cours
et tu nous racontais ce que vous aviez fait.
Et moi…
du haut de mes…
je ne sais plus…
douze ou treize ans peut -être…
je te regardais en me disant :
« Mais qu’est-ce qu’elle raconte ? »
Alors, c’est drôle aujourd’hui…
parce que finalement,
tout ce qui fait ma vie aujourd’hui,
mes choix,
ce qui m’anime,
ce qui me fait vibrer…
les plantes,
l’aromathérapie,
la lithothérapie,
prendre soin des autres
et transmettre…
Dans tout ça…
il y a un peu de toi.
Voilà Mamie,
la dernière fois que je suis venue à Hem,
c’était avec toi,
pour aller « voir » papy au cimetière…
aujourd’hui,
c’est pour toi.
Alors même si aujourd’hui
nous te laissons partir…
je sais que tu ne disparaîtras jamais vraiment.
Parce que tout ce que tu nous as transmis
continuera de vivre
à travers nous.
Merci Mamie.
Embrasse papy de ma part.
Bon voyage.
Je t’aime,
Constance 🦊